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Un volume à la main

Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire

Le printemps que veulent les clients

酷无极 · Création assistée par IA · 12110 caractères · environ 13 minutes

Dix jours avant la fête des fleurs de printemps, Yao Liao emmena Gu Qing voir les tables dans une salle du marché de l’Est. On y présenterait des échantillons pendant trois jours. Les marchands d’étoffes, les boutiques de poudres parfumées et les fabricants de coiffes et de ceintures avaient chacun leur coin. La boutique Liaohuaji avait loué deux tables près des fenêtres. Gu Qing s’était figuré que ces présentations ressemblaient au repas tardif du Nouvel An chez les Wen, avec des gens assis et d’autres qui mangeaient. Une fois sur place, elle vit que les tables exigeaient encore plus d’attention que les clients. Le bord d’un rideau, la lumière d’une fenêtre, l’endroit par où entrait le vent, tout pouvait changer la personne aux yeux de laquelle une fleur brillerait en premier.

Elle avait mis sa jupe bleu-vert blanchie par les lavages et replié vers l’intérieur l’endroit où sa vieille manche était rapiécée, mais en prenant la caisse, elle en laissa tout de même paraître un bout. Près de la porte, la femme qui s’occupait du thé l’arrêta. Les livraisons se déposaient dans la cour arrière, que venait-elle faire ici ? Gu Qing répondit qu’elle accompagnait dame Yao. La femme tourna la tête vers Yao Liao, puis la laissa passer. Gu Qing franchit le seuil avec la caisse dans les bras. Un coin heurta le bois dans un bruit sourd, et la honte lui tomba au cœur comme une goutte d’huile brûlante.

Yao Liao entendit le choc, se retourna pour soutenir un instant le fond de la caisse et lui dit simplement de prendre garde aux fleurs, sans rien dire de la femme qui venait de l’arrêter. Gu Qing se sentit rabaissée jusque par ces mots et se tint particulièrement droite sur le reste du chemin. Près de la fenêtre, un client demanda de quelle boutique venaient ces fleurs. Elle devança Yao Liao pour dire qu’elles étaient faites par Gu Qing. Le client se contenta de hocher la tête avant de demander le prix. Elle découvrit alors qu’on pouvait dire son nom sans faire gronder le tonnerre.

Elles essayèrent d’exposer les vingt branches du modèle à pétales roulés et placèrent l’autre modèle, à pétales plats, vers l’extérieur. Une fleur aux pétales recourbés vers l’extérieur s’avançait dans la lumière de la fenêtre. Certains la trouvaient sauvage, d’autres trop éparse. Yao Liao intervertit les deux modèles et invita les clients à regarder de près. Au début, Gu Qing comptait en secret lequel on prenait le plus souvent en main. À la neuvième fois seulement, elle sentit la fatigue, laissa de côté la question de savoir lequel l’emportait et se mit à regarder quel endroit les clients touchaient en premier.

Le dix-sept, Luo Yi vint elle aussi. Sa nouvelle boutique de Shixian avait ouvert. Elle cherchait à Yunjin quelqu’un qui pourrait lui livrer régulièrement de petits lots de fleurs, huit ou douze à la fois, pour la présentation des coffrets à parfum et pour de petites attaches à offrir aux clients. Elle ne demandait plus une seule nuance de bleu. Elle voulait du bleu pâle et du vert tendre, dans une forme plus simple que les fleurs sur tige, qu’on puisse détacher du coffret pour les épingler à une ceinture. Si le modèle lui convenait, elle en prendrait cinquante en cinq livraisons d’ici la fin du quatrième mois, à vingt sapèques pièce. L’étoffe et les attaches amovibles devraient suivre des spécifications précises. Personne n’aurait à tout finir en une nuit.

Quand Gu Qing entendit parler de mille sapèques, ses yeux brillèrent un instant. Puis elle se pencha sur les cinq dates de livraison. Dix fleurs par lot, à huit ou dix jours d’intervalle. Xiaoman pouvait se charger de la préparation, et elle-même arrêterait les couleurs et ferait les finitions. L’attache ayant déjà été mise à l’épreuve, il ne serait pas nécessaire de refaire tous les essais pour chaque fleur. Quarante branches restaient à livrer à la boutique de Yao le 25. Elle ne pouvait s’engager que sur les jours qui se libéreraient ensuite. Voyant Gu Qing calculer ses heures, Luo Yi prit simplement une boîte vide et attendit qu’elle lui présente la première fleur achevée trois jours plus tard. Elles ne concluraient pas l’affaire sur-le-champ à la présentation.

Gu Qing la raccompagna jusque sous la galerie. Une jeune femme en robe pourpre lui tendit deux tasses de thé et lui dit de les apporter aux convives. Gu Qing avait les bras chargés d’échantillons et la reprise de sa manche se voyait de nouveau. Ce fut comme si l’huile brûlante de tout à l’heure rejaillissait. Elle dit qu’elle n’était pas venue servir le thé, d’un ton si dur que plusieurs personnes se retournèrent le long de la galerie. La jeune femme resta interdite, dit vite qu’elle s’était trompée et allait reprendre les tasses quand Gu Qing ajouta : « Et ce n’est pas parce qu’on fait des fleurs qu’on accourt au premier appel. »

Luo Yi ne s’empressa pas de dissiper le malaise d’un rire. Elle attendit que la personne chargée du thé vienne prendre les tasses, puis lui demanda à voix basse si elle s’était fâchée parce qu’on lui avait demandé de servir le thé ou parce qu’on l’avait prise pour quelqu’un qui n’avait pas de nom. Gu Qing, plus gênée encore, répondit que les deux l’avaient fâchée. Luo Yi lui dit qu’elle n’avait pas à rembarrer cette femme quand celle-ci venait de reconnaître sa méprise. Elle était venue voir les fleurs pour sa famille, elle ne connaissait pas Gu Qing et elle n’avait rien dit qui rabaissât les gens qui faisaient des fleurs.

Gu Qing se retourna et vit la femme en robe cramoisie assise sur un tabouret bas près de la porte. Elle discutait avec une femme plus âgée des fleurs à mettre sur un chapeau. Elle n’était pas vêtue d’une étoffe aussi belle que celle des femmes les mieux habillées de l’assemblée. Elle tenait deux des petits camélias les moins chers et paraissait encore hésiter. Gu Qing se souvint de l’instant où ses doigts avaient touché les tasses et de cette envie que tous les gens présents sachent qui elle était. Elle s’approcha, les genoux comme chargés d’un poids.

Elle commença par dire qu’elle avait parlé trop durement tout à l’heure. La femme répondit que ce n’était rien et baissa de nouveau les yeux vers les fleurs. Gu Qing ne lui demanda pas si elle allait acheter. Elle lui expliqua seulement que la fine épingle au revers risquait de se soulever si elle était piquée trop près de la surface. Pour le chapeau d’une personne âgée, deux boucles de fil supplémentaires tiendraient mieux. La plus âgée souleva le bord de son chapeau, découvrant ses cheveux gris et blancs, et demanda si l’on pourrait retirer la fleur pour laver le chapeau. Gu Qing le lui montra avec un bout de fil de rebut, puis la laissa essayer de le défaire. Après s’être consultées, elles n’achetèrent qu’une fleur à huit sapèques.

Gu Qing revint près de sa table, le visage encore chaud. Yao Liao ne fit aucune remarque sur toute cette peine pour une si petite vente. Elle lui tendit simplement une tasse de thé que la femme de tout à l’heure avait fait apporter. Gu Qing tint la tasse sans se presser de boire et en toucha d’abord la paroi. Au bout d’un moment, elle ôta la main de sa manche rapiécée et déplaça une fleur de soie du bord de la fenêtre vers un endroit où les clients ordinaires pouvaient l’atteindre sans se mettre sur la pointe des pieds.

Ces trois jours de présentation des modèles ne valaient pas trois jours de fabrication. Gu Qing ne restait à la table que quatre heures dans la journée. Le reste du temps, le personnel de la boutique Yao assurait la vente et elle rentrait faire le travail qui l’attendait. Quand un nouveau client voulait un modèle compliqué, elle notait l’usage et la date, sans encaisser d’avance la totalité. Une famille en voulut douze pour le lendemain. Après avoir évalué le temps dont elle disposait, elle ne put en promettre que quatre. Les clients se tournèrent vers une autre boutique. Elle les suivit jusqu’à la porte sans revenir sur sa parole. De retour chez elle, elle se retourna dans son lit une bonne partie de la nuit, à regretter ces huit fleurs, avant de trouver le sommeil.

Le modèle fini pour Luo Yi avait le vert des bourgeons du début du printemps. Xiaoman avait éclairci les pétales recourbés vers l’extérieur et choisi un fil un peu plus foncé pour leur bord, sans ajouter de perle difficile à remplacer. Elles ratèrent deux fleurs. La troisième put entrer dans le coffret à parfum, en ressortir et se fixer encore correctement. Alors seulement, elles l’apportèrent. Luo Yi la garda sur elle tout un après-midi, puis revint leur demander de raccourcir la pointe derrière l’attache, de peur qu’elle n’accroche les vêtements. Gu Qing fit la retouche et la commande de cinquante fleurs fut enfin confirmée. Chaque lot de dix serait payé deux cents sapèques après réception, sans avance. Les vingt fleurs du modèle initial, prévues pour un autre usage, n’étaient pas comprises dans cette commande. Xiaoman toucherait en plus dix sapèques par lot pour le modèle et deux par fleur pour le travail préparatoire.

Gu Qing avait fait ses comptes : mille sapèques pour cinquante fleurs, c’était une grosse somme. Les matériaux coûtaient environ cinq sapèques par fleur ; après avoir ajouté le travail de Xiaoman et les frais de modèle, il lui restait encore une dizaine de sapèques et davantage pour rémunérer son travail et dégager un bénéfice. Ces fleurs n’avaient pas de branche entière, ce qui économisait la longue tige ; la difficulté résidait dans l’attache latérale et la finition. Il fallait tout de même près de quatre heures pour en réaliser une de bout en bout : environ une heure confiée à Xiaoman, et encore trois heures pour elle. Le premier lot était prévu pour la fin du mois ; elle ne pouvait plus promettre en parallèle deux gros lots de fleurs sur branche.

Elle entoura ces dates et réserva les blancs qui restaient aux petites commandes et aux camélias qu’elle vendait d’ordinaire au marché de l’Ouest. Luo Yi ne lui avait pas acheté d’avance toutes ses journées à venir : si les fleurs se vendaient mal en boutique, on s’arrêterait au cinquième mois suivant. Celles qui seraient abîmées seraient toujours rendues comme telles. En regardant les cinq cercles, Gu Qing eut pour la première fois l’impression qu’une commande pouvait être cinq pierres sur lesquelles poser le pied pour traverser, et non un mur qu’il faudrait bâtir toujours plus haut.

Quand Yao Liao apprit que Gu Qing avait accepté de travailler directement pour Luo Yi, elle ne s’en réjouit pas sans réserve. Elle lui rappela que si ses quarante tiges passaient à la trappe, de simples excuses ne suffiraient pas. Gu Qing répondit qu’elle livrerait d’abord ce lot à la boutique de Yao, avant d’entamer le premier lot de fleurs en boîte. Elles restèrent un instant en silence dans l’arrière-cour, puis Yao Liao dit soudain que, jeune, elle aussi avait voulu que chaque client se souvienne d’elle. Plus tard, quand elles avaient été trois à s’activer dans la boutique, il lui avait suffi que les clients se souviennent du magasin de fleurs. Il fallait aussi faire une place au nom de celles qui tenaient le comptoir.

Sur ces mots, elle alla mesurer les tables qu’elle venait de louer, sans attendre la compassion de Gu Qing. Gu Qing la suivit pour tenir l’autre bout du mètre de cuir et vit les nombreuses graduations que la graisse avait assombries à force d’usage. Yao Liao n’avait pas sorti ce mètre exprès pour tracer la route de quelqu’un d’autre. C’était ici que sa propre route continuait de se faire. Arrivées près de la porte, une ouvrière dit qu’elle recevait du monde chez elle le soir et devait partir tôt. Yao Liao fronça les sourcils, puis rapprocha d’elle le travail le plus urgent. Gu Qing rembobina le mètre en silence en suivant les plis de l’usure, puis le remit dans le tiroir où Yao Liao avait l’habitude de le prendre. Elle découvrit que le fait d’avoir une patronne qui pouvait trancher ne mettait personne à l’abri des tracas.

Le 21, un autre client, qui confectionnait des coiffes et des ceintures, demanda un lot de fleurs de ceinture couleur abricot. Il en voulait vingt, en deux livraisons de dix au quatrième mois. Gu Qing annonça vingt-deux sapèques la fleur. Il trouva le prix élevé et, prenant l’échantillon, lui demanda ce qui le justifiait. Cette fois, elle ne s’en tint pas à la qualité de l’étoffe et à la finesse du travail. Elle expliqua l’attache amovible, la résistance des bords à l’usure et le travail nécessaire à chaque étape. Elle reconnut aussi, pour finir, que ce modèle supportait mal de rester longtemps comprimé dans une petite boîte fermée. Le client rentra mesurer ses coffrets et revint de lui-même le lendemain pour supprimer une épaisseur de pétales. Le prix resta de vingt-deux sapèques, avec une demande mieux définie. Gu Qing accepta cette commande qui ne dépendait pas de la boutique de Yao, mais inscrivit son nom et celui de Xiaoman sur deux lignes.

Si les deux commandes étaient livrées et réglées à temps, elles couvriraient la majeure partie du voyage. Les mille quatre cent quarante wen n’étaient pas pour autant déjà en caisse. Elle ne rapporta pas les papiers pour les agiter sous les yeux de sa grand-mère. Elle vérifia d’abord le délai des quarante fleurs en cours, puis s’arrêta le soir à l’heure prévue. Quand sa grand-mère lui demanda si elle s’était amusée au pavillon de la guilde, rien d’amusant ne lui vint à l’esprit. Au bout d’un moment, elle dit que la lumière près de la fenêtre était très belle et que quelqu’un portait un chapeau fleuri comme s’il s’était posé des légumes de printemps sur la tête.

Shen Su éclata de rire et demanda de quelle couleur il s’agissait. Gu Qing chercha quelques chutes de soie et les superposa pour lui montrer. La vieille femme posa bel et bien le tissu vert sur sa tête. Elles se serrèrent l’une derrière l’autre dans le cadre étroit du miroir de bronze. Le miroir était sombre et le vert l’était aussi. Gu Qing trouvait pourtant ce reflet obscur un peu plus beau que les vêtements éclatants du pavillon.

Le 23, quand Gu Qing sortit du pavillon, la femme en robe pourpre aidait justement une personne âgée à monter en voiture, le petit camélia à huit sapèques bien fixé à son chapeau. Le vent retourna un pétale et la femme le remit en place du doigt, sans lui demander de rester immobile toute sa vie. Gu Qing lui jeta un coup d’œil de l’autre côté de la rue, puis alla acheter des haricots pour le dîner et passa ensuite chez Mme Ji payer comptant un petit lot de fournitures. Elle n’était pas vêtue comme les invités du pavillon et ne cachait plus le paquet de toile qu’elle tenait à la main. Un filet de vert pâle en dépassait et, à chaque pas, venait effleurer sa manche raccommodée.

· Fin du chapitre ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Le parfum froid n’est pas sur la soie
  2. L’endroit cerclé de chaux
  3. Les ciseaux au clair de lune
  4. Les fleurs de prunier en soie sur la table
  5. La porte donne de l’autre côté
  6. Deux petites ligatures de sapèques
  7. L’arc qu’on a dégagé
  8. Une enseigne sans parfum
  9. Le salaire d’une demi-journée
  10. Une fleur qui n’en est pas une
  11. La mise en boîte après la neige
  12. Combien pour un rameau ?
  13. Le réveillon chez les autres
  14. Après la floraison
  15. Imprimer son nom sur le papier
  16. Un bol de riz qui n’est plus chaud
  17. Pas de seconde chance pour le premier lot
  18. Les caisses renvoyées
  19. Une cour pour deux
  20. La pluie passe par l’ancien fossé
  21. Les comptes de Xiaoman
  22. La place libre à côté des parapluies
  23. Le printemps que veulent les clients
  24. Les fleurs laissées sur la table
  25. Le chemin de chacun
  26. Garder le mois de mai pour autre chose que les affaires
  27. Ceux qui regardent les fleurs
  28. La troisième bourse
  29. Que faire de l’arbre en été ?
  30. Avant d’embarquer
  31. Première étape par voie d’eau
  32. Les feuilles de lotus ne se sont pas encore déployées
  33. La fleur au milieu de l’eau
  34. Au retour, sans courir après la floraison
  35. L’ombre estivale du prunier
  36. Faire une autre fleur

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