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Un volume à la main

Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire

Après la floraison

酷无极 · Création assistée par IA · 12643 caractères · environ 13 minutes

Le jour de l’ouverture de l’entrepôt, il ne restait sur le prunier que quelques fleurs sur les branches de l’est. Les autres n’avaient pas toutes fané en même temps. Certaines gardaient un peu de blanc, mais elles étaient devenues si minces que la lumière les traversait et qu’une rafale un peu forte les détachait. De bon matin, Gu Qing rassembla les fleurs tombées. Sans se presser de les offrir, elle étendit un linge sec devant le seuil pour faire sécher celles qui étaient mouillées. De l’autre côté du mur, les Wen hissèrent leur nouvelle enseigne. Le tissu était éclatant, comme si toute cette animation avait recouvert la pâleur qui restait sur l’arbre.

Wen Jichang faisait voir aux visiteurs la nouvelle porte, les emplacements de stockage et la façon dont les charrettes pouvaient entrer et sortir sans difficulté. Il n’avait pas fait figurer les fleurs de prunier sur l’enseigne. Il y avait pourtant toujours des visiteurs qui avaient entendu dire qu’on avait gardé l’arbre et voulaient faire un tour dans la cour intérieure. Xu Tan les y menait et, en passant près des marchandises, leur demandait de retenir leurs manches pour ne pas accrocher et ouvrir les sacs neufs. Gu Qing regardait par l’entrebâillement de sa porte. L’arbre que les autres venaient voir et celui qu’elle arrosait chaque jour ne lui semblaient pas tout à fait le même.

Après avoir regardé l’arbre, un client dit qu’il portait peu de fleurs et qu’il vaudrait mieux mettre sous la galerie un camélia en pleine floraison. Wen Jichang en convint. La cour devait rester dégagée là où c’était nécessaire, dit-il, et l’on pouvait admirer des fleurs ailleurs que sur cet arbre. Gu Qing, qui l’entendit de l’autre côté du mur, en fut d’abord un peu contrariée, puis soulagée. S’il avait vanté le maintien de l’arbre comme un moyen d’attirer des clients tous les jours, elle aurait sans doute dû, elle aussi, s’excuser au nom du prunier auprès de chaque visiteur déçu par la floraison.

Après les fêtes du Nouvel An, les marchandises arrivaient plus lentement au marché de l’Est qu’avant les fêtes. Gu Qing répartit le papier d’emballage qui lui restait dans plusieurs paniers, comptant le faire sécher avant de le ranger. La pièce manquait de place depuis qu’elle y avait reculé la table. Elle glissa donc provisoirement le panier le plus à l’extérieur sous la plateforme de bois près du puits, avec l’idée de le ressortir le lendemain matin. Elle vérifia qu’il restait une demi-paume entre le panier et l’entrée du caniveau. Ce n’était pas comme empiler du bois contre le mur, se dit-elle, et le papier ne touchait pas directement la boue. Cela lui suffit pour passer outre.

Trois jours avant l’ouverture de l’entrepôt, dans la nuit du treize, la pluie se mit à tomber. Elle n’était guère forte, mais au matin elle tombait encore. Gu Qing alla voir la corbeille. Le bord de la plate-forme en bois était éclaboussé de boue. Elle poussa donc la corbeille plus loin dessous et plaça une vieille planche devant. De l’intérieur, Shen Su l’appela d’une voix un peu rauque pour lui demander de l’eau chaude. Gu Qing ne s’accroupit pas pour vérifier le caniveau. Quand le petit déjeuner fut prêt, la première charretée de riz des Wen était déjà arrivée. Les roues passèrent par la porte du Sud et l’eau boueuse, entraînant des brins de paille détachés des coins des sacs de jute, s’écoula lentement dans la ruelle le long du seuil neuf, plus bas.

Gu Qing roulait les pétales près de la fenêtre quand elle entendit tante Chen appeler. Elle crut d’abord qu’il fallait encore laisser passer une charrette. Elle posa le pétale qu’elle tenait, ouvrit la porte et trouva tante Chen qui écopait avec une louche en bois. L’eau montait au pied des murs des deux maisons. Elle n’avait pas atteint la margelle, mais s’était déjà étalée en une nappe peu profonde le long des joints secs des briques. Gu Qing y plongea la main et le froid lui fit replier les doigts. Sa première question fut de savoir si la nouvelle porte des Wen avait détourné toute l’eau de pluie de leur côté.

Tante Chen dit de commencer par trouver de quoi écoper, avant de chercher de chez qui venait l’eau. Gu Qing rentra chercher une bassine. Chemin faisant, sa propre explication lui parut de plus en plus juste. Avant, ce n’était pas aussi humide. Avec la porte refaite et le sol neuf tassé, l’eau devait forcément prendre un autre chemin. Quand elle posa la bassine, Wen Jichang venait d’arriver lui aussi, le bas du pantalon couvert de boue. Dans la cour des Wen, on était en train de surélever un sac de jute. Il n’avait manifestement pas attendu au sec chez lui que les autres prennent l’eau.

Ils désignèrent presque en même temps le côté de l’autre. Wen Jichang dit que si le fossé était dégagé, le peu d’eau qui passait le seuil ne devrait pas s’accumuler là. Gu Qing répliqua que personne ne savait si des débris de mortier n’étaient pas tombés dedans pendant les travaux du mur. Son visage se ferma aussitôt. Voulait-elle, demanda-t-il, qu’on démonte maintenant ce qu’on venait de maçonner pour aller vérifier ? Puisqu’elle avait parlé, Gu Qing ne voulut pas reculer sur-le-champ et ajouta qu’on avait promis de garder le fossé, et qu’un trait sur le papier ne suffisait pas.

Xu Tan arriva ensuite avec une fine latte de bois, sans relever cette dernière phrase. Elle l’enfonça dans la rigole peu profonde, s’arrêta lorsqu’elle rencontra un obstacle et demanda à Gu Qing de soulever d’abord la vieille planche près du puits. Lorsque Gu Qing la leva, un morceau de papier humide provenant du fond d’un panier resta collé à la planche, puis retomba dans l’eau. Elle le vit et son cœur se serra un peu, mais elle se dit aussitôt que ce n’était qu’une feuille extérieure mouillée par les éclaboussures : ce qui bouchait vraiment devait être plus loin, sinon comment y aurait-il eu tant d’eau ?

Il y avait effectivement autre chose que du papier dans ce qu’ils dégagèrent. Des résidus de mortier anciens et récents, des feuilles mortes, du foin tombé des charrettes et un peu de vieille boue noire s’étaient mêlés. Une fois le tout détrempé, personne n’aurait pu en soulever une poignée et dire quelle part venait de chez qui. La petite ouverture ménagée par He Fengqiu pour curer la rigole trouva son utilité. Xu Tan passa la baguette à Wen Jichang, tante Chen emporta la bassine pour la vider et Gu Qing, accroupie près du puits, écarta poignée après poignée les débris qui flottaient à l’ouverture.

L’eau commença à s’écouler et une demi-brique ne tarda pas à émerger. Les poignets de Gu Qing étaient trempés et ses genoux plaqués au sol froid quand elle entendit Wen Jichang dire de l’autre côté qu’on avait dégagé jusque-là et qu’on examinerait le fond de plus près une fois la pluie passée. Il n’insista pas pour savoir de quelle corbeille était tombé ce morceau de papier, et elle ne fut pas non plus la première à en parler. En rentrant les bassines, elle emporta simplement toute sa corbeille de papier à l’intérieur. Le fond mouillé traça une marque sombre sur le seuil. À la voir, on aurait eu du mal à croire qu’un écart d’une demi-paume aurait suffi à écarter le problème.

Shen Su lui chercha un pantalon sec, sentit une plaque de boue sur le genou de celui qu’elle portait et lui demanda pourquoi elle avait crié si fort tout à l’heure. Gu Qing dit qu’elle avait peur que l’eau entre dans le puits. Sa grand-mère répondit que la margelle était haute, qu’on en était encore loin et que s’inquiéter n’obligeait pas à condamner d’un mot tout le travail des autres. Gu Qing allait répliquer qu’elle n’avait pas eu peur pour rien. En voyant la main de sa grand-mère tâtonner lentement dans la pile de vêtements, elle se contenta de reprendre son pantalon mouillé et de dire qu’elle irait dégager à nouveau l’intérieur du caniveau le lendemain.

Le lendemain, la pluie cessa et elle alla effectivement voir. L’entrée du caniveau était propre en surface et la baguette qu’elle y passa pouvait avancer. Elle décida donc de remettre ce qu’elle avait prévu pour le lendemain au jour où elle aurait vraiment du temps. Après tout, l’eau s’était déjà écoulée. La corbeille de papier resta à l’intérieur, encombrant davantage la table de travail. Pour s’asseoir, Gu Qing devait toujours commencer par tourner les genoux d’un côté. En entrant, Xiaoman le vit et déplaça son vêtement de dessus sur ses propres genoux, sans demander de nouveau pourquoi une odeur d’humidité était apparue dans la pièce.

Les premiers jours après l’ouverture de l’entrepôt, toutes sortes de gens allaient et venaient, et l’activité dépassait celle des jours de fête. Gu Qing avait cru qu’elle et les Wen étaient devenus de bons voisins. À présent, quand elle se tenait près de la porte, un commis lui demandait souvent de se pousser. Elle savait bien que les marchandises devaient passer et que personne ne cherchait à la traiter avec désinvolture. Pourtant, chaque fois qu’on lui demandait de céder le passage, elle repensait aux clients du marché de l’Ouest qui commençaient par lui demander de quelle boutique elle était. Elle regagna sa cour avec son panier vide, et le désir d’avoir un commerce qui lui appartienne vraiment se fit plus pressant encore.

Yao Liao vint un jour livrer deux parures de cheveux fleuries aux femmes de la famille Wen et en profita pour voir le nouveau modèle bleu de Gu Qing. Elle ne s’attarda pas sous le prunier et racla la boue de ses chaussures avant d’entrer. Xiaoman travaillait à un pétale roulé qui s’écartait de l’ancien modèle. Yao Liao le prit et lui fit faire un demi-tour devant la lumière. Dans une couleur chaude, dit-elle, cette forme se vendrait peut-être bien en parure de tête à la fête des fleurs de printemps. Gu Qing dit aussitôt que la forme avait servi pour les fleurs de prunier bleues et qu’elles pouvaient l’adapter. Il fallait seulement voir combien elle en voulait.

Yao Liao ne donna pas de quantité sur-le-champ. Elle lui demanda si elle accepterait encore une commande au deuxième mois. Si oui, elle viendrait elle-même avec un modèle dans quelques jours. Qu’elle n’aille pas dire oui au seul mot de grosse commande. Gu Qing répondit qu’avec l’aide de Xiaoman, elle serait prête à temps. De l’autre côté de la table, le fil s’immobilisa un instant entre les doigts de Xiaoman. Elle ne protesta pas aussitôt et n’acquiesça pas davantage. Elle rangea simplement le pétale qu’elle venait de faire dans sa propre petite enveloppe de papier et reprit la coupe des pétales ordinaires dont elles étaient déjà convenues.

Ce fut seulement après le départ de Xiaoman que Gu Qing se rappela que, si elle acceptait un nouveau modèle, il lui faudrait garder le pétale roulé pour comparaison. Elle partit à sa suite, une boîte à moitié pliée à la main. Au bout de la ruelle, elle vit que Xiaoman n’était pas rentrée tout de suite à la teinturerie. Elle se tenait devant un petit étal de garnitures pour chapeaux. Le marchand lui tendit un chapeau souple. Elle le prit, desserra d’abord une fleur trop régulière sur le côté, puis sortit de sa manche le petit paquet de papier et en présenta le contenu sous le bon angle.

Gu Qing ralentit le pas. Sur la table des Gu, ce morceau de bleu avait eu l’air d’un reste de modèle raté. À présent, contre le bord gris sombre du chapeau, il avait une beauté qu’elle n’avait pas imaginée. Xiaoman essaya le chapeau. Ses cheveux, noués sans être très serrés, s’aplatirent dessous, donnant à tout son visage un air net et dégagé. Pour sourire, elle n’avait pas à vérifier d’abord si Gu Qing approuvait. Le marchand disait quelque chose. Xiaoman replia le bord du chapeau un peu plus bas, et une cliente à côté d’elle tendit à son tour la main et toucha le bord de soie retourné vers l’extérieur.

Gu Qing eut soudain très envie d’avancer et de demander à qui appartenait vraiment la soie de cette fleur. Ses doigts marquèrent la boîte qu’elle tenait. Elle leva le pied, puis s’arrêta, se rappelant que Xiaoman avait dit dès le début que les essais ratés seraient pour elle et ne compteraient pas dans la quantité convenue. À poser la question, elle risquait seulement de rendre gênante une petite affaire qui n’avait jamais été bien éclaircie. À deux pas de là, elle regarda la cliente incliner le chapeau de l’autre côté, puis repartit dans la ruelle en serrant sa boîte, avant que Xiaoman ne l’aperçoive.

De retour à la table, elle reprit la fleur bleue qu’elle avait regardée dans la bassine d’eau et lui fit faire un demi-tour. Elle ne parvenait toujours pas à lui donner la légèreté de celle du chapeau. Elle ne la défit pas. Elle la remit simplement à sa place et lissa du bout du doigt le creux qu’elle avait fait dans la boîte en papier. Le pli ne disparut jamais tout à fait. Elle retourna la boîte pour que le fond ne donne pas sur la porte.

Cet après-midi-là, sa grand-mère ne retourna pas à la table de couture et sortit étendre du linge avec tante Chen. Elles tordirent les pièces mouillées jusqu’à la dernière poignée d’eau et les jetèrent sur les perches. Au premier souffle de vent, on aurait dit des portes blanches qui s’ouvraient et se refermaient dans la ruelle. Gu Qing sortit leur porter du thé et entendit tante Chen demander à Shen Su si, à supposer qu’elle parte vraiment dans le Sud, ses jambes avaient l’habitude de tant marcher. Shen Su répondit que, si elle ne pouvait pas aller loin à pied, elle prendrait le bateau. Elle n’allait pas s’avouer vaincue avant même d’atteindre la rive. Gu Qing eut envie de dire qu’elles n’avaient pas encore mis de côté de quoi payer le bateau, mais elle se contenta de poser le thé.

De retour dans la pièce, elle disposa une nouvelle fois les modèles bleus et mit à part ceux qui pourraient se vendre à la fête des fleurs de printemps. Ces fleurs aux pétales retournés vers l’extérieur n’étaient pas toutes de sa main, mais ensemble elles avaient déjà l’air d’une nouvelle devanture. Elle essaya de glisser une feuille blanche dessous et traça le caractère 顾. À mi-chemin du caractère 青, elle craignit de laisser tomber de l’encre sur les fleurs et posa le pinceau. Dehors, sa grand-mère et tante Chen riaient toujours. Les toiles étendues arrêtaient un peu leurs voix, qui arrivaient tout doucement dans la pièce.

Au matin du dix-huit du premier mois, la dernière fleur de prunier du côté le plus proche tomba juste dans la courbe du mur neuf, sans tomber dans la cour des Gu. Shen Su regarda un moment par-dessus le mur, sans appeler personne pour la ramasser. Gu Qing crut qu’elle regrettait de la laisser là et lui demanda si elle voulait passer de l’autre côté. Sa grand-mère secoua la tête et dit que les fleurs de là-bas pouvaient bien tomber là-bas. Sur ce, elle rangea le vieux linge. Les pétales tombés les jours précédents y avaient séché en un petit paquet. Leurs teintes, d’abord plus ou moins soutenues, avaient presque toutes pâli au même degré.

Gu Qing passa la main sur le nouveau mur. La brique gardait un peu de la fraîcheur de la pluie. Le mur avait fait un arc pour laisser de la place à l’arbre, sans accorder un seul jour de plus aux fleurs. Gu Qing n’arrivait pas encore à en tirer une autre pensée. Elle rentra achever le caractère 青 sur le papier blanc, retourna la feuille et se mit à calculer combien de plateaux au maximum elle pourrait encore mettre autour de sa table si Yao Liao lui apportait un grand modèle.

· Fin du chapitre ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Le parfum froid n’est pas sur la soie
  2. L’endroit cerclé de chaux
  3. Les ciseaux au clair de lune
  4. Les fleurs de prunier en soie sur la table
  5. La porte donne de l’autre côté
  6. Deux petites ligatures de sapèques
  7. L’arc qu’on a dégagé
  8. Une enseigne sans parfum
  9. Le salaire d’une demi-journée
  10. Une fleur qui n’en est pas une
  11. La mise en boîte après la neige
  12. Combien pour un rameau ?
  13. Le réveillon chez les autres
  14. Après la floraison
  15. Imprimer son nom sur le papier
  16. Un bol de riz qui n’est plus chaud
  17. Pas de seconde chance pour le premier lot
  18. Les caisses renvoyées
  19. Une cour pour deux
  20. La pluie passe par l’ancien fossé
  21. Les comptes de Xiaoman
  22. La place libre à côté des parapluies
  23. Le printemps que veulent les clients
  24. Les fleurs laissées sur la table
  25. Le chemin de chacun
  26. Garder le mois de mai pour autre chose que les affaires
  27. Ceux qui regardent les fleurs
  28. La troisième bourse
  29. Que faire de l’arbre en été ?
  30. Avant d’embarquer
  31. Première étape par voie d’eau
  32. Les feuilles de lotus ne se sont pas encore déployées
  33. La fleur au milieu de l’eau
  34. Au retour, sans courir après la floraison
  35. L’ombre estivale du prunier
  36. Faire une autre fleur

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