Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire
Le salaire d’une demi-journée
酷无极 · Création assistée par IA · 11769 caractères · environ 13 minutes
La première fois que Dong Xiaoman entra chez les Gu, elle ne regarda pas d’abord les fleurs sur la table. Elle tâta d’abord la corde où séchait la soie. Elle était tendue entre deux vieux clous, et sous la pression de son doigt, elle s’abaissa d’un demi-pouce au milieu. Gu Qing crut qu’elle allait trouver l’installation rudimentaire et s’apprêtait à expliquer qu’elle venait de la déplacer à cause du mur. Mais Xiaoman lui demanda si elle suspendait là aussi les étoffes mouillées. Quand Gu Qing lui dit que oui, Xiaoman ôta sa veste et la posa sur une barre plus basse, laissant d’emblée la place à la soie.
C’était Mme Ji qui la lui avait présentée. L’hiver, il y avait moins de travail à la teinturerie, mais il fallait préparer le Nouvel An. Certains pouvaient rentrer se reposer, d’autres perdaient une journée de repas à chaque jour de repos. Venue acheter du fil, Gu Qing dit que la boutique de Yao voulait essayer quelques nouveaux camélias et qu’elle n’arrivait pas à suivre. Par-dessus une demi-pièce de soie, Mme Ji lui demanda si elle cherchait quelqu’un qui sache travailler ou quelqu’un qui l’appelle maître. Gu Qing trouva la question étrange et répondit qu’elle voulait évidemment du travail bien fait. Ce fut alors que Mme Ji appela la jeune femme qui, près de la porte, aidait quelqu’un à ficeler un paquet.
Xiaoman avait trois ans de moins qu’elle, mais elle ne souriait pas avant de prendre la parole. En apprenant qu’il s’agissait de faire des fleurs, elle demanda d’abord qui fournirait les étoffes teintes, puis si elle pouvait travailler une journée entière ou une demi-journée. Gu Qing répondit point par point, puis proposa de commencer par une demi-journée. En arrivant assez tôt, elle pourrait partir avant le repas. Pour la paie, elle avait d’abord voulu dire six pièces la demi-journée. Mais en regardant le fil qu’elle venait de racheter, elle craignit que Xiaoman soit lente. Elle lui proposa donc de commencer par gainer les tiges et trier les pétales, à deux pièces le lot terminé. Trois lots feraient toujours six pièces.
Xiaoman hocha une fois la tête. Elle ne dit pas quelle formule lui plaisait le mieux et demanda seulement ce qu’on comptait comme un lot. Gu Qing prit une branche qu’elle avait sous la main et lui montra. Il fallait gainer proprement la tige sous la fleur et préparer le bon nombre de pétales pour chaque branche. Elle n’aurait pas à monter la partie la plus fine du cœur. Xiaoman retourna la branche pour repérer le sens du fil, puis la posa au milieu de la table. Toutes deux crurent s’être assez bien expliquées. Elles ne demandèrent donc pas ce qui se passerait si un lot était mal fait, ni comment compter le quart d’heure passé à interrompre le travail pour modifier un modèle.
Shen Su sortit de la maison et, entendant que Xiaoman s’appelait Dong, lui demanda si elle venait de la teinturerie du pont du Sud. Xiaoman répondit que oui et la salua d’un « Grand-mère Shen ». La vieille femme agita la main, lui désigna un petit tabouret au bord de la table et garda sa propre place. En prenant les fournitures, Gu Qing s’aperçut seulement alors qu’à trois autour de la table reculée à l’intérieur, elles se gênaient un peu les jambes. Elle apporta un vieux panneau de porte pour rallonger la table à l’autre bout, mais Xiaoman lui dit qu’il lui suffisait d’avoir une paume de libre près de la main.
Le premier lot fut vite fait. Xiaoman n’avait pas la finesse de main de Gu Qing, mais elle avait le geste sûr. En enroulant le fil, elle ne tirait pas de travers sur la tige de bambou dès qu’elle se pressait. Elle rangea les pétales blancs du plus large au plus étroit, sans glisser les deux plus petits sous les grands, comme à la teinturerie où l’on repère toujours, en étendant la soie, quel côté boira un peu plus de couleur. Gu Qing la regardait, très satisfaite. Elle hésitait pourtant à se montrer trop élogieuse d’emblée, de peur que Xiaoman refuse ensuite de suivre ses corrections.
Dans le deuxième lot, elle écarta deux pétales dont le bord lui parut un peu mince. Xiaoman les leva à la lumière et demanda si l’étoffe était mince dès le départ ou s’il fallait recouper les bords. Gu Qing répondit que, dans les deux cas, si le client trouvait un bord effiloché, il en ferait le reproche à celle qui avait fabriqué la fleur. Xiaoman ne releva pas. Elle remplaça les deux pétales et déposa les premiers dans la coupelle des chutes, sans les remettre dans le plateau bien rangé. En voyant son geste, Gu Qing ne put s’empêcher de demander si on pouvait les garder pour de petites fleurs. Xiaoman répondit que oui, pourvu qu’elle les mette à part et ne la laisse pas les reprendre la fois suivante en les comptant parmi les bons pétales.
Au troisième lot, Shen Su commença à enfiler le fil fin pour Gu Qing. Elle essayait dans la lumière, approchait puis éloignait l’aiguille, et mit un bon moment à faire passer le fil. Gu Qing allait lui dire de laisser, mais Xiaoman abaissa d’abord la trousse à aiguilles et fit remarquer qu’avec un chas un peu plus large, le bout d’un gros fil s’effilocherait moins facilement. La grand-mère leva les yeux et dit qu’une aiguille plus grosse laisserait des trous dans la soie fine. Xiaoman hocha la tête, remit l’aiguille comme elle l’avait trouvée et ne chercha pas à prouver qu’elle s’y connaissait elle aussi.
Gu Qing sentit un peu de distance entre elles et s’empressa de prendre le nouveau camélia pour demander son avis à Xiaoman. Le modèle venait de la boutique de Yao. Les pétales extérieurs devaient être bien fournis et le cœur moins clairsemé que celui d’une fleur de prunier. Xiaoman l’examina, puis recourba soudain un pétale vers l’extérieur et soutint la fleur de côté, comme si le vent l’avait retournée avant même qu’elle ait fini de s’ouvrir. Au premier regard, Gu Qing trouva cela beau. Au second, elle trouva que cela s’écartait du modèle de Yao et lui dit de reposer la fleur et de s’en tenir d’abord au modèle d’origine.
Xiaoman eut comme un sourire et glissa le pétale recourbé derrière sa tête, près de sa vieille épingle de bois. Ses cheveux n’étaient pas coiffés très serrés. Contre leur noir, le pétale semblait si léger qu’il allait tomber d’un instant à l’autre, mais il resta en place. Gu Qing voulut lui dire de l’ôter. Si petit que soit le morceau de soie, on ne pouvait pas l’emporter sur soi comme ça. Les mots lui venaient aux lèvres quand sa grand-mère dit que, porté ainsi, au moins il ne cachait pas le visage. Gu Qing se retint, tira un autre pétale pour Xiaoman et lui expliqua qu’elle ne cherchait pas à lui déduire le prix de la soie, mais craignait qu’il manque une pièce à la commande.
Xiaoman retira la fleur de ses cheveux et la reposa au bord de la table. Elle dit qu’elle la compterait parmi ses essais ratés et ne la mêlerait pas au lot à livrer. Elle le dit d’un ton égal, mais Gu Qing en éprouva un malaise qu’elle ne s’expliquait pas. Elle n’était pas encore en mesure de faire vivre quelqu’un qu’elle avait déjà appris à lui surveiller les mains pour compter ce qu’elles produisaient. Elle sortit six pièces, attendit que Xiaoman ait disposé ses trois lots bien en ordre et posa la somme tout au bord. Il n’en manquait pas une.
Xiaoman ne prit pas tout de suite l’argent. Elle demanda si elle revenait le lendemain. Gu Qing répondit que oui, à la même heure qu’aujourd’hui, et que, si elle devait sortir, elle demanderait à sa grand-mère de surveiller le travail. Xiaoman jeta un coup d’œil à Shen Su avant de glisser l’argent dans la petite poche de sa ceinture. Elle dit qu’elle risquait d’avoir un peu de retard le lendemain, car à la teinturerie elle devait d’abord aider à soulever une cuve dont le contenu était presque prêt. Gu Qing lui dit que c’était entendu. Elle calculait déjà ce que ce retard ferait perdre, mais ne lui demanda pas si, pour cette cuve, on la payait à la tâche ou pour une demi-journée.
Après le départ de Xiaoman, sa grand-mère reprit le pétale roulé qu’elle avait laissé et montra l’envers à Gu Qing. Xiaoman ne s’était pas servie du vieux patron de la famille. Le bord était légèrement oblique, si bien qu’une fois retourné, il n’avait pas l’air d’avoir été exprès roulé sur tout le pourtour. Gu Qing dit que c’était très bien, mais que ce n’était pas ce que voulait la boutique Yao. Shen Su répondit qu’elle ne lui avait pas demandé de changer le modèle de la cliente, et reposa le pétale. Gu Qing eut soudain l’impression qu’il y avait sur cette même table deux façons d’être « très bien », et qu’elle n’avait pour l’instant pas le loisir de s’occuper de la seconde.
Elle ne put attendre les cinq jours convenus et alla voir les huit fleurs au marché de l’est dès le lendemain après-midi. Yao Liao lui dit que cinq avaient été vendues et qu’il en restait trois. À six sapèques la fleur, elle pouvait lui en régler trente aujourd’hui. Gu Qing prit l’argent. La somme était plus ronde que lorsqu’elle accumulait autrefois les ventes d’une fleur après l’autre au bord de la route, mais elle ne se sentait pas aussi soulagée qu’elle l’avait imaginé. Elle avait déjà acheté de nouveaux matériaux et payé Xiaoman ; il lui fallait encore reprendre les trois fleurs invendues pour en changer le modèle. Tenir cette ligature de pièces ne signifiait pas qu’elle pouvait entièrement la consacrer à autre chose.
Voyant Gu Qing fixer la somme, Yao Liao lui demanda si elle comptait arrêter. Gu Qing secoua la tête et s’empressa de dire que le prix ne lui déplaisait pas. C’était simplement la première fois que quelqu’un l’aidait, et elle cherchait comment tenir le rythme. Yao Liao dit qu’elle faisait elle aussi ce genre de calcul tous les jours. L’une de ses trois ouvrières devait bientôt rentrer s’occuper d’un malade, et il fallait toujours autant de fleurs pour les fêtes. Si Gu Qing pouvait vraiment en fournir davantage, elle prendrait des camélias et des fleurs de prunier, mais à condition de s’accorder à l’avance chaque fois sur les modèles, sans attendre qu’ils soient faits pour reprocher aux clients de ne pas les apprécier.
Gu Qing replaça les trois branches invendues. L’une, plus courte, s’était un peu tordue à force de rester appuyée contre le comptoir. Comme elle tendait la main pour la redresser, la femme derrière le comptoir lui passa un petit bout de fil en lui conseillant de ne pas forcer. Gu Qing la remercia en souriant. La femme lui sourit aussi et demanda si la jeune fille qui venait de commencer chez elle s’appelait Dong. Elle avait travaillé avec elle à la teinturerie. Apprendre que Xiaoman avait aussi vécu des journées ailleurs où on la reconnaissait la surprit sans qu’elle sache pourquoi, comme si cette personne qu’elle avait engagée pour une demi-journée aurait dû appartenir à sa table du matin au soir.
Le 15, Xiaoman arriva effectivement avec un quart d’heure de retard. En entrant, elle avait une tache de bleu foncé sur la manche, encore humide d’avoir été lavée. Gu Qing lui demanda d’abord si la couleur avait déteint sur ses fournitures blanches. Xiaoman dit qu’elle n’y avait pas touché et alla d’elle-même se laver les mains. À son retour, Gu Qing poussa devant elle un lot de tiges de bambou de l’avant-veille. Deux tiges n’étaient pas assez serrées et il fallait les refaire. Xiaoman les palpa sans discuter. Elle défit le vieux fil au-dessus d’une coupelle et refit les ligatures.
Cette demi-journée-là, elle ne remit que deux lots. Gu Qing compta quatre wen en conséquence. Xiaoman tendit la main, s’arrêta un instant et demanda si le travail sur les deux tiges qu’elle avait défaites ne comptait pas. Gu Qing répondit qu’elles avaient été mal faites la première fois et que, chez Yao, on comptait de la même manière avec elle. Tout ce qui revenait était à refaire. Xiaoman leva la tête et la regarda comme si elle avait une très longue phrase à lui dire, mais répondit seulement qu’elle avait compris. Elle rangea les quatre wen et nettoya quand même la table avant de partir. Elle ne claqua pas la porte et ne fit pas étalage de sa peine devant la grand-mère.
Shen Su n’avait pas dit un mot jusque-là. Lorsque Gu Qing se mit aux cœurs des fleurs, elle lui demanda si, pour ces deux tiges, ce n’était pas elle qui avait mal expliqué l’avant-veille dans quel sens enrouler le fil. Gu Qing répondit qu’elle avait montré un exemple. Sa grand-mère lui demanda alors si la branche en question n’avait pas un tour de fil supplémentaire caché à la base, et si elle l’avait défait quand elle l’avait montrée à Xiaoman. Gu Qing s’arrêta. Elle se souvint tout à coup que la première fois, elle avait seulement retourné la branche pour en montrer l’extérieur et n’avait effectivement pas défait le nœud sous le cœur. Elle voulut rattraper Xiaoman pour lui donner les deux pièces. En voyant la foule grossir à l’entrée de la ruelle, elle se dit que lui en parler le lendemain reviendrait au même.
Le lendemain, il y eut de nouvelles fournitures et de nouveaux clients venus demander des fleurs. Elle mit les deux sapèques avec la monnaie destinée aux aiguilles et, en déplaçant les fournitures, oublia à quoi elles correspondaient. Xiaoman continua de venir à l’heure. De temps à autre, elle changeait l’orientation de l’épingle de bois à l’arrière de ses cheveux, mais elle ne se coiffait plus au hasard d’un pétale neuf. Au bord de la table, l’échantillon au pétale tourné vers l’extérieur était écrasé sous un bol vide. Lorsque Gu Qing s’en souvint, on ne lui voyait déjà plus rien de cette légèreté qu’il avait eue au début, pareille au vent.
Le dix-sept au soir, Gu Qing découvrit que sa grand-mère avait repris six cœurs de fleurs pendant son absence. Les points avaient été faits lentement et il y en avait même un de travers sur l’un des cœurs. En le voyant, elle eut envie de le défaire. Shen Su, assise près du brasero, avait le dos des mains rouge et ne dit pas combien elle en avait fait. Gu Qing finit par laisser les ciseaux où ils étaient, mit cette fleur de côté et demanda d’abord à sa grand-mère si elle avait mangé. Elle répondit qu’elle avait pris un demi-bol de bouillie. Gu Qing alla réchauffer l’autre moitié au fourneau, sans vouloir regarder les six cœurs ni reconnaître depuis quand elle trouvait à redire à l’aide qu’on lui donnait tout en espérant toujours que quelqu’un finirait à sa place ce qui restait sur la table.
· Fin du chapitre ·
Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.
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