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Un volume à la main

Roman de voyage et de société dans une Chine ancienne imaginaire

La route dans le coffre de bambou

酷无极 · Création assistée par IA · 12363 caractères · environ 13 minutes

Les trois caractères 春和班, « troupe Chunhe », étaient imprimés sur le papier qui enveloppait la lanterne, comme ceux qu’Azhao avait vus le mois précédent. À l’entrée de la ruelle, elle fit pivoter un peu le papier. Sur la ligne du dessous, 兰汀南堂, « salle du Sud de Lanting », la colle avait arraché plusieurs traits. Seul le caractère 兰 restait lisible. Le coin de papier qui enveloppait les lamelles de bambou s’était ramolli. Elle n’osa pas tirer davantage, posa d’abord la lanterne sur un panier à légumes vide et lissa les trois caractères encore intacts.

Le mois précédent, un réparateur d’instruments avait pris son bateau. Son qin était petit, mais la housse craignait l’humidité et il refusait de le poser, le gardant contre lui. Ce jour-là, le vent était favorable. Depuis la poupe, Azhao l’avait entendu dire à quelqu’un qu’une série de nouvelles pièces se préparait à Lanting. Les vieux costumes des coffres de la troupe Chunhe n’allaient plus aux interprètes. La femme qui en avait la charge courait d’un bout à l’autre et cherchait quelqu’un qui sache tailler et retoucher. Le passager avait demandé à Azhao si elle connaissait quelqu’un. Elle s’était contentée de dire qu’à Liuwan, les gens habiles à l’aiguille ne manquaient pas, puis elle était allée s’occuper d’une autre cage à poules qu’on faisait monter à bord.

Au début, elle avait seulement retenu qu’on manquait de quelqu’un pour coudre. Elle n’avait même pas prêté attention à la salle de Lanting dont il s’agissait, celle du Sud ou celle du Nord. À présent, la ligne imprimée de travers sur le papier ressemblait davantage à un chemin qu’elle pouvait prendre que les compliments des autres. La dame Qin dont parlait Mamie Qin était à Lanting, et le travail dont avait parlé le client venu faire réparer son instrument s’y trouvait aussi. Elle n’avait pas à inventer un autre motif de départ pour pouvoir poser une question à quelqu’un.

Quand Azhao revint au débarcadère, Ding Quan passait une pierre à aiguiser sur l’axe de la godille. En voyant la lanterne, il dit d’abord qu’elle était donc bien chez les Qin, puis demanda où elle allait accrocher une lanterne aussi haute sur sa barque. Azhao répondit qu’elle n’allait pas l’accrocher pour l’instant. Elle voulait l’emporter à Lanting. La main de Ding Quan ralentit et il faillit s’éclabousser le pantalon. Au lieu de saluer son dévouement comme elle s’y attendait, il lui demanda si elle comptait y aller avec sa propre barque.

Elle dit qu’elle prendrait un bateau de voyageurs. La barque des He ne faisait que relier les deux rives de Liuwan. Il lui faudrait trouver d’autres endroits pour passer la nuit, changer de cours d’eau et accoster sur un trajet aussi long. À l’emmener, elle n’aurait plus le loisir de chercher du travail. Ding Quan acquiesça enfin. Le bateau de voyageurs qui faisait le trajet par étapes depuis Sangqiao arriverait le lendemain à Tongwei. Elle pourrait commencer par demander à la batelière. Si elle restait vraiment quelques jours, elle pouvait laisser sa barque dans l’ancienne petite anse. Il jetterait un œil à l’eau matin et soir en passant. Qu’elle ne laisse plus l’amarre détachée sous prétexte qu’elle avait quelqu’un à aller voir.

A-Zhao comprit que la dernière remarque la visait. Après la maladie de son père, il lui était arrivé deux fois, dans sa hâte de lui porter son remède, de sauter à terre dès que la barque touchait la rive, l’amarre traînant encore dans l’eau. Ding Quan l’avait ramenée pour elle et n’en avait jamais parlé devant les autres. Elle baissa les yeux vers le nœud à ses pieds. Soudain, elle ne trouva rien à dire sur la façon de lui rendre la pareille et prit le chiffon près de la pierre à aiguiser pour essuyer l’eau qui restait sur le pivot de l’aviron.

En allant se renseigner sur le bateau de voyageurs, Azhao croisa Ding Sui, la fille de Luo Yan. La jeune fille de dix-sept ans portait une brassée de fines lamelles de bambou. Son chignon était noué si haut que de loin elle semblait avoir une demi-personne de plus en hauteur. En apprenant qu’Azhao allait à Lanting, elle lui demanda aussitôt si elle pourrait regarder pour elle comment on nouait les glands de lanternes à la mode en ville. Azhao lui dit qu’elle allait chercher du travail et qu’elle ne ferait pas forcément les boutiques. Ding Sui soupira. Elle ne faisait pas cela pour s’amuser non plus. Sa mère disait toujours que les anciens modèles se vendaient bien, mais ce qui se vendait bien n’était pas forcément beau.

Luo Yan arriva par-derrière, remit dans le creux du bras de sa fille deux lamelles qui avaient glissé et lui dit que si elle trouvait cela joli, elle n’avait qu’à en faire une elle-même. Si elle ne la vendait pas, elle pourrait toujours s’en servir pour éclairer le fourneau. Ding Sui détourna la tête, vexée, puis attendit que sa mère s’éloigne pour demander tout bas à Azhao si elle s’en souviendrait. À la voir si résolue à ne pas céder devant sa mère, Azhao eut soudain envie de rire. Elle répondit seulement que si elle en voyait, elle s’en souviendrait. Si elle n’en voyait pas, elle ne pourrait pas lui en dessiner de toutes pièces.

La batelière Zheng Qin était amarrée au débarcadère des passagers sur la rive est et ne fit pas monter A-Zhao pour en parler à loisir. Elle sortait de la cale un sac de haricots mêlés de boue et lui dit de rester au sec pour ne pas en éparpiller sous ses pas. Quand elle sut qu’elle allait à Lanting, elle lui indiqua le bateau du matin, le onze. On arrivait le premier jour à Sangqiao pour y passer la nuit, puis on prenait le lendemain une petite embarcation sur le bras est. On n’arrivait que dans l’après-midi. Trente-huit sapèques l’aller, quatre pour le coffre. Il y avait trois arrêts pour charger et décharger en route. Payer sa place ne donnait pas le droit de faire partir le bateau à sa guise.

« Et si, à mi-chemin, je veux revenir ? » demanda A-Zhao.

« Attends le bateau qui revient de l’autre rive et paie ce trajet séparément. »

Après avoir parlé, Zheng Qin vit qu’Azhao regardait toujours les haricots dans la cale et lui demanda en souriant si elle avait, elle aussi, fait le bac. Azhao hocha la tête. Cela se voyait, dit Zheng Qin. Elle ne demandait jamais seulement à quelle heure on arriverait, elle voulait d’abord savoir quand elle pourrait faire demi-tour. Elle renoua le sac de haricots et lui conseilla d’apporter le lendemain matin un chiffon de calage qui ne craigne pas l’humidité et de ne pas poser la caisse de bambou à même les planches de la cale. L’eau ne la contournerait pas sous prétexte qu’elle contenait des aiguilles.

Quand elle regagna la rive ouest, il était encore tôt, mais A-Zhao commençait déjà à trouver le onze tout proche. Chez elle, elle compta deux cent quarante sapèques et les enfila sur un cordon à part. Elle avait déjà payé la part qu’elle avait réservée aux remèdes et remit l’essentiel de ce qui restait au fond du meuble. Pour le logement, les repas et le retour, elle devait compter davantage qu’un aller simple. Elle intervertit les deux vêtements pour placer le plus épais dessous, de peur d’avoir froid s’il pleuvait. Puis elle trouva la caisse trop lourde et la déplaça deux fois d’un endroit à l’autre.

La pointe des ciseaux sur la table ne coupait plus comme avant. Il manquait déjà un petit bout de lame quand sa mère les lui avait laissés. A-Zhao les avait affûtés à la pierre et ils coupaient encore, à condition de changer d’angle aux endroits épais. Elle les prit en main et se demanda si, puisqu’elle allait chercher du travail, elle ne ferait pas bien de s’en procurer une paire en meilleur état. Mais à y réfléchir, elle n’avait pas encore décroché le moindre ouvrage. Dépenser d’abord son argent pour de beaux outils, puis arriver chez les autres sans savoir par quel point commencer, aurait été encore plus embarrassant. Elle finit par prendre un chiffon pour bien envelopper les lames.

Le matin du dixième jour, la vieille Qin passa la voir. Elle n’apportait ni repas ni argent pour le voyage, mais un petit étui rempli d’aiguilles de différentes longueurs. La boutique en achetait chaque année, dit-elle, elle pouvait bien lui en laisser quelques-unes. Azhao allait refuser, mais la vieille femme posa l’étui sur le rebord de la fenêtre et se mit à vérifier si le papier autour de la lanterne avait été froissé. Elle demanda s’il ne fallait pas glisser encore un peu de tissu doux sous l’attache en cuivre. En la regardant tourner ainsi autour de la lanterne, Azhao finit par lui dire qu’elle partirait le lendemain. Une fois arrivée, elle se renseignerait d’abord sur le travail de couture, puis demanderait à voir Qin Xiaoman.

Mère Qin ne dit pas que l’ordre des questions lui était égal. Ses lèvres remuèrent, mais elle demanda seulement si la troupe serait encore là-bas une fois cette série de représentations terminée. A-Zhao répondit qu’elle n’en savait rien non plus. Debout devant le coffre de bambou, ni l’une ni l’autre ne pouvait rien promettre de ce qui se passait à deux jours de voyage. La vieille femme poussa l’étui à aiguilles plus loin dans le coin du coffre, comme si ce geste pouvait empêcher les aiguilles de rouler et de s’éparpiller en chemin. Puis elle lui dit de rapporter les paroles qu’elle entendrait telles qu’elle les aurait entendues.

Azhao acquiesça, soudain un peu effrayée d’avoir accepté une commission dont elle ne pourrait peut-être pas s’acquitter. La vieille Qin partit sitôt ses mots prononcés. De dos, au-delà de la porte, elle paraissait plus petite que dans sa boutique. Azhao la suivit jusqu’au seuil, avec l’idée de lui rendre les aiguilles. Puis elle se dit que ce serait encore plus gênant que de les garder et se contenta de demander ce que Xiaoman aimait manger. La vieille Qin se retourna et répondit trop vite que c’étaient les galettes de haricots grillées. Puis elle se reprit. C’était autrefois, elle n’en savait rien aujourd’hui.

Ces mots soulagèrent un peu A-Zhao et lui firent aussi plus de peine. Elle alla acheter deux galettes de haricots au bout de la ruelle. Une fois l’achat fait, elle en cassa un coin pour y goûter. C’était dur à l’extérieur et laissait au-dedans un léger goût sucré. Si là-bas on ne les aimait pas, elle pourrait toujours les manger elle-même. Elle ne voulait pas faire d’un petit paquet une chose que quelqu’un se sentirait obligé d’accepter. Elle n’y écrivit donc aucun nom, fit simplement deux tours de fil et le posa sur ses vêtements de rechange.

Dans l’après-midi, elle fit traverser une femme et son enfant. En apprenant qu’Azhao allait partir loin, l’enfant lui demanda si les rivières étaient plus larges ailleurs. Azhao répondit que certaines étaient larges et d’autres étroites. La femme lui demanda alors quand elle reviendrait, car elle avait un pantalon à faire retoucher. Azhao allait répondre comme d’habitude qu’elle en aurait pour deux ou trois jours. Puis elle se rappela ce que Zheng Qin lui avait dit des changements de bateau et des haltes pour le fret, et répondit qu’elle ne prendrait pas le travail tout de suite, qu’elles verraient à son retour. Un peu déçue, la femme dit qu’elle avait cru que demoiselle He avait peu de travail ces jours-ci et pourrait justement le faire vite. Azhao ne parvint pas à sourire avec elle et eut même un temps de retard en prenant le prix du passage.

Après le départ de la femme, elle pensa un moment à ce pantalon qui aurait pu lui rapporter huit pièces. La malle de bambou n’avait pas encore quitté la maison qu’elle avait déjà refusé un petit travail. Rien ne garantissait qu’elle en trouverait un plus important ailleurs, et ici, ces huit pièces lui manqueraient bel et bien. Elle avait d’abord cru que son inquiétude tenait à l’absence de son père. Ce ne fut qu’en annonçant son départ à quelqu’un qu’elle y reconnut aussi sa propre crainte que les choses ne soient pas à la hauteur de ce qu’elle imaginait. Elle ne rattrapa pas la femme pour revenir sur sa réponse.

Au soir, Ding Quan vint examiner les amarres et lui demanda expressément d’être présente. Il lui montra où la montée de l’eau ferait frotter le nœud et dans quelle anse il fallait écarter le bois flotté avant d’entrer avec le bateau. A-Zhao ne put s’empêcher de dire que son père n’accostait jamais de ce côté. Il releva la tête et répondit qu’il savait comment He Huaizhou manœuvrait, et qu’il savait aussi que ces jours-ci, le vent du nord avait changé. Elle marqua un temps, retint la fin de sa phrase sur ce qu’on faisait autrefois et l’aida à déplacer l’amarre de réserve d’un pieu.

Luo Yan apporta un morceau de vieille natte de bambou qui s’était fendu autrefois alors qu’on y faisait sécher du papier. Il ferait un bon fond pour la malle. Elle avait d’abord parlé de quelques sapèques, mais avant qu’A-Zhao ait répondu, elle fit un geste de la main. C’était un morceau abîmé, dit-elle, inutile de se rendre encore deux pièces de l’une à l’autre. A-Zhao se rappela leur rire de la veille au sujet des oignons nouveaux et accepta. Elle rangea aussi l’étui à aiguilles laissé par la vieille dame Qin, sans remettre la malle en désordre à se demander de qui elle devait accepter quelque chose en premier.

Quand vint le tour des chaussures, elle sortit la paire qu’elle ne mettait que pour les visites à la famille. L’empeigne n’avait pas de pièce, mais la semelle était mince. Deux jours plus tôt, la personne venue examiner le bateau portait les mêmes souliers souples à bout pointu. Elle avait glissé sur la passerelle et A-Zhao l’avait retenue. A-Zhao repoussa les chaussures les plus neuves sous le lit et choisit de nouveau celles qu’elle portait pour tenir le bac. Profitant du reste de jour, elle glissa un morceau de vieux tissu dans la déchirure et le cousit. Une fois la reprise terminée, elle la tâta avant de foncer le fil blanc qui ressortait sur l’empeigne.

Le soir, elle enfila la clé de la maison sur le cordon de la petite bourse qu’elle portait contre elle et remit à Ding Quan le petit crochet qui servait tous les jours sur le bac. En séparant les deux, elle s’aperçut qu’elle avait toujours porté sur le même trousseau la maison, le bateau et tous les placards de son père. À chaque pas, tout tintait ensemble. Ding Quan prit le crochet et dit seulement que le onze, au premier passage du matin, ce serait lui qui la ferait traverser. Il prendrait le prix habituel, sans quoi il aurait fait l’aller et le retour pour rien. A-Zhao dit d’accord et fut la première à rire.

Elle posa la lanterne près de la malle sans l’allumer. Le papier de l’abat-jour gardait une légère odeur de marchand d’huile, et, à travers cette seule épaisseur, on sentait la fente de la lamelle de bambou réparée. A-Zhao referma le couvercle de la malle et essaya de la soulever. Comme elle pouvait encore garder une main libre pour protéger la lanterne, elle remit le tout près de la porte. Tout à coup, il y eut un vide dans la pièce. Il ne manquait rien dans les placards. C’était qu’elle allait vraiment franchir la porte le lendemain avec ces affaires.

· Fin du chapitre ·

Ce livre a été écrit avec l’aide d’une IA, en développant « 春江花月夜 » de Zhang Ruoxu et la nouvelle originale « 借灯还舟 ». Les personnages, la géographie et les événements sont imaginaires ; il ne s’agit ni d’une adaptation du poème ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Trois prix pour un bateau
  2. La plaque de cuivre et le bac désert
  3. La fenêtre de la boutique de lanternes
  4. La route dans le coffre de bambou
  5. Deux étapes sur l’eau
  6. Celle qui défait les coutures
  7. Le costume sur scène et sur le corps
  8. La place libre près du tambour
  9. La lanterne revient sur le comptoir
  10. Le nom d’une femme qui avait déjà fondé un foyer
  11. Une nouvelle pièce à la salle du Sud
  12. Le billet de bateau du neuvième jour
  13. Un brin de ciboule dans la maison
  14. Qui ferme la fenêtre la nuit
  15. Deux pieds de tissu encore à découdre
  16. Les quinze jours de location du bateau
  17. Le bruit d’une planche de lit
  18. Rouvrir l’emmanchure
  19. La montée des eaux du quatrième mois
  20. Un acte entier vu de la salle
  21. Le deuxième repas à Lanting
  22. Le prix des petites chaussures
  23. Le vent passe derrière le rideau
  24. Le spectacle de la fête du temple a été déplacé au bord de l’eau
  25. La représentation annulée
  26. Les points qui retiennent
  27. Deux plaques à la proue
  28. L’enfant doit-il partir avec eux ?
  29. Refuser ce billet de bateau
  30. Une vieille pièce reprise par grande chaleur
  31. Voir avant de répondre
  32. Remettre le costume entre les mains de celui qui le portera
  33. Une porte laissée à l’armoire aux lanternes
  34. Traverser la rivière encore une fois
  35. Le dernier fil des représentations d’automne
  36. La lanterne peut s’éteindre pour la nuit

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