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Un volume à la main

Roman de voyage et de société dans une Chine ancienne imaginaire

La fenêtre de la boutique de lanternes

酷无极 · Création assistée par IA · 12395 caractères · environ 13 minutes

La porte de la boutique de lanternes des Qin était plus étroite que dans le souvenir d’A Zhao. Autrefois, elle suivait toujours son père et voyait les lanternes se balancer au-dessus de ses épaules. Cette fois, venue elle-même avec le livre de comptes, elle remarqua seulement que trois armatures encore nues s’entassaient à droite de la porte et qu’un haut tabouret se trouvait à gauche ; sans se tourner de côté, elle accrocherait le bas de sa jupe aux lattes de bambou.

Personne ne répondit derrière le comptoir. Un léger bruit de frottement venait du fond. La vieille Qin égalisait au couteau le bout d’une lame de bambou. Elle avait un vieux tablier sur les genoux et de la colle sèche entre les doigts. En entendant la voix d’A-Zhao, elle posa soigneusement le couteau avant de sortir en prenant appui sur le comptoir. A-Zhao voulut écarter ce qui encombrait l’entrée, mais la vieille Qin lui dit de n’y pas toucher. Les armatures étaient rangées par taille et, si elle les mélangeait, il faudrait les rechercher l’après-midi.

A-Zhao poussa le registre vers elle. Elle ne dit pas qu’elle venait réclamer une dette, seulement que, sur la dernière page du registre de son père, il y avait une lanterne dont il n’avait pas indiqué la destination. Mère Qin ne prit pas tout de suite le registre. Elle tendit d’abord la main pour en tâter la couverture et demanda si c’était celui que son père gardait encore près de son oreiller quand il était malade en hiver. A-Zhao hocha la tête et, la voyant garder les yeux baissés, ouvrit le registre à la page où figurait la note pour lui éviter de chercher depuis le début.

Après avoir lu, la vieille Qin dit : « Il me l’avait prêtée. »

Elle le dit tout bas, comme si elle avait déjà répété cette phrase mais qu’à l’instant où quelqu’un venait réellement lui poser la question, elle n’eût plus assez de voix pour la dire. A-Zhao regarda instinctivement autour d’elle. Une bonne douzaine de lanternes de tailles différentes pendaient aux poutres. Certaines avaient un abat-jour uni tout juste encollé, d’autres portaient des fleurs aux couleurs pâles. Près de la porte, une pile de papier attendait d’être découpée. Comment quelqu’un qui fabriquait des lanternes pouvait-il en emprunter une au bac année après année ? Elle ne posa pas la question, mais n’eut pas le temps de la cacher dans son regard.

Mamie Qin sortit de dessous le comptoir une vieille lanterne de bambou. Les lamelles de son anse étaient bien plus sombres que celles des armatures neuves. L’attache de cuivre avait été astiquée, et une fente au bord de l’abat-jour avait été réparée avec de fines lamelles. Près de la lumière, la réparation ressemblait à une jointure plus serrée dans l’ossature. Azhao reconnut le genre d’abat-jour haut dont son père s’était servi. Plus tard, ils avaient suspendu à bord des lanternes plus légères et on n’avait plus guère vu les anciennes. Azhao tendit la main, mais Mamie Qin tenait toujours l’anse. Elle commença par dire qu’elle avait voulu, l’année dernière, réparer l’abat-jour et le rendre. Ton père m’a dit qu’il en avait un autre et que je pouvais prendre mon temps, alors ça a traîné.

« Je vais la rapporter sur le bateau », dit A-Zhao. Puis, craignant de donner l’impression de presser la vieille femme de lâcher la lampe, elle ajouta vite : « Je n’en ai pas besoin tout de suite. »

Mère Qin posa enfin la lanterne sur le comptoir, sans la mettre dans la main d’A-Zhao. Elle dit que l’abat-jour était haut et que, posé à la fenêtre qui donnait sur la rivière, il se voyait de l’autre rive. Les lanternes de la boutique éclairaient bien elles aussi, mais elle avait pris cette habitude à l’époque et, à l’approche du printemps, elle trouvait toujours que celle-ci convenait mieux. Elle retourna son tablier et fit tomber les résidus de colle de ses mains. Une poussière fine retomba sur ses manches et elle ne chercha pas à l’enlever.

Azhao savait que les Qin avaient autrefois eu une fille qui portait le même nom qu’une période du calendrier saisonnier, Xiaoman. Enfant, elle n’en avait entendu parler que quelques fois. Certains disaient que Xiaoman était partie apprendre le théâtre, d’autres qu’elle s’était enfuie avec quelqu’un. Les versions différaient, mais les voix baissaient toujours à la fin, comme pour interdire aux enfants de poser d’autres questions. À vingt-deux ans, ces mots lui rappelaient encore les repas où la table tombait brusquement dans le silence. Elle ne se souvenait pourtant de personne qui eût vraiment vu la jeune fille.

« L’année où elle est partie, tu étais haute comme ça. » La vieille Qin mit la main à hauteur du coin du comptoir, puis la laissa retomber. « Dans mon souvenir, elle n’a pourtant guère plus d’années que toi. »

En réalité, elles avaient douze ans d’écart. A-Zhao fit le calcul de tête et ne la corrigea pas. La vieille Qin raconta que, seize ans plus tôt, Xiaoman avait voulu partir avec une troupe qui jouait de bateau en bateau. Elle avait déjà choisi pour sa fille une famille où la marier. Le jeune homme faisait un petit commerce et avait aussi sa part de terres. Au moins, sa fille n’aurait pas à vivre au gré des eaux. Son mari venait de mourir et la boutique devait de l’argent pour le papier. Sa fille, elle, n’avait parlé que de son envie de chanter. En l’entendant, la mère s’était fâchée comme si sa fille avait aussi fait fi de tout ce qui lui restait à vivre.

« Je lui ai dit que si elle partait, elle n’avait plus à reconnaître cette maison comme la sienne. » Mme Qin appuyait du doigt sur l’attache de la lanterne. « À l’époque, je croyais qu’en lui disant ça, je finirais bien par lui faire peur. »

Azhao ne répondit pas à la place de Xiaoman et ne savait pas non plus si elle devait avoir peur en son nom. Une femme qui portait une palanche passait justement devant la porte. En les voyant debout près du comptoir, elle demanda à la cantonade quand elle pourrait prendre son abat-jour neuf. Mamie Qin changea aussitôt de ton et répondit que ce serait dans l’après-midi, le papier n’était pas sec. La femme ne la crut pas, passa le haut du corps dans l’embrasure pour regarder, puis repartit en voyant que l’abat-jour séchait bel et bien. Une fois la femme partie, les quelques mots du passé semblèrent de nouveau manquer de place dans la boutique. Azhao eut envie de trouver un tabouret pour s’asseoir, mais craignit de donner ainsi l’impression qu’elle se disposait à tout entendre jusqu’au bout.

Mère Qin lui tira le haut tabouret près de la porte et resta debout. Elle dit qu’après le départ de Xiaoman, elle avait décousu le vêtement que sa fille avait laissé à la maison pour en faire un rideau pour la pièce du fond. Ce n’est qu’à la fin de la coupe qu’elle s’était aperçue que les manches étaient courtes et qu’elle ne pourrait pas en tirer un panneau entier. Suivant son regard, A-Zhao vit qu’au bas d’un coin d’étoffe bleu-vert, à la porte intérieure, deux autres bandes de couleur avaient été cousues. Le tout était si vieux qu’on ne pouvait plus dire si, à l’origine, c’était un vêtement. Elle ne demanda pas à Mère Qin si cela lui avait fait mal de le découdre, et Mère Qin n’ajouta rien.

C’est à ce moment que tante Xu arriva, une cruche à huile à moitié vide à la main, pour demander trois jours de crédit sur l’huile à lampe. En voyant A-Zhao, elle commença par lui demander si elle avait vendu la barque. A-Zhao secoua la tête. Tante Xu dit alors qu’elle comptait encore sur elle pour traverser. Si la barque était vendue, elle craignait que le nouveau passeur refuse d’embarquer son panier de poissons. Mère Qin prit la cruche et pesa l’huile, en lui faisant remarquer qu’elle n’avait pas encore réglé la dernière fois et qu’il ne fallait pas toujours faire durer trois jours quinze jours. Tante Xu répondit que, si les poissons aussi obéissaient et grandissaient en trois jours, elle pourrait bien sûr payer plus tôt.

A-Zhao sourit et aida la vieille Qin à tenir le goulot de la cruche. L’huile coula en un mince filet. Pour sauver la face, tante Xu posa d’abord sur le comptoir la moitié de ce qu’elle devait de la dernière fois, puis jeta un regard à la vieille lanterne. À voir A-Zhao la tenir, elle paraissait légère, dit-elle. Son père, lui, craignait chaque fois qu’elle ait pris la poussière et marchait tout gêné en la serrant sous son bras. Elle sortit avec sa cruche, puis se retourna pour dire à la vieille Qin de ne pas veiller trop tard le lendemain. Même en hachant le poisson de l’autre côté du mur, elle l’entendait de nouveau tousser.

Quand le calme revint à l’entrée de la boutique, Azhao comprit que son père était venu emprunter et rendre cette lanterne plus d’une fois, au-delà de celle qu’il avait inscrite dans ses comptes. Mamie Qin essuya l’huile restée sur le bord du pot. Chaque année, dit-elle, aux alentours de la fête de Shangsi, il y avait plus de monde sur la rivière. Si Xiaoman voyageait encore avec les bateaux, peut-être passerait-elle par ici un jour. Elle n’avait jamais demandé à He Huaizhou de laisser son travail pour aller la chercher. Elle l’avait seulement prié d’ouvrir l’œil et, s’il la croisait vraiment, de lui dire de rentrer manger, sans parler du passé.

« Si on ne parle pas du passé, elle pourra revenir ? » demanda Azhao.

À peine la question posée, toutes deux s’immobilisèrent. A-Zhao n’avait pas pensé la poser aussi directement. Elle s’était seulement rappelé que son père, quand il était malade, disait lui aussi volontiers qu’on en reparlerait quand il irait mieux, comme si, tant qu’on ne parlait de rien, il restait un temps infini devant soi. Mère Qin baissa la tête et pinça son tablier. Au bout d’un long moment, elle dit qu’elle ne savait pas. Elle ne dit ni que sa fille avait le cœur dur ni combien ces années lui avaient coûté. Elle toucha encore une fois l’attache de cuivre et demanda à A-Zhao si elle comptait aller en ville.

« J’irai quand la barque sera vendue », dit A-Zhao. L’avant-veille encore, elle avait refusé le prix offert pour la barque. Elle en parlait pourtant comme si la date était déjà fixée.

Mamie Qin dit qu’elle en avait entendu parler. Tante Xu avait plusieurs fois vanté au coin de la ruelle la finesse des travaux d’aiguille de la fille des He. Sans trop savoir pourquoi, Azhao se sentit gênée et s’empressa de dire qu’elle ne faisait que des retouches. Mamie Qin prit pourtant le bord de la manche qu’Azhao avait raccommodée la veille au soir et lui demanda si elle l’avait réparée elle-même. Azhao hocha la tête. La vieille femme lui dit qu’elle avait bien caché le fil à l’intérieur. Elle-même, dès qu’elle avait de la colle aux doigts, faisait des points si grossiers que même les ombres de la lanterne ne suffisaient pas à les dissimuler.

Azhao vit une callosité sur l’un de ses doigts et lui demanda soudain si Xiaoman était toujours dans le Sud. La vieille Qin répondit que le mois dernier, un client venu acheter une lanterne avait dit avoir entendu à Lanting une dame Qin, qui chantait au théâtre et s’occupait aussi des malles à costumes. Elle n’osait pas se fier au seul nom de famille, mais n’avait pu s’empêcher de demander l’âge de cette femme. Le client lui avait donné une trentaine d’années, et elle n’avait plus posé de question. Elle avait peur que ce soit bien elle et peur que ce ne soit pas elle. À ce point de la conversation, elle s’était même trompée une fois sur le prix du papier dans sa boutique.

A-Zhao dit que Lanting était à deux jours de bateau, que ce n’était pas loin. Mère Qin reprit très vite que oui, ce n’était pas loin. Mais après ces mots, toutes deux regardèrent la lanterne et aucune ne se dirigea vers la porte. A-Zhao comprit alors que, pour elle, cette courte distance, c’étaient deux jours qu’elle pouvait parcourir en payant le bateau. Dans la bouche de la vieille femme, elle semblait devoir commencer par des mots qui ne blesseraient pas, après tout ce qu’elle avait dit seize ans plus tôt.

Elle ne promit pas d’aller la chercher. Mamie Qin ne le lui demanda pas non plus. Elle voulut seulement savoir si, arrivée à Lanting, Azhao pourrait se renseigner sur Qin Xiaoman, pour peu que ce soit vraiment sur son chemin. Azhao répondit qu’elle pouvait demander, mais que la rencontre dépendrait de ce que l’autre femme voudrait bien. La vieille femme acquiesça, puis, comme si elle n’avait pu s’en retenir, demanda si Xiaoman reconnaîtrait la lanterne si Azhao l’emportait.

« Je suis venue reprendre la lanterne », dit lentement A-Zhao. « Je ne peux pas m’en servir pour faire revenir quelqu’un. »

La vieille Qin la regarda un moment, puis ôta enfin la main qu’elle avait gardée sur la poignée. Elle tira du comptoir un vieux programme de spectacle, en secoua les traces de colle au revers et enveloppa le haut abat-jour. Un coin du papier portait une inscription imprimée en rouge passé. Elle semblait familière à A-Zhao, qui allait se pencher quand la vieille Qin rabattit l’autre côté. A-Zhao ne chercha pas à défaire le paquet. En recevant la lanterne, elle vit seulement qu’un petit morceau de tissu avait été glissé sous le papier pour éviter que les vieilles lames de bambou ne se fendent de nouveau par frottement.

Elle allait partir quand un autre client entra. Il tenait une petite lanterne qu’on venait de garnir de papier et disait que le papier était trop fin, qu’il voulait le faire remplacer par un plus épais. Mme Qin tapota légèrement l’armature du doigt pour lui montrer où passait la lumière et quels endroits supportaient la pression. Si l’on mettait du papier épais partout, expliqua-t-elle, il ne resterait que la moitié de la lumière. L’homme n’écouta pas et essaya quand même de pincer le papier. Mme Qin reprit aussitôt la lanterne, sans la moindre trace de son hésitation de tout à l’heure.

« Si vous voulez éprouver quelque chose, éprouvez l’armature. Ne pincez pas le papier. Si vous abîmez cette face, je vous ferai payer aussi pour recoller le papier. »

À côté d’elle, A-Zhao l’écouta expliquer précisément le prix du papier et celui du travail, et poussa soudain un soupir de soulagement. Cette vieille dame savait arrêter une main tendue pour protéger une feuille mince, et tenir fermement sur le comptoir ce à quoi elle tenait. Dans la boutique de lanternes, il y avait encore autre chose qu’une fenêtre où attendre quelqu’un. Le client renonça finalement à échanger sa lanterne. La vieille dame Qin l’emballa, lui fit payer le prix initial et le raccompagna jusqu’au seuil, sans oublier de lui montrer l’armature de bambou contre laquelle il allait se cogner.

Une fois dehors, le vent fit claquer le papier de la lanterne. A-Zhao la porta d’une main et maintint un coin du papier de l’autre. En venant, elle pensait qu’il lui suffirait de retrouver le propriétaire pour régler cette ligne du registre. La lanterne était maintenant dans sa main et pourtant elle ne pouvait toujours pas rayer la ligne. Elle s’arrêta au bout de la ruelle. Au lieu de rentrer tout de suite au bac, elle alla d’abord desserrer un peu le papier d’emballage dans un endroit sec, pour voir au juste quel nom elle reconnaissait.

· Fin du chapitre ·

Ce livre a été écrit avec l’aide d’une IA, en développant « 春江花月夜 » de Zhang Ruoxu et la nouvelle originale « 借灯还舟 ». Les personnages, la géographie et les événements sont imaginaires ; il ne s’agit ni d’une adaptation du poème ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Trois prix pour un bateau
  2. La plaque de cuivre et le bac désert
  3. La fenêtre de la boutique de lanternes
  4. La route dans le coffre de bambou
  5. Deux étapes sur l’eau
  6. Celle qui défait les coutures
  7. Le costume sur scène et sur le corps
  8. La place libre près du tambour
  9. La lanterne revient sur le comptoir
  10. Le nom d’une femme qui avait déjà fondé un foyer
  11. Une nouvelle pièce à la salle du Sud
  12. Le billet de bateau du neuvième jour
  13. Un brin de ciboule dans la maison
  14. Qui ferme la fenêtre la nuit
  15. Deux pieds de tissu encore à découdre
  16. Les quinze jours de location du bateau
  17. Le bruit d’une planche de lit
  18. Rouvrir l’emmanchure
  19. La montée des eaux du quatrième mois
  20. Un acte entier vu de la salle
  21. Le deuxième repas à Lanting
  22. Le prix des petites chaussures
  23. Le vent passe derrière le rideau
  24. Le spectacle de la fête du temple a été déplacé au bord de l’eau
  25. La représentation annulée
  26. Les points qui retiennent
  27. Deux plaques à la proue
  28. L’enfant doit-il partir avec eux ?
  29. Refuser ce billet de bateau
  30. Une vieille pièce reprise par grande chaleur
  31. Voir avant de répondre
  32. Remettre le costume entre les mains de celui qui le portera
  33. Une porte laissée à l’armoire aux lanternes
  34. Traverser la rivière encore une fois
  35. Le dernier fil des représentations d’automne
  36. La lanterne peut s’éteindre pour la nuit

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