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Un volume à la main

Roman de voyage et de société dans une Chine ancienne imaginaire

Un brin de ciboule dans la maison

酷无极 · Création assistée par IA · 11537 caractères · environ 12 minutes

En entrant dans la boutique de lanternes, Qin Xiaoman vit d’abord un comptoir vide. Elle se souvenait qu’autrefois le papier s’y entassait toujours. Pour y poser un livre, elle devait d’abord dégager une demi-paume de place, et sa mère lui disait de ne pas froisser les feuilles. À présent, le papier avait été déplacé sur l’étagère du haut et une fissure était apparue au coin du comptoir. Plus que n’importe quelle lanterne, cette fissure semblait porter la marque de ses années d’absence.

Sa mère sortit de l’arrière-boutique, un couvercle de marmite à la main. Quelques mèches autour de son visage étaient devenues toutes blanches. Xiaoman avait cru qu’elle commencerait par la regarder dans les yeux. Maintenant qu’elle la voyait, elle ne regardait que la goutte au bord du couvercle. L’eau tomba sur le bout de la chaussure de sa mère. Aucune ne parla la première. Ce fut finalement A-Sheng qui tira Xiaoman par la manche et demanda si c’était sa grand-mère.

Elle fit avancer un peu l’enfant, dit qu’il s’appelait Lu Sheng et lui demanda d’appeler sa grand-mère. Il le fit en hésitant. Sa mère répondit deux fois, comme si sa voix avait manqué d’assurance la première fois et que la seconde devait la rattraper. Elle tendit la main pour effleurer les cheveux de Xiaoman. À mi-chemin, sa fille recula légèrement. Elle poursuivit son geste en s’essuyant la main sur son tablier, demanda s’il avait plu en route et les pressa d’entrer au lieu de rester sur le seuil.

Xiaoman dit qu’il n’y avait pas eu de forte pluie, puis désigna la boutique d’instruments à cordes un peu plus loin. Elle y avait déjà déposé l’instrument et le reprendrait au retour. Sa mère ne savait pas de quel instrument elle parlait, mais hocha tout de même la tête. Xiaoman voulut préciser qu’il appartenait à la troupe et qu’elle ne l’avait pas apporté pour que l’enfant s’exerce. Puis elle se dit qu’à peine entrée, faire des distinctions aussi fines risquait de donner l’impression qu’elle cherchait expressément à tenir quelqu’un à distance. Elle fit d’abord asseoir A-Sheng, posa son petit paquet sous le comptoir et, à peine posé, le reprit auprès d’elle.

Le rideau de la pièce du fond était bien fait de son ancien vêtement. Une touche de rouge sombre prolongeait le tissu bleu, vestige de la bordure des poignets. Elle avait choisi cette couleur elle-même, trouvant celle que sa mère avait proposée trop vive. À présent, les couleurs avaient pâli, mais la couture était toujours raide. Xiaoman leva la main pour la toucher et trouva soudain que le vêtement gris qu’elle portait lui était plus étranger que ce rideau. Elle se souvenait des poignets qu’elle avait voulu faire à l’époque. Sa mère, elle, se souvenait de la quantité de tissu qu’on pouvait encore tirer de ce vêtement.

« Je l’ai lavé et j’ai attendu qu’il soit sec pour l’accrocher », dit sa mère.

Xiaoman retira sa main et répondit que ça se voyait. Elle ne demanda pas tout de suite pourquoi sa mère l’avait encore gardé. Si elle posait la question maintenant, elles risquaient de se séparer avant même que le premier repas soit servi. Mais sa mère regarda de nouveau son vêtement gris et lui dit qu’autrefois, c’était le genre de couleur qu’elle aimait le moins porter. Xiaoman répondit que maintenant, elle aimait ça, si vite qu’elle entendit elle-même le manque de conviction. Le vêtement clair de Lanting était encore dans son paquet. En route, de peur qu’on lui demande si elle était tombée dans la misère, elle avait changé plusieurs fois de tenue, pour finir par en porter une qui suscitait quand même des questions.

Le bruit de l’eau sur le feu sauva leur conversation. Sa mère rentra chercher le poisson, A-Sheng la suivit pour voir, mais Xiaoman le rappela. Il ramena les mains devant lui et se tint plus sage que de raison. Sa grand-mère, elle, lui sourit et l’invita à regarder, pourvu qu’il ne s’approche pas trop du feu. Xiaoman sentit soudain une petite piqûre. Quand elle tendait la main vers le foyer autrefois, sa mère lui tapait le plus souvent sur les doigts. Avec le petit, voilà qu’elle savait sourire d’abord.

Elle savait que son fils n’était pas là pour réparer quoi que ce soit pour elle, mais ne put s’empêcher de faire la comparaison en silence. Mal à l’aise d’avoir eu cette pensée, elle chercha de quoi s’occuper, déplaça les trois bols au bord de la table et essuya l’eau. Quand sa mère revint et la vit avec le chiffon, elle lui dit par réflexe que celui-là servait au meuble et qu’il y en avait un autre pour la table. La main de Xiaoman s’arrêta. Elle reposa le chiffon et prit l’autre, comme si elle redevenait la jeune fille à qui l’on disait toujours qu’elle avait pris la mauvaise chose.

On servit le repas. Le poisson était un peu trop cuit, mais les légumes verts avaient gardé leur fraîcheur. La mère commença par enlever les arêtes d’un morceau de poisson pour l’enfant, puis, à mi-chemin en lui tendant le bol, lui demanda s’il savait les retirer tout seul. Asheng dit aussitôt que oui, mais sa mère savait bien que, sur le bateau de voyageurs, il fallait encore l’aider à les repérer une par une. Elle ne le démentit pas devant tout le monde. Elle ouvrit simplement le petit morceau, vérifia qu’il n’y restait pas d’arête fine et le poussa vers lui.

Sa mère demanda si Asheng apprenait la cithare. La bouche pleine de riz, l’enfant secoua la tête. La cithare qu’il portait était à la troupe, et lui, il aimait la flûte. Elle parut chercher quel compliment lui faire et finit par dire qu’il était doué, comme son père. Asheng releva aussitôt la tête et répondit que son père jouait du tambour, pas de la flûte. Voyant l’embarras passer sur le visage de sa mère, Xiaoman lui vint la première en aide. Pour les deux, dit-elle, il fallait d’abord avoir l’oreille juste. Il pourrait souffler dans sa flûte après le repas, quand le riz ne risquerait plus de ressortir par les trous.

Asheng éclata de rire. Sa mère rit aussi, et la petite raideur qui restait céda enfin dans leurs rires. Xiaoman baissa la tête et prit une bouchée. Les feuilles de moutarde marinées avaient presque le même goût qu’autrefois, d’abord salé, puis un peu piquant. Il y avait des années qu’elle n’avait pas mangé à cette table, mais sa langue en avait reconnu le chemin avant le reste. À cette pensée, elle faillit relever la tête pour dire quelque chose. Voyant que sa mère la regardait, elle ravala ses mots et reprit seulement des légumes avec ses baguettes.

Sa mère poussa vers elle une petite assiette de galettes de haricots : elle aimait cela quand elle était petite. Xiaoman regarda leur bord roussi et se rappela celle qu’A Zhao avait apportée à Lanting, dont son fils avait détaché le premier morceau. Elle comprit soudain que la légère odeur d’humidité du paquet avait elle aussi traversé cette ruelle. Elle dit qu’elle en mangeait peu maintenant : c’était dur sous la dent. La main de sa mère s’arrêta, puis elle dit de les laisser là ; si l’enfant les aimait, on les lui donnerait. Xiaoman s’était préparée à entendre qu’autrefois, elle n’était pas ainsi. Comme cette remarque ne vint pas, elle ne sut au contraire plus comment adoucir ses paroles.

A-Sheng aperçut le papier uni au coin du comptoir, avec son nom dessus. Il sauta du tabouret pour aller voir. Sa mère le suivit, rapporta le papier à la table et lui demanda si c’était bien ce caractère, « 笙 ». L’enfant examina les deux petits traits du haut, les montra et dit que la tête de bambou était de travers. Quand il l’écrivait, un côté ressemblait toujours à une patte de poulet. Sa mère lui montra très sérieusement du doigt où il avait mis un trait de trop et où deux traits se serraient trop. L’enfant ne se laissa pas convaincre et ils se mirent à discuter à voix basse pour un seul caractère.

Xiaoman les écoutait, trouvant ces quelques paroles bien étranges à ses oreilles. Sa mère savait déjà lire et écrire autrefois, et il lui arrivait d’inscrire les noms des lanternes pour les clients. Mais elle avait rarement dit à sa fille que, si un caractère était mal écrit, elle pouvait le refaire. Xiaoman songea que peut-être, à l’époque, elle-même n’avait pas eu la patience d’attendre ces mots. Cette pensée l’irrita aussitôt. Fallait-il que, sous prétexte d’être revenue, elle trouve même des raisons aux paroles aimables qui n’avaient jamais été dites ? Elle prit un morceau de poisson. La chair ayant un peu refroidi, les arêtes étaient plus difficiles à enlever. Elle baissa la tête et s’y appliqua sans hâte.

Dehors, quelqu’un appela pour venir chercher une lanterne. Sa mère se leva, disant qu’il en restait une accrochée à la poutre. Xiaoman avait cru qu’elle commencerait par fermer la porte pour préserver ce repas qu’elle attendait depuis seize ans. Mais sa mère alla chercher la lanterne, vérifia le paiement comme d’habitude et, comme d’habitude, rappela au client de ne pas cogner l’abat-jour contre le chambranle. A-Sheng tendit le cou du haut de sa chaise et demanda si sa grand-mère gagnait tous les jours une telle poignée de pièces. Xiaoman répondit que c’était le prix payé par le client et que tout n’était pas du bénéfice. En disant cela, elle se sentit soudain un peu plus proche de sa mère, qu’elle regardait s’affairer de dos.

Après le départ du client, sa mère pensa à demander s’il fallait garder à manger pour Azhao. Xiaoman dit qu’elle était encore à transporter un chargement de légumes et qu’il n’était pas nécessaire de l’attendre. Sa mère hocha la tête et reprit le bol qui était resté vide au bord de la table. Xiaoman comprit qu’elle en avait bel et bien préparé quatre et que, pendant qu’elle l’attendait, elle les avait peut-être changés plusieurs fois. Elle ne voulait pas voir dans ce petit geste une marque d’affection qu’elle était tenue d’accepter. Quand sa mère se rassit, elle poussa tout de même un peu le plat de poisson vers elle.

A-Sheng finit par sentir la ciboule dans la soupe. Il fronça d’abord les sourcils, puis regarda le visage de sa grand-mère. Il sembla vouloir se forcer à avaler, mais refusa absolument une deuxième gorgée. En le voyant repousser son bol tout entier, Xiaoman s’inquiéta. Elle craignait que sa mère ne dise qu’on l’élevait sans manières dans la troupe. Elle répondit donc à sa place qu’il n’aimait pas la ciboule et qu’il ne faudrait plus en mettre. Elle n’avait pas fini que sa mère reprenait déjà. S’il n’aimait pas la ciboule, qu’il la retire du bol. Il n’avait pas à repousser tout son repas.

Elle avait pris le même ton que lorsqu’elle demandait aux gens de ne pas pincer le papier des lanternes, sans effusion ni signe qu’elle prenait sur elle. Xiaoman regarda le bol de soupe et se mit soudain à rire, la gorge serrée, surprise elle-même par ce rire. Toutes les défenses qu’elle avait préparées se heurtèrent à un brin de ciboule flottant à la surface et restèrent un instant sans emploi.

Sa mère voulut enlever la ciboule pour l’enfant, mais Xiaoman saisit le bol la première et dit qu’elle allait le faire. Leurs mains se touchèrent et s’immobilisèrent un instant. Sa mère finit par lâcher le bol et la laissa faire. A-Sheng s’impatienta et demanda s’il pouvait d’abord prendre un morceau de poisson sans ciboule. Xiaoman lui dit que si, en plus, il refusait d’enlever les arêtes, il n’aurait que de l’eau à boire. Il se tourna tout souriant vers sa grand-mère pour qu’elle prenne sa défense. Celle-ci jeta un regard à sa fille et, à sa surprise, ne corrigea pas ce qu’elle venait de dire.

À la fin du repas, personne ne dit que seize ans se résumaient donc à si peu. Sa mère lui demanda si elle continuerait à chanter. Xiaoman répondit que oui, qu’elle continuerait aussi à coudre et que, l’enfant étant encore petit, elle ne pouvait se permettre de négliger aucun des deux métiers. Sa mère lui dit de ne pas trop forcer sur sa voix en chantant. Xiaoman crut qu’elle l’engageait à renoncer et ses épaules se raidirent. En levant la tête, elle vit seulement que sa mère rapprochait d’elle l’eau tiède. Elle ne poursuivit pas en lui disant qu’elle aurait dû y penser plus tôt.

Elle ne voulait toujours pas se laisser rassurer si vite. Elle prit l’eau, en but une gorgée et la reposa. Rassasié, A-Sheng avait déjà sorti son bout de bambou et comparait un à un ses trous avec ceux de la table. Sa grand-mère lui demanda s’il avait percé le trou lui-même. Xiaoman se hâta de répondre à sa place qu’elle ne lui avait pas encore donné la permission de percer des trous à sa guise, puis resta interdite. La voilà redevenue celle qui autrefois répondait pour elle avant qu’elle ait pu parler. Sa main faisait déjà obstacle devant l’enfant alors que sa mère n’avait même pas fini sa question.

Elle retira sa main et laissa A-Sheng parler. L’enfant profita de l’occasion pour se lancer dans un long récit. Il dit où il avait ramassé le bambou, qui lui avait dit qu’on pouvait en faire une flûte, puis raconta que Gu Ming lui avait promis de petites claquettes qu’il n’avait toujours pas reçues. Sa mère ne comprenait pas tout, mais elle l’écouta en hochant la tête, sans demander à chaque nom s’il s’agissait de quelqu’un de convenable. Xiaoman, assise à côté, découvrit pour la première fois qu’un repas pouvait durer assez longtemps pour qu’on ne sache où se réfugier, et passer trop vite pour qu’on ait le temps d’expliquer quoi que ce soit.

Au soir, en débarrassant les bols, sa mère lui dit d’aller se reposer. Xiaoman souleva d’abord le seau et dit qu’elle ferait la vaisselle. Ce n’était ni pour se montrer raisonnable ni pour compenser quoi que ce soit. Elle avait besoin de rester un moment près du puits, loin de ces yeux qui cherchaient toujours à la regarder un peu plus longtemps. Elle remonta la corde. L’eau était très froide. En y plongeant le premier bol, elle entendit A-Sheng demander dans la maison à sa grand-mère pourquoi la lanterne avait des os. Sa mère répondit que pour tenir debout, une lanterne avait bien besoin d’une armature. Xiaoman ne se retourna pas et fit simplement tourner le bol, lentement, une fois dans l’eau.

· Fin du chapitre ·

Ce livre a été écrit avec l’aide d’une IA, en développant « 春江花月夜 » de Zhang Ruoxu et la nouvelle originale « 借灯还舟 ». Les personnages, la géographie et les événements sont imaginaires ; il ne s’agit ni d’une adaptation du poème ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Trois prix pour un bateau
  2. La plaque de cuivre et le bac désert
  3. La fenêtre de la boutique de lanternes
  4. La route dans le coffre de bambou
  5. Deux étapes sur l’eau
  6. Celle qui défait les coutures
  7. Le costume sur scène et sur le corps
  8. La place libre près du tambour
  9. La lanterne revient sur le comptoir
  10. Le nom d’une femme qui avait déjà fondé un foyer
  11. Une nouvelle pièce à la salle du Sud
  12. Le billet de bateau du neuvième jour
  13. Un brin de ciboule dans la maison
  14. Qui ferme la fenêtre la nuit
  15. Deux pieds de tissu encore à découdre
  16. Les quinze jours de location du bateau
  17. Le bruit d’une planche de lit
  18. Rouvrir l’emmanchure
  19. La montée des eaux du quatrième mois
  20. Un acte entier vu de la salle
  21. Le deuxième repas à Lanting
  22. Le prix des petites chaussures
  23. Le vent passe derrière le rideau
  24. Le spectacle de la fête du temple a été déplacé au bord de l’eau
  25. La représentation annulée
  26. Les points qui retiennent
  27. Deux plaques à la proue
  28. L’enfant doit-il partir avec eux ?
  29. Refuser ce billet de bateau
  30. Une vieille pièce reprise par grande chaleur
  31. Voir avant de répondre
  32. Remettre le costume entre les mains de celui qui le portera
  33. Une porte laissée à l’armoire aux lanternes
  34. Traverser la rivière encore une fois
  35. Le dernier fil des représentations d’automne
  36. La lanterne peut s’éteindre pour la nuit

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