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Un volume à la main

Roman de voyage et de société dans une Chine ancienne imaginaire

La lanterne peut s’éteindre pour la nuit

酷无极 · Création assistée par IA · 12428 caractères · environ 13 minutes

Dans l’après-midi du vingt-sept, A-Zhao descendit du bateau de voyageurs venu du nord et acheta d’abord un petit bol de bouillie chaude à Tongwei, en attendant que Ding Quan arrive de la rive ouest à la perche. Elle avait passé la nuit à Sangqiao et repris le bateau de Zheng Qin ce matin-là. En quelques mois, bien des passagers avaient changé, mais son empressement à rentrer n’avait pas retranché une nuit aux deux jours de trajet. Au débarcadère de l’Est, un marchand de légumes la reconnut et lui demanda si la barque des He avait enfin été vendue. Elle secoua la tête et dit qu’elle venait renouveler la location.

Il ne restait plus grand monde à bord. Ding Quan aida une dernière habituée à tenir son panier, encaissa le prix du passage, puis salua Azhao et lui demanda comment s’était passé le spectacle d’automne. Azhao lui dit qu’ils avaient réussi à le monter, que les deux soirées n’avaient pas fait salle comble et qu’ils n’y avaient pas perdu d’argent. À ces derniers mots, Ding Quan hocha la tête, sans chercher, comme au théâtre, à savoir qui avait reçu le plus d’applaudissements. Ce qu’il avait toujours à retenir, c’était le nombre de personnes qui se hâteraient de prendre le bac ce soir et l’endroit du quai de l’Est où la boue deviendrait glissante après le retrait des eaux d’automne.

Assise près de la cabine, A-Zhao vit que les planches changées au sixième mois portaient déjà quelques traces de semelles. Il y avait une rayure fine dans la peinture. Elle tendit la main pour la toucher. Ding Quan dit qu’avant-hier on avait traîné une palanche de paniers de bambou sans rien mettre dessous. Il avait déjà fait la retouche et regarderait de nouveau demain, quand ce serait bien sec. Cela lui fit tout de même un pincement au cœur, mais elle ne lui demanda pas de refuser désormais les paniers à bord. Si on laissait les gens se contenter de regarder le bateau, bien sûr qu’il vieillirait moins vite. Mais ce n’était pas pour cela que ce bateau vivait.

À l’accostage, Luo Yan l’attendait, le relevé des loyers des six derniers mois à la main. Les deux cent soixante sapèques du vingt-septième jour du huitième mois avaient déjà été portées à Lanting par un bateau de passage, et elle demanda à Azhao de vérifier encore une fois. La déduction de vingt-six sapèques en juin était elle aussi inscrite à côté de la ligne d’origine. Le loyer réellement perçu sur six mois s’élevait en tout à mille cinq cent trente-quatre sapèques. Les deux cent soixante de dépôt étaient à part et n’avaient jamais été mêlées à ces versements. Azhao rassembla ses quelques reçus et vit que leurs façons de noter différaient, mais que les chiffres concordaient.

Luo Yan lui demanda d’aller chercher le coffret du dépôt à la maison. Elle voulait voir les espèces avant de discuter. A-Zhao ne prit pas cette prudence pour de la défiance. Elle ouvrit le coffret et posa le paquet intact sur la table. Au bout de la corde se trouvait toujours le nœud fait par Luo Yan au troisième mois. Cet argent n’avait jamais compté comme le sien. Les quatre-vingts sapèques manquantes pour réparer les planches au sixième mois, elle les avait prises sur son propre salaire, sans avoir à les réunir en hâte aujourd’hui pour donner le change. Après avoir compté, Luo Yan refit le paquet avec la corde neuve qu’elle avait apportée.

Ding Quan voulait louer la barque six mois de plus, mais comme les passagers se faisaient rares en hiver, il demanda s’il pouvait payer vingt sapèques de moins pendant les trois premiers mois. Il parlait très lentement, comme s’il craignait qu’A-Zhao ne pense d’emblée qu’il profitait de son éloignement pour tirer le prix vers le bas. Luo Yan, elle, exposa d’abord leur calcul. En hiver, certains ne sortaient pas et la nuit tombait tôt. Une traversée de plus ne suffirait pas à retrouver tous les passagers qui manquaient. Elle devait aussi garder de quoi racheter du bambou pour sa vannerie et ne pouvait pas combler chaque manque du bac avec les revenus de l’autre activité du foyer.

Azhao s’était déjà habituée à compter sur deux cent soixante sapèques par mois. Vingt de moins ne la priveraient pas de manger du jour au lendemain, mais la table de travail qu’elle comptait acheter après l’automne devrait attendre un peu. Elle ne dit pas oui tout de suite. Elle demanda d’abord comment ils comptabiliseraient les courses si quelqu’un louait le bateau entier en hiver, puis alla voir le nouveau point d’amarrage avec Ding Quan. Azhao savait tenir un bac et comprenait qu’il ne pouvait pas compter chaque traversée à vide comme si le bateau était plein. Ding Quan savait aussi qu’elle n’avait pas repêché au fond de la rivière l’argent nécessaire pour réparer le bordage. Il n’alla pas prétendre que, puisqu’elle ne maniait plus elle-même la rame, elle devait se contenter d’un loyer symbolique.

Ils convinrent finalement de renouveler la location pour six mois. D’aujourd’hui au vingt-sept du douzième mois, trois mois à deux cent quarante sapèques par mois, puis trois mois à deux cent soixante. Ils en reparleraient le vingt-sept du troisième mois de l’année suivante. Les grosses réparations de la structure seraient à la charge d’A-Zhao et les petites dépenses courantes à celle des Ding. Le loyer serait réduit du nombre exact de jours d’arrêt pour travaux, sans que trois jours de réparation donnent droit à trois jours de location supplémentaires. Tous trois ajoutèrent ces dispositions sur une nouvelle feuille. Luo Yan remit les deux cent soixante sapèques de la caution dans le coffret et dit de vive voix que le montant du dépôt restait le même et que, faute de renouvellement à l’échéance, il lui serait rendu en main propre. Le remettre à quelqu’un d’autre ne suffirait pas à régler le compte.

Le premier mois du nouveau bail, à deux cent quarante sapèques, fut payé sur-le-champ. A-Zhao prit l’argent et regarda encore une fois les deux plaques. L’ancienne, en cuivre, était du côté intérieur, celle en bois à côté. Ding Sui avait refait le gland dans une autre couleur. A-Zhao demanda s’il faudrait encore l’enlever en hiver à cause de l’humidité. Luo Yan dit qu’on rangerait le gland et qu’on laisserait les plaques en place. Les mots « Bac de Ding Quan » restaient là. Le lendemain, il lui faudrait encore se lever tôt. Le retour d’A-Zhao aujourd’hui ne le ramenait pas au rang de voisin qui gardait le bateau de He Huaizhou pour une nuit.

A Zhao leur dit que les lettres du onzième mois devaient toujours être envoyées à Lanting : Xiaoman pouvait les recevoir. Si elle changeait de logement, elle écrirait d’abord. Luo Yan demanda si elle finirait par rejoindre directement la troupe de Gu Ming. Elle sourit un peu et dit qu’elle n’y allait pas pour l’instant ; plus tard, elle n’en savait rien. Mais même si elle y allait, quelqu’un devrait encore venir lui demander son avis sur la réparation du bateau : cela ne pouvait pas faire apparaître soudain une demoiselle He dispensée de toute responsabilité. Elle rangea ensuite les papiers, sans signer du même coup sa destination pour toute une vie à venir.

La nuit, elle balaya seule la maison des He. Le casier à couture de sa mère était toujours là. Autrefois, la pèlerine de paille de son père était accrochée en hauteur. Ding Quan l’avait rangée ailleurs, et elle ne gouttait plus sans cesse. A-Zhao sortit le vieux registre et retrouva la ligne du troisième mois. Les mots « lanterne rendue » qu’elle y avait écrits jouxtaient la dernière inscription de son père. La date du dix-septième jour du deuxième mois avait un peu pâli. Elle ne la repassa pas et n’ajouta pas combien de fois la fille était revenue chez elle, comme si elle avait pu clore le compte plus complètement pour son père.

La barque qu’elle avait manqué de vendre trois fois avait encore besoin de réparations. Et dans une vie où tout n’avait pas été rendu, il n’était pas nécessaire de solder chaque ligne pour avoir le droit de recommencer. Elle garda cette pensée pour elle sans l’inscrire au bas du registre. Elle ouvrit ensuite une nouvelle page et nota seulement que le loyer mensuel du jour était de deux cent quarante sapèques et que la caution de deux cent soixante restait en dépôt. Son écriture avait moins d’allure que celle de son père, mais les chiffres étaient les siens, et derrière chaque ligne il y avait des gens bien vivants qui viendraient demander le prix d’un repas, réclamer un salaire ou s’enquérir d’un joint entre les planches.

Le vingt-huit, la vieille Qin l’invita à déjeuner. A-Qiao était assise près du comptoir à fabriquer des lanternes carrées. En voyant entrer A-Zhao, elle en leva une pour la lui montrer. La vieille Qin dit d’abord que les angles pouvaient encore être affinés, puis sourit elle-même et lui montra le nœud du bambou. A-Zhao complimenta la façon dont il avait été laissé apparent et la vieille Qin dit que c’était justement ce que les clients aimaient. Elles n’avaient pas attendu de faire disparaître jusqu’à la moindre trace de leurs anciennes habitudes pour recevoir quelqu’un. Et même avec les clés, A-Qiao pouvait toujours se faire reprendre sur un détail du travail.

La lettre de Xiaoman était déjà arrivée. Mère Qin dit que, quand elle avait trouvé le poisson salé bon avec la bouillie de riz, ce n’était pas par politesse, mais que la prochaine fois elle n’achèterait pas forcément le même et que Xiaoman ferait mieux de le saler un peu moins elle-même. A-Zhao crut qu’elle allait la charger de la réponse et attendit un instant. Mais Mère Qin sortit du comptoir un billet déjà écrit et dit qu’elle le confierait au bateau du retour. Il ne fallait pas toujours te mettre entre nous deux à retenir ce qu’on se dit. Elle posa le billet avec le dessin de flûte d’A-Sheng. Il avait beau être court, c’était tout de même une lettre.

Au repas, personne ne demanda à A-Zhao pourquoi elle n’était toujours pas mariée. La vieille Qin lui demanda si elle aurait assez d’argent au cas où l’atelier manquerait de travail pendant les mois creux, puis craignit d’avoir eu l’air de l’engager à reprendre le bac. A-Zhao dit qu’elle avait assez pour le moment. Elle s’était déjà entendue avec Ye Zhen pour des vêtements de tous les jours en hiver, et si un mois rapportait moins, elle referait les comptes. Elle pouvait aussi demander de petits travaux à la grande troupe. Même si une porte se fermait, cette rivière ne serait pas son seul recours. La vieille Qin acquiesça et prit un morceau de tofu pour son bol, sans s’attribuer le mérite de voir A-Zhao se débrouiller grâce à un conseil de plus.

Le soir, elle retourna chez les He, et Mère Qin la suivit pour s’asseoir un moment. C’est alors que Ding Quan vint emprunter la haute lanterne pour inspecter une attache à l’ancien mouillage. La sienne était basse et peu commode à tenir levée au bord de la digue. A-Zhao prit la lanterne sur l’étagère, et Mère Qin en profita pour remettre d’aplomb le papier de l’abat-jour qui venait de se soulever, puis dit à Ding Quan de ne pas approcher la lanterne de l’eau. Tous trois s’affairèrent un instant autour d’elle, puis elle passa la porte. Personne n’eut besoin de raconter d’abord ce qu’elle avait éclairé toutes ces années pour avoir le droit de l’emporter voir une simple attache d’amarre.

Ding Quan la rapporta le soir même, après son inspection. Il précisa que la corde était seulement effilochée, qu’il la changerait lui-même le lendemain et qu’il n’avait pas touché aux grosses pièces. A-Zhao posa la lanterne près de la porte et ne s’aperçut qu’après le dîner qu’il restait encore un fond d’huile. Elle l’éteignit et la rangea avant que l’huile soit épuisée. Le lendemain matin, quelqu’un viendrait ouvrir la fenêtre, et quand le jour se lèverait on y verrait clair. Il y avait d’autres lanternes sur la rivière, proches ou lointaines, serrées ou éparses. Elles ne dépendaient pas toutes de ce seul seuil.

Le vingt-neuvième jour, elle laissa comme d’habitude une clé de la maison à Luo Yan et rangea la sienne dans la malle de bambou. Elle laissa sur place la vieille plaque de cuivre et ne vida pas d’un coup le casier de sa mère. Elle emporta seulement deux bonnes aiguilles de plus et ses ciseaux habituels. Avant qu’elle embarque, Ding Sui la rattrapa pour lui montrer le modèle d’un nouveau gland qu’elle comptait vendre, et lui demanda si des gens à Lanting voudraient de franges aussi fines. A-Zhao l’examina et répondit qu’elle pouvait en emporter un pour se renseigner, mais qu’il ne fallait pas s’imaginer que dans une grande ville tout le monde en voudrait.

Cette fois, la malle était plus légère qu’au deuxième mois. Elle paya tout de même quarante-deux sapèques pour la traversée et la malle, et passa une nuit à Sangqiao. Une femme de la boutique voisine lui prêta une aiguille pour reprendre un col. A-Zhao la rendit en la remerciant. La femme ne lui demanda pas de quel maître réputé elle tenait son savoir-faire. Après deux points, A-Zhao vit que le fil jurait avec le tissu et en emprunta un autre avant de poursuivre. Elle ne voulait pas que l’aisance acquise lui serve à bâcler ce qui méritait d’être repris. Sous la fenêtre, l’eau coulait dans le noir. Elle se rappela que la première fois, à force de protéger sa lanterne, elle en avait oublié de laisser passer les gens. Elle se leva et rapprocha la malle de ses pieds.

Le trente, en rentrant à Lanting, Azhao trouva Xiaoman dans la cour, où elle faisait sécher les deux pieds de toile bleue. Asheng se précipita pour lui annoncer les nouveaux caractères qu’il savait reconnaître. Azhao posa sa caisse de bambou et commença par régler les quarante-cinq sapèques du lit pour le mois qui commençait. Avant de partir le vingt-six, elle avait convenu de payer à son retour le trente. Xiaoman lui avait gardé le lit, et ce voyage ne l’exemptait pas de quelques jours de loyer. Quand elles eurent vérifié les petits comptes des repas, l’enfant était toujours debout à attendre qu’Azhao ait enfin le temps de regarder ses caractères.

L’après-midi, Gao Man apporta un vêtement doublé à retoucher, avec un message de Lu Heniang qui la pressait de ne pas réserver toute son adresse à la tenue de Han Rong et de reprendre aussi la bordure de son vieux col. Azhao en rit et se rendit à la salle avec sa trousse à aiguilles. Un bout de corde à linge s’était libéré et les vêtements de tous les jours qu’on venait de lui confier ne l’encombraient pas encore. Ye Zhen l’attendait à la porte pour mesurer les manches. En la voyant, elle lui dit d’emblée que cette fois, ce serait à elle de noter les mesures, parce que ses propres notes étaient trop confuses.

A-Zhao ouvrit le carnet à une page neuve et demanda à celui qui porterait le vêtement de quelle main il se servait d’ordinaire et combien d’épaisseurs il ajoutait dessous en hiver. Quand il leva le bras, un pli mince se tendit à l’épaule de son vieux vêtement. Elle lui demanda de se détendre, puis de lever le bras encore une fois. Un bateau passa devant la fenêtre. Elle entendit le bruit de la godille s’éloigner, mais garda la main sur cette épaule dont elle devait encore prendre la mesure exacte.

· Fin du texte intégral ·

Ce livre a été écrit avec l’aide d’une IA, en développant « 春江花月夜 » de Zhang Ruoxu et la nouvelle originale « 借灯还舟 ». Les personnages, la géographie et les événements sont imaginaires ; il ne s’agit ni d’une adaptation du poème ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Trois prix pour un bateau
  2. La plaque de cuivre et le bac désert
  3. La fenêtre de la boutique de lanternes
  4. La route dans le coffre de bambou
  5. Deux étapes sur l’eau
  6. Celle qui défait les coutures
  7. Le costume sur scène et sur le corps
  8. La place libre près du tambour
  9. La lanterne revient sur le comptoir
  10. Le nom d’une femme qui avait déjà fondé un foyer
  11. Une nouvelle pièce à la salle du Sud
  12. Le billet de bateau du neuvième jour
  13. Un brin de ciboule dans la maison
  14. Qui ferme la fenêtre la nuit
  15. Deux pieds de tissu encore à découdre
  16. Les quinze jours de location du bateau
  17. Le bruit d’une planche de lit
  18. Rouvrir l’emmanchure
  19. La montée des eaux du quatrième mois
  20. Un acte entier vu de la salle
  21. Le deuxième repas à Lanting
  22. Le prix des petites chaussures
  23. Le vent passe derrière le rideau
  24. Le spectacle de la fête du temple a été déplacé au bord de l’eau
  25. La représentation annulée
  26. Les points qui retiennent
  27. Deux plaques à la proue
  28. L’enfant doit-il partir avec eux ?
  29. Refuser ce billet de bateau
  30. Une vieille pièce reprise par grande chaleur
  31. Voir avant de répondre
  32. Remettre le costume entre les mains de celui qui le portera
  33. Une porte laissée à l’armoire aux lanternes
  34. Traverser la rivière encore une fois
  35. Le dernier fil des représentations d’automne
  36. La lanterne peut s’éteindre pour la nuit

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