Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire
Les feuilles de lotus ne se sont pas encore déployées
酷无极 · Création assistée par IA · 11987 caractères · environ 13 minutes
Le 17 du cinquième mois, le premier bruit de Nanpu vint d’une charge de poissons portée à la palanche. Le porteur versa les poissons vivants dans un baquet de bois. Leurs queues battirent l’eau, qui éclaboussa les chaussures de Gu Qing. Elle venait de débarquer les bagages et n’avait pas encore bien vu cette ville dont elle avait tant entendu parler qu’on la bouscula et la fit reculer d’un pas. Shen Su se tenait au bord du débarcadère, la main sur un pilier. Le vent rabattait vers l’intérieur la fleur brun clair de son chapeau. Pour personne autour d’elles, cet instant n’avait demandé six jours de voyage.
Le long du fleuve, près de l’entrepôt de l’Est à Nanpu, il y avait quelques auberges pour voyageurs. Gu Qing se renseigna sur les prix. Près du débarcadère, c’était moitié plus cher qu’à Ludu. Elle conduisit sa grand-mère dans la première auberge qui lui avait plu. La chambre avait une fenêtre, mais elle donnait sur la ruelle où l’on déchargeait le poisson. Le plancher était humide et, le soir, l’eau de lavage des bassines s’écoulait dehors. La vieille femme s’assit au bord du lit sans dire que la chambre lui déplaisait, mais elle déplaçait sans cesse sa jambe droite, faute de trouver une position où l’étendre sans qu’elle bouge.
Gu Qing posa le rouleau de couvertures. S’imaginant qu’elle allait enfin dormir deux bonnes nuits, elle commença par se persuader que la chambre était à peine humide. En apprenant qu’elles étaient venues pour Heze, l’aubergiste secoua la tête. Le printemps avait été froid cette année, les fleurs étaient encore rares et sur l’eau, à l’est, on voyait surtout des feuilles. Les vrais visiteurs n’iraient pas avant la fin du mois. Gu Qing arrêta la main sur la lanière du sac et demanda s’il devait bien y avoir une ou deux fleurs à demi ouvertes. L’aubergiste répondit qu’il n’était pas un lotus. Comment pouvait-il, à plusieurs lis de là, parler à la place des fleurs ?
La réplique était peu aimable, et Gu Qing sentit ses joues chauffer. Elle alla se renseigner sur les charrettes le long de la rivière. Un charretier lui dit qu’il y avait vingt-quatre lis à l’aller et que même en se hâtant de partir aujourd’hui, il faudrait dormir là-bas, car le chemin de terre n’avait pas encore entièrement séché. Elle demanda si les fleurs étaient ouvertes. Trois personnes lui donnèrent trois réponses : pour l’une, elles l’étaient depuis longtemps, pour l’autre, il fallait encore dix jours, pour la troisième, cela dépendait du vent du sud. Gu Qing rentra sans nouvelle sûre de la floraison, couverte de la poussière du quai et imprégnée de son odeur de poisson.
Shen Su soulevait la couverture humide pour l’aérer. Assise sur un tabouret, Gu Qing dit soudain que, s’il n’y avait vraiment pas de fleurs, autant se reposer une nuit et rentrer, pour ne pas attendre en vain. Elle regretta ses paroles sitôt prononcées, sans pour autant les reprendre aussitôt. Depuis plusieurs jours, sa plus grande crainte avait été que les fleurs ne soient pas ouvertes. À présent qu’elles ne l’étaient vraiment pas, c’était comme si elle pouvait donner à son inquiétude la forme d’un malheur certain et se hâter de regagner un endroit familier.
Sa grand-mère lâcha le coin de la couverture et lui demanda à qui elle cherchait à épargner cette attente. Gu Qing répondit qu’elle pensait à toutes les deux, et qu’elle craignait aussi que la vieille femme soit mal à l’aise ici. Shen Su tâta le bord du lit. Ici, dit-elle, on était effectivement mal installées. Il fallait commencer par changer de chambre. Quant à attendre, elle voulait bien patienter quelques jours. Gu Qing ne lui devait pas une fleur à livrer aujourd’hui même. Sur ces derniers mots, ses narines frémirent un peu, comme si elle aussi retenait sa déception de n’avoir vu aucune fleur.
Elles quittèrent cette chambre le jour même, payèrent une petite somme pour avoir déposé leurs bagages et emprunté du feu, et ne se disputèrent pas avec le patron. Leur nouveau logement était dans une ruelle à un demi-li du débarcadère. Passé le seuil poussait, dans un pot, un grenadier tout maigre qui n’avait pas encore fleuri. Les clients avaient accroché leurs chaussettes à ses branches pour les faire sécher. La patronne, Pang Yun, avait dans les quarante ans et coupait du radis séché. Quand elles lui demandèrent si elle avait un lit assez bas pour poser les pieds par terre, elle leur indiqua l’intérieur du dos de son couteau et les laissa regarder par elles-mêmes.
La chambre n’avait rien de raffiné, et la fenêtre ne donnait pas sur le fleuve mais sur un mur blanc dont le badigeon avait vieilli. Le lit était de niveau, le support de lampe stable, et il y avait à côté une chaise de bambou où s’asseoir. Shen Su s’assit d’abord sur la chaise, allongea lentement la jambe droite et hocha la tête. Gu Qing tâta les planches du lit pour s’assurer qu’elles n’étaient pas humides, puis posa le sac. Dix wen la nuit pour deux. L’eau chaude était disponible à heures fixes, et on ne rallumerait pas le feu à la première demande. Pang Yun leur expliqua tout clairement, et Gu Qing s’en sentit d’autant plus tranquille.
Pang Yun leur parla du niveau de l’eau à Heze ces derniers temps. Ses parents par alliance vendaient des légumes là-bas ; venus la veille, ils n’avaient vu qu’une fleur pointer, pas encore toute une étendue. Elle n’insista pas pour que ses clientes restent absolument et se tourna pour accueillir deux hommes qui entraient. Quiconque logeait payait ; le fait qu’elles viennent de loin ne leur garantissait rien. Après l’avoir écoutée, Shen Su compta elle-même quarante sapèques dans son petit paquet : elles resteraient d’abord quatre nuits, puis aviseraient. Elle ne sortit pas d’un seul coup la totalité des quatre-vingts.
Gu Qing voulut payer à sa place, mais la vieille femme posa la main sur sa bourse. « C’est moi qui ai choisi cette fois. » Gu Qing inscrivit donc les quarante pièces dans leurs frais de voyage communs, sans les compter comme quatre-vingts pièces supplémentaires de dépenses personnelles. L’argent passa de main en main, et l’attente cessa de peser sur les seules épaules de Gu Qing. Elle monta retirer la fleur brun clair du côté du chapeau, puis remit en place le pétale que le vent avait dérangé, d’un geste plus détendu qu’à la descente du bateau.
Au matin du dix-huit, Gu Qing crut au réveil qu’elle était encore sur le bateau. Le lit ne tanguait pas, mais elle entendait un enfant imiter le cri d’un vendeur de petits pains farcis. Le neveu de Pang Yun aidait sa tante à porter le petit déjeuner. Il criait comme un acteur sur les planches et, au bout de trois appels, éclatait de rire. Shen Su écoutait sous la couverture, les yeux plissés de rire. Gu Qing voulut se lever pour aller demander encore une fois où en était la floraison, mais la vieille femme la retint. À la quatrième fois, dit-elle, le petit arriverait sûrement à lancer son cri d’un trait. Il fallait d’abord écouter jusqu’au bout.
Ce matin-là, elles se promenèrent seulement dans les petites ruelles. Shen Su voulut s’arrêter chez un marchand de peignes en bambou. Elle ne voulait pas en acheter, mais savoir si les motifs étaient gravés par des artisans du coin. Le graveur trouva ses questions bien pointilleuses et lui répondit d’abord du bout des lèvres. Puis, apprenant qu’elle exerçait elle aussi un métier manuel, il lui montra un peigne dont il avait raté la gravure. Deux lignes avaient dévié jusqu’à se rejoindre, et il en avait tout bonnement fait des rides sur l’eau. Gu Qing se tenait à côté. Pour la première fois, elle n’eut pas l’impression de devoir faire déboucher chaque conversation de sa grand-mère sur un achat.
Elles mangèrent les galettes de riz dont A-Chun leur avait parlé. La croûte était effectivement fine, souple à chaud et dure dès qu’elle refroidissait. Shen Su tint à manger lentement. Sa dernière bouchée avait refroidi. Elle la trouva dure et ne put se résoudre à la jeter. Gu Qing en mâcha la moitié à sa place jusqu’à en avoir mal aux mâchoires. Elles se regardèrent en riant et se dirent qu’au retour, il ne faudrait surtout pas raconter à A-Chun tout ce qu’elles avaient enduré pour goûter à son délice. Elles ne rapportèrent aucune galette et gardèrent seulement en mémoire le petit parfum de la première sortie du feu.
Le 19, il y eut une courte averse et le genou de sa grand-mère recommença à lui faire mal. Un instant, Gu Qing eut le sentiment que tout venait de ce qu’elle avait mal choisi le moment. Elle songea à courir prendre des nouvelles des fleurs pendant que la vieille femme dormait. Au moment de sortir, elle vit le parapluie qui gouttait dans un coin de la pièce et le laissa là. Elle s’assit sous l’avant-toit et regarda la pluie. L’eau tombait en un seul filet d’une tuile cassée et frappait juste le rebord du pot du grenadier, où elle faisait luire un oiseau gravé.
Pang Yun vint s’asseoir près d’elle pour recoudre le rideau de la porte. Tout le bord du vieux tissu était effiloché. Elle vit la fleur sur le chapeau de Shen Su et demanda si elle était faite maison. Pourraient-elles fabriquer deux fleurs en toile grossière dans les chutes du rideau, à poser dans la salle à côté des plateaux de bois sur lesquels on servait les repas commandés, pour reconnaître ceux qu’on réservait aux clients de l’étage ? Gu Qing dit que la toile grossière ne se plierait pas aussi docilement que la soie, mais qu’on pouvait en tirer la forme générale. Pang Yun lui choisit donc les deux morceaux les plus solides, sans lui demander de fournir de tissu à ses frais.
Quand les deux fleurs furent terminées, Pang Yun dit qu’elles valaient une nuit de chambre. Si elles prolongeaient le séjour, elle déduirait la somme de la nuit suivante, sans leur en faire fabriquer d’autres. Shen Su, assise près de Gu Qing, choisissait le fil gris-vert. Gu Qing coupa le tissu d’après son modèle de lotus simplifié, en veillant à ne pas trop garnir le cœur. Les fleurs n’avaient ni parfum ni l’air de vraies fleurs, mais elles ressortaient bien près des vieux plateaux de bois. Un client qui logeait à l’étage reconnut effectivement son plateau-repas en les voyant. Satisfaite, Pang Yun s’en alla calculer ce que d’autres devaient pour leur bouillie. Gu Qing rangea sa trousse à aiguilles et ne se remit pas à l’ouvrage le lendemain pour économiser une nuit de plus.
Quand la pluie eut cessé, Shen Su refusa de se recoucher et dit à Gu Qing d’aller se promener seule dans la rue de devant. Pang Yun était en bas ; elles n’avaient pas besoin de rester toutes deux à veiller sur ses genoux. Gu Qing hésita un instant, puis sortit. Elle n’avait pris ni modèles de fleurs ni règle pour acheter des matériaux. Arrivée devant un étal de rubans pour les cheveux, elle découvrit qu’elle ne savait même plus comment regarder ces couleurs sans les convertir aussitôt en chiffres. Le marchand lui tendit un ruban abricot pâle en disant qu’une jeune fille devait porter des couleurs plus lumineuses. Elle regarda d’abord le prix, puis le ruban, et ne put retenir un sourire.
Elle l’acheta pour trois wen, même si elle aurait fort bien pu s’en passer pour le moment. Au retour, elle fit un détour par la rivière et rajusta son ruban en se mirant dans une vitre sombre. C’était le même visage qu’à Yunjin quand elle faisait ses fleurs, et pourtant on aurait dit que quelqu’un lui avait soulevé un peu le menton, si longtemps baissé. Elle resta un moment de plus, se demanda si sa grand-mère attendait de l’eau, fit mine de partir puis s’arrêta, laissant le vent de la rivière lui rabattre le bout du ruban sur l’épaule.
De retour à l’auberge, Gu Qing trouva Shen Su en train d’écouter Pang Yun lui raconter comment son neveu avait porté les chaussures d’un client au mauvais étage. Leurs rires filtraient par la porte entrouverte. Gu Qing ressentit un petit vide familier en les entendant, mais elle ne souhaita plus trouver d’abord quelqu’un d’affligé à l’intérieur. Elle poussa la porte. La vieille femme remarqua aussitôt son nouveau ruban, en loua d’abord la couleur, puis trouva le nœud trop serré et lui demanda de baisser la tête pour qu’elle le desserre. Gu Qing refusa, décidée à garder son propre nœud. Elle leva le visage et se déroba en riant. Le bout du ruban effleura la main tendue de sa grand-mère.
Le vingt, il faisait beau. La belle-famille de Pang Yun envoya dire que quelques fleurs étaient bien ouvertes au milieu de l’étang aux lotus ; s’il faisait encore beau les deux jours suivants, on pourrait les voir, mais il ne fallait pas espérer tout un étang rouge. Cette fois, Gu Qing ne courut pas louer une voiture. Elle alla d’abord demander à sa grand-mère comment allait son genou. La vieille femme essaya de se lever et de marcher jusqu’à la porte, puis proposa de se reposer encore le lendemain et de partir le vingt-deux. Elles ignoraient si ces quelques fleurs les attendraient. Gu Qing tapota une fois le chambranle du doigt et finit par accepter.
Le vingt et un, elles prolongèrent leur séjour d’une nuit au prix convenu. Les deux fleurs de tissu couvrirent les dix sapèques de cette nuit-là, sans supplément. Les quarante déjà versées correspondaient exactement aux quatre premières nuits. Elles passèrent la journée qui leur restait assises au bord de la rivière à regarder les gens sur un petit pont. Un homme qui portait des racines de lotus posa sa palanche au milieu du pont. De ce côté-ci, on lui cria de laisser passer. Il se décala d’un demi-pas et se rassit, soulevant des rires et des jurons. Shen Su dit que si elle vendait des racines de lotus, elle aussi aurait besoin de se reposer. Gu Qing demanda si tous les gens sur le pont devaient apprendre à aller aussi lentement qu’elle. La vieille femme ne répondit pas, mais ses yeux brillaient, comme si elle avait enfin trouvé un compagnon que personne ne pouvait presser davantage.
Au crépuscule, Gu Qing posa près de la porte l’eau et le parapluie léger dont elles auraient besoin le lendemain. Elle sortit de sa boîte le lotus gris de sa grand-mère. Elles l’avaient un peu écrasé sur le bateau et une pointe n’était plus bien à plat, mais la vieille femme voulait tout de même l’emporter. Gu Qing le lui fixa à l’arrière du chapeau, puis s’éloigna de quelques pas pour regarder, comme Mme Ji l’avait fait autrefois pour voir Shen Su de dos. Sa grand-mère demanda si c’était droit. Gu Qing lui dit que c’était un peu de travers, mais que c’était le chapeau qui l’était. Shen Su leva la main pour le redresser et Gu Qing lui dit en riant de ne pas bouger. Même un peu de travers, on la reconnaîtrait.
· Fin du chapitre ·
Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.
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