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Un volume à la main

Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire

Le parfum froid n’est pas sur la soie

酷无极 · Création assistée par IA · 12529 caractères · environ 13 minutes

En tendant le rameau de prunier, Gu Qing regarda d’abord les mains de l’acheteur. Il tenait le bas de la tige entre deux doigts, comme on saisit une brindille qu’on vient de casser sur l’arbre. Un motif d’ondes brodé d’or sombre faisait le tour de sa manche. Elle avait déjà réparti les huit sapèques dans sa tête. Deux pour racheter de la soie, une pour le charbon, et le reste de côté pour l’instant. Le petit étal couvert au marché de l’Ouest était toujours libre. Avec deux cents sapèques de plus, elle n’aurait plus à cacher ses fleurs contre elle dès qu’il se mettrait à pleuvoir.

L’acheteur leva la fleur vers la lumière. Les cinq pétales de soie fine portaient ce rouge pâle qu’elle avait ajusté trois fois. Le bord restait blanc et un fil fin resserrait les pétales à la base, de sorte que de loin les points se voyaient à peine. La branche était faite d’une vieille lamelle de bambou gainée, avec un coude donné exprès et trois boutons encore entrouverts au bout. La veille au soir, quand elle l’avait fabriquée, sa grand-mère dormait déjà. Il ne restait qu’un point rouge dans les cendres du foyer. Chaque fois que l’aiguille traversait la soie, elle rapprochait un peu la main de cette lueur.

« Elle a de l’allure », dit l’homme.

Gu Qing venait de tendre sa bourse quand l’homme porta la branche sous son nez, la tourna d’un côté puis de l’autre et se pencha vers la fleur du haut. Elle vit frémir ses narines et comprit que l’argent n’était pas encore à elle.

« Pourquoi cela ne sent-il rien ? »

« C’est fait en soie. » Elle ramena sa bourse vers elle d’un demi-pouce. « C’est bien une fleur de soie que vous m’avez demandée tout à l’heure. »

L’homme leva les yeux comme si elle venait d’ajouter cette précision à sa convenance. De nos jours, dit-il, même les marchands de sucreries savaient asperger leurs produits d’un peu d’eau d’osmanthe, alors que les fabricants de fleurs refusaient jusqu’au mot parfum. Gu Qing allait dire que le parfum se payait à part, mais elle se retint au dernier moment. La seule fois où elle avait essayé, avec un reste de poudre parfumée d’un voisin, il n’avait fallu qu’une demi-journée pour que la branche dégage une odeur écœurante qui ne rappelait aucune fleur. Le lendemain, une auréole jaune était apparue sur la soie. La branche qu’elle avait sous les yeux était la plus réussie qu’elle eût faite de tout le mois.

« Je peux vous la remplacer par une fleur d’une couleur plus soutenue, dit-elle. Pour le parfum, je ne peux pas vous dire qu’elle en a. »

L’acheteur reposa la branche sur le tissu, tout doucement, comme si la chose ne valait pas une dispute. Il alla acheter à côté un bouquet de houx teint en rouge et jeta encore un regard à Gu Qing en payant. Elle baissa la tête pour ranger ses fleurs. Elle entendit rire la vendeuse de peignes voisine, sans savoir de qui elle riait. Elle piqua la branche de prunier sur le côté de son panier, fleurs tournées vers l’extérieur. Elle refusait de la cacher tout au fond.

Le vent du marché de l’Ouest s’engouffrait entre les deux rangées d’auvents et soulevait la toile qu’elle avait étendue par terre. Elle apportait chaque jour la demi-brique qui en lestait le coin, mais un pétale s’était tout de même envolé dans la boue. Elle le ramassa, l’essuya deux fois et le garda pour en défaire les fils à la maison. Sur la toile, il restait trois rameaux de prunier rouge et deux camélias à épingler aux tempes. Même le moins cher coûtait cinq sapèques. Si elle vendait tout ce jour-là, elle se rapprocherait de la somme nécessaire pour louer un étal couvert. Si les fleurs ne se vendaient pas, la soie ne se fanerait pas en une nuit comme de vraies fleurs, mais le soleil en mangerait peu à peu les couleurs.

Avant la fermeture du marché, quelqu’un s’accroupit devant un petit camélia et s’enquit du prix. C’était une femme qui lavait la vaisselle à la taverne et dont les poignets portaient encore des traces d’eau. Elle voulait l’offrir à sa petite sœur et demanda si Gu Qing pouvait baisser le prix d’une sapèque. Gu Qing dit qu’à cinq sapèques, elle ne pouvait plus rien retrancher, puis ajouta qu’elle pouvait coudre un tour de fil supplémentaire au revers. Si sa sœur avait les cheveux fins, la fleur épinglée glisserait moins. La femme toucha la fleur et laissa cinq pièces. Gu Qing ajouta le fil devant elle. Quand le chas de l’aiguille lui pressa la pulpe du doigt en passant, elle se rendit compte que ses mains avaient été glacées toute la matinée.

Au stand du charbonnier, elle se fit peser deux sapèques de débris de charbon et renonça à la galette chaude qu’elle avait eu envie de manger. Pour rentrer dans la ruelle, elle passait devant une demeure abandonnée. La vigne sauvage en haut du mur était à moitié desséchée, et le vent avait recourbé le vieux papier collé sur la porte en bois. Elle regardait souvent par l’entrebâillement. La cour était déserte et, à l’angle sud-ouest, un vieux prunier poussait de biais entre les murs des deux propriétés. Quelques fleurs blanches clairsemaient à présent ses rameaux fins. Par temps froid, leur couleur semblait se cacher dans l’écorce grise, et il fallait s’approcher pour y déceler une pointe de rouge.

Gu Qing s’arrêta et sentit le parfum des fleurs. Rien à voir avec l’odeur qui vous saute au nez quand le marchand de parfums débouche un flacon. Il fallait rester tranquille et attendre que le vent contourne le mur pour qu’un léger effluve passe sous le nez. Elle baissa la tête pour sentir les fleurs de prunier en soie dans son panier. Elles n’avaient que l’odeur de l’apprêt séché et celle, verte, des lamelles de bambou. Elle redressa la fleur du dessus et cessa de la comparer aux vraies fleurs sur le mur.

Quelqu’un toussa derrière la porte de la demeure abandonnée, puis on entendit un bâton heurter le sol. Gu Qing crut que des garnements s’étaient encore faufilés là pour tirer sur les oiseaux. Elle jeta un coup d’œil par l’entrebâillement et vit deux hommes en veste courte mesurer à la corde la largeur de la porte. L’un tenait un carnet. L’autre posa sa perche en travers du passage, attendit qu’une charrette ait dépassé l’entrée de la ruelle, puis baissa la tête pour prendre quelques notes. Elle demanda si on allait réparer la maison. L’homme dit seulement qu’elle avait été vendue. Puis il tira la porte vers l’intérieur. L’ouverture se rétrécit, et les fleurs du prunier dépassaient toujours du mur.

Quand elle rentra dans sa cour, sa grand-mère Shen Su était assise près du puits, occupée à trier une bassine de terre. Cette terre ne venait pas d’une plate-bande. C’était un peu de boue mêlée de feuilles mortes, que la pluie avait dispersée au pied du prunier, et dont sa grand-mère voulait retirer tous les cailloux. Gu Qing porta la bassine sous la galerie et lui reprocha de s’être encore assise en plein courant d’air. Shen Su ne discuta pas. Elle déposa le petit caillou qu’elle tenait dans une soucoupe et dit qu’au bord du puits il faisait clair et qu’on y voyait bien.

« Il fait clair à l’intérieur aussi », dit Gu Qing.

Ce n’est qu’en poussant la fenêtre qu’elle s’aperçut que le morceau de vieille toile qu’elle avait suspendu devant pour couper le vent le matin même faisait de l’ombre à l’endroit où sa grand-mère s’asseyait d’ordinaire. Elle enleva la toile et la lumière pénétra dans une rangée de petits trous sur la table, laissés par le poinçon avec lequel sa grand-mère perçait jadis ses gabarits. Shen Su rapprocha le pot de terre et ne reparla pas du puits. Gu Qing versa le charbon émietté dans une bassine de terre cuite et le rassembla de la main. Ce n’est qu’une fois les doigts noircis qu’elle dit que la maison voisine avait été vendue.

La main de Shen Su s’immobilisa sur la terre. « L’acheteur est-il déjà venu ? »

« Je n’ai vu que les gens qui mesuraient la porte. Ils n’ont pas dit pour quelle famille. »

« Alors attendons qu’ils viennent. »

Gu Qing n’aimait pas ce mot, attendre. Elle repoussa du pied une bûche de travers dans la cour et dit que la maison était abandonnée depuis tant d’années, que c’étaient elles qui avaient rechaussé l’arbre et l’avaient arrosé, elles aussi qui avaient retiré les branches mortes. On ne pouvait tout de même pas vendre une maison et céder avec elle plus de dix ans du travail des autres. Shen Su releva la tête, la regarda un moment, puis lui dit de commencer par racler la boue de ses chaussures. Gu Qing baissa les yeux. L’ourlet de sa jupe traînait en effet une trace d’eau noire qui avait déjà sali le seuil.

Au dîner, il y eut du millet mêlé à du riz à grains ronds et une assiette de feuilles de radis. Shen Su mangeait lentement, la jambe droite posée sur un tabouret bas, le genou enveloppé d’une vieille cotonnade. Gu Qing lui demanda si elle avait mal. Shen Su répondit que le temps allait changer et déplaça sa jambe. Gu Qing pensa acheter le lendemain matin de quoi lui faire un cataplasme chaud. Elle tâta sa bourse. Il ne restait de disponible que les trois sapèques gagnées ce jour-là en vendant un camélia. Le coffre en contenait trois cent vingt autres, sur lesquelles elle comptait pour acheter de la soie, passer l’hiver et louer un étal. Elle ne voulait pas bousculer ses comptes dans un élan de tendresse.

« Si tu as mal à la jambe, dis-le. » Elle poussa les feuilles de radis vers le bol de sa grand-mère. « N’attends pas à chaque fois que je te le demande trois fois pour le reconnaître. »

Shen Su dit qu’elle n’avait rien caché et demanda qui avait acheté le camélia et si cette personne avait les cheveux fins. Gu Qing parla de la femme qui faisait la vaisselle et du tour de fil qu’elle avait ajouté, mais ne dit pas pourquoi la branche de prunier était restée invendue. Après le repas, sa grand-mère tendit la main vers le panier. Ses doigts effleurèrent la branche pâle. Sans demander le prix, elle dit seulement que ce peu de blanc au bord des pétales était bien laissé et qu’une couleur plus soutenue aurait fait vulgaire.

Quelque chose que Gu Qing retenait en elle se relâcha soudain un peu. Elle voulut dire à sa grand-mère que certains allaient jusqu’à lui reprocher de mal savoir vendre parce qu’ils ne sentaient aucun parfum. Mais sa grand-mère mit la fleur dans le vieux vase sous la fenêtre et chercha de nouveau la trousse à aiguilles. Gu Qing posa la main dessus pour la retenir et dit qu’elle réparerait ces quelques fleurs elle-même. Dans la journée, sa grand-mère n’avait qu’à rester assise à trier la terre. Shen Su garda la main sur la trousse encore un moment avant de la retirer lentement.

Ce soir-là, Gu Qing étala trois cent vingt pièces au bord du lit, par petits rouleaux de cinquante, avec les vingt dernières en vrac. Elle n’y mêla pas les trois pièces qui lui restaient de la journée. Elle les enveloppa à part dans un bout de papier pour acheter des galettes le lendemain matin. La lampe était une coupelle de terre cuite peu profonde et ouverte. Il fallait souvent en régler la mèche pour que la fine fumée noire ne se dépose pas sur la soie claire. Tout en comptant, elle tendait l’oreille pour entendre sa grand-mère se retourner. Il y avait du bruit aussi dans la maison abandonnée d’à côté, comme si quelqu’un en tirait un coffre de bois qui n’avait pas servi depuis longtemps.

Au matin du lendemain, une nouvelle fleur s’était ouverte par-delà le mur. Shen Su prit un chiffon humide, essuya la poussière sur le col du vase sous la fenêtre, puis resta longtemps assise à regarder. Gu Qing crut qu’elle regardait le prunier de soie et allait lui expliquer comment elle avait teint le bord des pétales, mais sa grand-mère dit qu’un bouton du vrai rameau, derrière, avait sans doute gelé. Gu Qing suivit son regard et s’aperçut alors que le rameau dans le vase se superposait exactement à celui qui dépassait du mur. L’un était tout près de ses yeux, l’autre de l’autre côté du mur, et aucun des deux ne consentait à être aussi parfait qu’elle l’avait imaginé.

Le treize au matin, elle retourna à la boutique de soieries. Madame Ji posa sur son bras une pièce de soie blanche qui venait d’arriver et l’invita à la regarder dans la lumière de la porte. Les fils serrés laissaient passer un éclat doux. À la coupe des fleurs, il n’y aurait pas sans cesse de bords effilochés à dissimuler. Gu Qing ne se lassait pas de la toucher. Elle demanda de combien le prix baisserait si elle prenait la pièce entière. Madame Ji descendit bel et bien le rouleau et se mit à chercher sa règle. Gu Qing eut alors un sourire et lui dit qu’elle venait seulement se renseigner, qu’elle n’avait pas pris assez d’argent.

Dame Ji ne l’interrogea pas sur l’argent et se contenta de réenrouler le tissu. Gu Qing avait pourtant l’impression que le rouleau faisait de plus en plus de bruit entre ses mains, comme si toute la boutique savait qu’elle n’avait pas de quoi l’acheter. Elle sortit de son panier une fleur de prunier pâle et dit qu’elle comptait faire de grandes pièces et venait donc se renseigner sur le tissu. Dame Ji examina la fleur un moment. La façon de resserrer la base lui rappelait Shen Su, dit-elle, mais il manquait un nœud au cœur de la fleur, qui risquait de céder si un enfant tirait dessus.

« Ce n’est pas pour un enfant. » Gu Qing répondit trop vite.

Dame Ji la regarda et dit en riant que tout le monde avait tiré sur des fleurs de ce genre quand il était petit. À son mariage, sa propre fille s’était épinglé dans les cheveux des fleurs en papier à trois sapèques pièce, et le marié l’avait trouvée belle quand même. Gu Qing ne sut que répondre et baissa la tête pour reprendre le rameau de prunier. Elle choisit dans la corbeille deux pieds de chutes de soie, pour six sapèques. Elle paya avec ce que lui avaient rapporté les petites fleurs vendues ce jour-là et l’avant-veille, sans toucher aux économies du coffre. C’étaient des chutes, mais il y avait justement un morceau qui ferait le cœur jaune pâle qu’elle voulait.

Arrivée à la porte, dame Ji la rappela. Si elle voyait Shen Su, pourrait-elle lui demander si elle avait encore les vieux patrons de pétales à bord roulé ? Bien des années auparavant, elles avaient accepté ensemble une commande de fleurs. Dame Ji avait égaré ses modèles et, récemment, un client était venu lui en demander à l’improviste. Gu Qing acquiesça, mais trouva cela étrange. Sa grand-mère avait toujours dit qu’elle avait pris cette commande, sans jamais raconter que dame Ji y avait travaillé elle aussi. De retour chez elle, Gu Qing comptait lui poser la question. En la voyant tenir le rameau de soie et refaire soigneusement un nœud au cœur de la fleur, elle commença par déplier la soie neuve devant elle.

Dans l’après-midi du treize, Gu Qing retourna au marché de l’Ouest avec les fleurs qui lui restaient. Le petit étal couvert était déjà occupé par un marchand de chaussures, et le rideau qu’il venait d’accrocher était encore d’un bleu vif. Elle resta un moment avec son panier dans les bras sans aller demander la durée de la location. En rentrant dans la ruelle, elle trouva la porte de la maison abandonnée grande ouverte. On venait de déposer à côté un seau de chaux blanche, avec quelques gouttes de pluie sur le rebord. Elle en tâta la paroi. Le mortier était encore humide, mais le parfum du prunier dans la cour s’était déjà atténué, couvert par une odeur de bois fraîchement fendu.

· Fin du chapitre ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Le parfum froid n’est pas sur la soie
  2. L’endroit cerclé de chaux
  3. Les ciseaux au clair de lune
  4. Les fleurs de prunier en soie sur la table
  5. La porte donne de l’autre côté
  6. Deux petites ligatures de sapèques
  7. L’arc qu’on a dégagé
  8. Une enseigne sans parfum
  9. Le salaire d’une demi-journée
  10. Une fleur qui n’en est pas une
  11. La mise en boîte après la neige
  12. Combien pour un rameau ?
  13. Le réveillon chez les autres
  14. Après la floraison
  15. Imprimer son nom sur le papier
  16. Un bol de riz qui n’est plus chaud
  17. Pas de seconde chance pour le premier lot
  18. Les caisses renvoyées
  19. Une cour pour deux
  20. La pluie passe par l’ancien fossé
  21. Les comptes de Xiaoman
  22. La place libre à côté des parapluies
  23. Le printemps que veulent les clients
  24. Les fleurs laissées sur la table
  25. Le chemin de chacun
  26. Garder le mois de mai pour autre chose que les affaires
  27. Ceux qui regardent les fleurs
  28. La troisième bourse
  29. Que faire de l’arbre en été ?
  30. Avant d’embarquer
  31. Première étape par voie d’eau
  32. Les feuilles de lotus ne se sont pas encore déployées
  33. La fleur au milieu de l’eau
  34. Au retour, sans courir après la floraison
  35. L’ombre estivale du prunier
  36. Faire une autre fleur

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