Roman de mœurs au cadre ancien
L’affaire du bois dans la montagne
酷无极 · Création assistée par IA · 12089 caractères · environ 13 minutes
Le sixième jour du quatrième mois, Xu Shen et sa mère prirent la première charrette pour Shikou. Sa mère emportait un panier vide garni d’un vieux tissu. Son fils emportait encore moins : un paquet serré dans de la toile huilée, glissé à l’intérieur de son vêtement. En passant sur le pont de pierre, Asui lui demanda si c’étaient les cent soixante wen. Il hocha la tête. Sa mère ne dit plus rien et regarda la terre fraîchement retournée au bord de la route.
Maître Hong était en train de trier du bois. Des six vieilles poutres dans la cour, deux paraissaient épaisses, mais les vers les avaient creusées. Un coup dessus suffisait pour l’entendre. Xu Shen les examina avec lui, puis sortit l’argent et dit qu’on ne toucherait pas à la poutre arrière de la vieille maison. Il réglerait comptant la pièce reçue en échange, au prix convenu de cent soixante sapèques. Maître Hong jeta un regard à A-Sui et demanda s’il avait consulté la propriétaire avant de promettre la poutre. Il répondit que non.
« Si tu me l’avais dit plus tôt, je n’aurais pas forcément voulu de cette poutre, dit le patron Hong. C’était pour réparer mon appentis, pas pour démonter à tout prix la maison de quelqu’un. » Il ne réduisit ni n’augmenta le prix. Après avoir compté la somme entière, il sortit l’ancien repère de tissu qui avait servi à lier les matériaux et barra le signe voisin indiquant la marchandise due. Xu Shen attendit qu’il ait rangé l’argent pour demander ce qu’on pouvait encore faire de la longue pièce de bois dont le coin était fendu, à condition de la raccourcir.
Le marchand Hong dit qu’on pouvait en faire des étais courts ou des tables basses. Inutile de s’obstiner à en tirer une grande porte. Il fit apporter par un employé une autre pièce de bois qui avait fendu elle aussi, pour montrer à Xu Shen où le fil changeait de direction. Xu Shen s’accroupit et l’examina un moment. Puis il sortit son charbon et traça trois lignes de coupe en suivant la fente. Asui n’y comprenait rien. Debout à côté, elle regardait un enfant jouer dans la cour avec un rouleau de bois dont les deux bouts n’avaient pas la même hauteur. Chaque fois qu’il roulait, il déviait du même côté.
Au moment de partir, maître Hong les rappela pour leur remettre le bout de bois qu’il avait préparé comme étai de remplacement lorsqu’il avait été convenu de prendre la poutre. Le bois était à lui et ne faisait pas partie des cent soixante sapèques. Xu Shen refusa de le prendre. Il n’en avait plus besoin et mieux valait éviter de se retrouver avec encore une chose dont on n’avait pas établi à qui elle revenait. Maître Hong éclata de rire. Il le garderait donc pour réparer son abri. D’un geste, il remit le bout de bois dans un coin de la cour. Personne n’aurait à le porter pour rien sur plusieurs lis à cause d’une parole de politesse.
Asui sortit et dépassa deux boutiques avant de parler. Depuis tout petit, son fils se souvenait de rendre jusqu’au moindre couteau emprunté. Comment avait-il pu croire qu’il pouvait disposer d’avance de la poutre de sa maison ? Xu Shen ne répondit pas qu’il savait depuis le début que sa mère n’aurait pas refusé. Il baissa d’abord la tête et rajusta les pans de sa veste, à l’endroit qui s’était allégé. Sur le moment, dit-il, il s’était dit que s’il arrivait à vendre une belle porte, il pourrait ensuite tout remettre en place. Sa mère le regarda et, après un long moment, lui dit que cette poutre, chez elle, n’était pas un vide à combler.
Ils prirent une charrette de légumes qui rentrait au village jusqu’au carrefour du sophora, puis firent lentement les quatre li qui restaient. A Sui avait sa canne. Elle marchait un peu, puis s’arrêtait pour se reposer. Xu Shen ne la pressait pas. Elle lui demandait parfois d’aller reconnaître le chemin. Il faisait alors une dizaine de pas, s’assurait qu’il y avait un passage sec et revenait. Ni l’un ni l’autre ne faisait semblant que, désormais, ce chemin serait plus facile.
Un petit chapelet de pousses de bambou séchées pendait à l’entrée de la vieille maison. La femme de Chang tamisait de fines lamelles de bambou dans la cour. En les voyant, elle ramassa d’abord une chaussure boueuse qui traînait près de la porte et dit en riant que la maison était en désordre aujourd’hui, qu’elle venait de finir de retourner les pousses dans la matinée. Asui entra et vit deux grands paniers à la place de son ancien panier à ouvrage, ainsi qu’une jarre de légumes saumurés qu’elle ne connaissait pas sur le fourneau. Elle marqua un temps d’arrêt avant de poser son panier vide sur la table.
Le mari de Mme Chang arriva de derrière la maison, les mains couvertes de terre. Il lui dit qu’il n’avait rien déplacé dans l’arrière-pièce et n’avait pas touché à la serrure. Seulement, les racines étaient trop serrées dans le fossé derrière la maison et, en le curant, il avait coupé quelques radicelles de ciboule. Il ne savait pas si les plants en souffriraient. A-Sui sortit voir. Les ciboules poussaient bien. Les deux pieds du bord s’étaient couchés et il les avait redressés avec des brindilles. Ils se tenaient encore plus droits que lorsqu’elle les avait plantés. Elle dit que tant qu’ils étaient vivants, ça allait, et sentit sa gorge se serrer d’une drôle de façon.
Cette nuit-là, elle dormit dans la pièce du fond et les Chang prêtèrent une couverture mince à Xu Shen pour qu’il dorme à l’extérieur. On parlait dans la pièce principale. Une petite marmite y chauffait la soupe salée qu’ils aimaient, plus salée que celle qu’Asui faisait autrefois. Elle songea d’abord à leur conseiller d’en mettre moins. Puis elle entendit la femme Chang dire qu’ils avaient beaucoup transpiré en travaillant ce jour-là, et laissa le rideau baissé.
La femme de Chang entra avec une petite assiette de légumes fermentés et les invita à goûter. A Sui commença par dire qu’elle n’en mangeait guère. Xu Shen en prit une bouchée du bout des baguettes, et le piquant lui tira des larmes. La femme de Chang, qui ne s’attendait pas à s’être trompée de pot, se hâta d’aller chercher de l’eau. Ils s’agitèrent tous les trois un moment et A Sui rit à se plier en deux, disant que le gingembre des Chang piquait assez pour chasser même les vers des pousses de bambou. La femme de Chang prit le bon pot, le leur laissa et ressortit, sans cacher le sien sous prétexte que la vieille dame n’en mangeait pas.
Dans la nuit, un léger bruit de bois creux vint de l’arrière-pièce. A Sui se retourna et écouta un moment. Elle se rappela que Xu Bo disait autrefois qu’il y avait des souris dans la maison. Il s’était levé avec un bâton et avait fait sa ronde la moitié de la nuit, avant de découvrir que c’était son propre rabot, posé sur le rebord de la fenêtre, que le vent poussait peu à peu contre le mur. Elle s’était moquée de lui trois jours durant. Ensuite, chaque fois que le vent se levait, il rentrait d’abord le rabot et lui tendait exprès le bâton, lui disant de monter la garde contre les souris pour toute la famille. À présent, elle eut un petit rire. Xu Shen, de l’autre côté, crut qu’elle appelait et lui demanda ce qu’il y avait. Elle répondit simplement que ce n’était rien.
Assis près de la porte, son fils lui épluchait une jeune pousse de bambou. À mi-chemin, il vit qu’un petit ver y avait déjà creusé sa galerie. Il dit qu’il fallait la jeter. Sa mère la prit, enleva la partie gâtée au couteau et mit dans l’eau claire le petit bout qui restait. Tout ce qui était abîmé ne pouvait pas retrouver sa forme d’avant, mais tant qu’il restait de quoi faire cuire une bouchée, inutile de tout jeter avec le reste. Elle ne dit rien de cela à son fils et se contenta de remplir la bouilloire.
La femme de Chang vint plus tard lui demander si elle devait encore faire porter le loyer du quatrième mois par quelqu’un. A Sui dit que puisqu’elle était justement venue, elle pouvait recevoir les quarante sapèques en main propre, sans que personne ait à faire le déplacement exprès. Elle rangea les pièces dans un autre coin de tissu et ne demanda pas à Xu Shen de les prendre pour elle. Les Chang payaient seulement pour le mois qu’ils allaient occuper. Le cinquième et le sixième seraient payés chacun à leur début. Ils n’avançaient pas les quatre mois d’un coup et ne laissaient pas non plus traîner un paiement qu’elle aurait eu du mal à réclamer.
Le lendemain à l’aube, Xu Shen inspecta la pièce d’appui du seuil. Le bois dur posé en hiver tenait toujours, mais de fins débris de pousses de bambou s’étaient accumulés sur le bord. Il dit à Chang de balayer quand il aurait le temps pour ne pas laisser l’humidité s’installer. Chang voulut lui emprunter son petit ciseau à bois pour arrondir un angle du pied du tabouret près du fourneau. Xu Shen lui posa une question, puis le lui tendit et le regarda tailler lentement, sans se presser de reprendre l’outil. L’homme avait le geste rude, mais savait quand s’arrêter.
Asui fit le tri dans les bricoles qui restaient dans la vieille maison. Elle laissa deux bols ébréchés aux Chang, emporta le vieux tissu en ville pour le laver et laissa suspendue dans l’arrière-pièce la vieille cape de paille de Xu Bo, après l’avoir fait sécher. Elle ne dit pas que personne ne devait y toucher, et ne chargea pas tout sur la charrette. Elle toucha le bord devenu cassant au soleil et le laissa pendre là. La maison ne restait plus silencieuse dans la seule attente qu’elle vienne ouvrir la porte, et rien ne l’obligeait à balayer toute la première moitié de sa vie en une seule journée.
Le mari de la femme Chang devait aller au chef-lieu vendre des pousses de bambou le septième jour. La mère et le fils payèrent donc leur place pour voyager avec lui et arrivèrent en ville dans l’après-midi. À la porte de l’Ouest, Asui aperçut la petite charrette de la boutique de riz de Guiniang, garée là elle aussi. Elle éprouva soudain la légèreté d’un retour chez soi. Avant même le puits de la montagne, c’était cette ruelle étroite qui sentait le son de riz qu’elle avait reconnue comme sienne.
Du Yin était rentrée dès le six. La fenêtre de la chambre de l’est était ouverte, ses chaussures lavées séchaient de côté et son bâton de marche était appuyé à l’entrée. Il semblait avoir perdu un pouce, tant le bois s’était usé au bout. Elle dormait, le haut du corps affaissé sur le bord du lit. A Sui dit à son fils de faire doucement, de poser d’abord le panier dans leur chambre et de ne pas la réveiller. Xu Shen jeta un regard au bâton. Il avait encore sous ses semelles la boue du chemin de montagne, et soudain ces quarante li lui parurent enfin prendre forme.
A Sui déplia le vieux linge dans le panier vide. Il contenait le demi-fagot de fines lanières de bambou que la femme de Chang lui avait donné en retour. Elle avait d’abord refusé, puis l’avait emporté en partant presque sans s’en apercevoir. La femme de Chang avait précisé qu’elle ne lui demandait pas de tresser un panier. Le bambou était tendre au printemps, et ces lanières ne lui piqueraient pas les doigts si elle les enroulait autour du bord. Xu Shen en essaya une. Elle pouvait justement recouvrir et consolider les deux endroits où le panier s’effilochait. Il ne fit pas tout à la place de sa mère. Il lui montra le geste sur un demi-tour, puis lui rendit la lanière. Elle la prit et, la tête baissée, l’enroula très lentement.
Au soir, Du Yin se réveilla, les cheveux marqués d’un pli de travers. En ouvrant la porte et en le voyant, elle demanda d’abord si l’échoppe de nouilles était encore ouverte. Il répondit que oui, et ils partirent ensemble le long de la rivière. Elle avait rapporté du ferment à vin et l’avait déjà donné à son père ; pour elle-même, elle n’avait gardé qu’un petit morceau de soie destiné à réparer le col d’une vieille tunique. Xu Shen lui demanda si Yuchuan était agréable à visiter. Elle répondit en souriant qu’elle y était allée travailler et n’avait guère eu le loisir de s’amuser. En revanche, un arbre poussait devant leur logement, et la nuit des oiseaux venaient sans cesse heurter la fenêtre, si bien que toutes deux croyaient que quelqu’un venait frapper à la porte.
Il écarta pour elle la vapeur montant de son bol de nouilles et se rappela que cette nuit-là, lui aussi avait écouté le vent. Il faillit le dire. Du Yin parla d’abord du petit garçon de leurs hôtes, qui avait appris à enfiler les aiguilles en l’imitant : il en avait enfilé dix d’une traite, puis avait fini par enrouler tous les fils autour du bouton de sa manche. Xu Shen rit au point de laisser tomber une baguette. Il se pencha pour la ramasser ; quand il se redressa, elle lui en avait déjà pris une autre paire.
Au cours du repas, ils ne fixèrent aucune date de mariage et personne ne promit de renoncer aux longs voyages. À mi-repas, Du Yin demanda s’il avait continué à fabriquer de petites boîtes. Il dit que dame Lu lui en avait commandé une autre depuis. Elle leva les yeux et lui dit en souriant de ne pas prendre son modèle à couvercle rabattable pour le seul qui soit commode. Les autres n’avaient pas forcément les mêmes doigts qu’elle. Xu Shen acquiesça, reprit des nouilles et mangea un peu plus vite qu’au moment de s’asseoir.
Le huit du quatrième mois, A Sui alla avec son fils renouveler le bail chez Guiniang. Elle sortit les deux loyers de la location saisonnière, ceux du troisième et du quatrième mois, soit quatre-vingts sapèques en tout, pour les verser sur les cent vingt du mois suivant. Xu Shen ajouta quarante sapèques. Fang Guiniang maintint le prix et dit qu’ils renouvelaient cette fois pour un mois, jusqu’au neuf du cinquième mois. Ces cent vingt sapèques ne pesaient pas moins qu’en hiver, mais cette fois son fils ne payait plus pour elle d’un seul coup jusqu’à une échéance si lointaine qu’elle n’avait même pas à s’en enquérir.
De retour dans sa chambre, Asui remit sa corbeille à couture sous la fenêtre. Il lui restait le même petit pécule pour ses dépenses personnelles. Le paiement du loyer ne l’avait pas vidé. Elle savait combien elle avait encore, elle n’avait pas à demander une aiguille à son fils ni à envisager le pire pour le ménage avant d’acheter le moindre morceau de tissu bleu. Xu Shen lava la toile huilée, désormais vide, qui avait contenu l’argent des Hong, et la mit à sécher dans la cour. La trace grasse y était toujours. Il avait beau laver, un cercle pâle demeurait.
Au soir, le vent se leva. La toile vide bascula par-dessus la corde, puis revint. Xu Shen tendit la main pour bien la fixer et vit que, derrière la porte de la pièce est, séchaient aussi plusieurs petits morceaux de tissu lavés, de teintes différentes : ceux que Du Yin avait rapportés de son déplacement. Sa mère l’appela derrière lui pour manger. Cette fois, il répondit très vite et, en entrant, n’alla pas d’abord essayer la porte.
· Fin du chapitre ·
Ce livre est une œuvre originale écrite avec l’aide de l’IA, développée à partir du poème de Liu Changqing, Trouvant refuge dans la neige chez un habitant du mont Furong, et de la nouvelle originale de ce site, Une porte laissée ouverte dans la nuit de neige. Les personnages, la ville de district, les itinéraires et l’intrigue relèvent entièrement d’un univers fictif inspiré des Tang ; il ne s’agit ni d’une traduction du poème d’origine ni d’une biographie du poète.
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