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Un volume à la main

Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire

La porte donne de l’autre côté

酷无极 · Création assistée par IA · 12221 caractères · environ 13 minutes

Zhou Jiping apportait quatre montures de parapluie encore dépourvues de toile. Il les portait sur l’épaule, les pointes vers l’arrière, et dut se mettre de biais pour entrer dans la ruelle de pierre de l’Est. Gu Qing était devant la porte des Wen, à regarder deux charretiers recharger une longue pièce de bois sur la charrette. Il n’y avait pas de bonne façon de céder le passage le premier. Elle baissa la tête pour éviter la rangée de pointes, mais Zhou Jiping avait déjà retenu son pas, comme s’il lui avait prêté un œil de plus.

« Ça dépasse encore d’un demi-pied derrière », dit-il.

Gu Qing crut qu’il parlait du bas de sa jupe et le releva aussitôt. Il rit, désigna les armatures de parapluie sur son épaule et dit que, si elle ne se poussait pas, il ne pourrait pas escamoter ce demi-chi dans son bras. Elle vit alors que la longue pièce de bois lui barrait la route et que les parapluies derrière son épaule la bloquaient, elle. Ils avaient beau se montrer polis l’un envers l’autre, ils n’arrivaient pas à dégager le passage. À la fin, le charretier dressa la pièce de bois à la verticale et tout le monde put entrer dans la cour.

Wen Jichang lui demanda de regarder où la pluie entrait dans la pièce du nord. Les vieilles tuiles n’avaient pas été changées et les jours de pluie, on ne pouvait pas laisser l’endroit exposé. Il voulait tendre provisoirement une toile dessous. Si elle touchait les poutres, l’eau s’y amasserait au premier coup de vent. Zhou Jiping avait apporté de grandes montures de parapluie pour essayer la forme. Il ne voulait pas laisser le commis en estimer la taille à vue de bras. Il déploya les quatre montures sous la vieille galerie. Au passage du vent, les lamelles de bambou frémirent toutes ensemble, comme si plusieurs oiseaux au plumage encore inachevé s’étaient soudain dressés dans la cour.

Gu Qing le regarda mesurer la largeur avec une ficelle. Cela lui rappela un peu le montage de ses fleurs, à une échelle bien plus grossière. Elle lui demanda combien de temps une telle armature pouvait tenir. Zhou Jiping répondit que cela dépendait de ce qu’on lui demandait, servir de parapluie ou abriter toute une maison. Il montra la poutre rompue et dit qu’il garantissait les baleines de bambou. Si la poutre s’effondrait, elle ne pèserait pas moins lourd parce qu’il était fabricant de parapluies. Wen Jichang fronça les sourcils. Xu Tan, elle, dit qu’il valait mieux le préciser d’emblée pour éviter que les deux parties ne s’invectivent quand la pluie tomberait.

Après la discussion, Zhou Jiping examina depuis le seuil le passage des charrettes. Avant de regarder le prunier, il observa les deux traces fraîches laissées par les roues, puis alla jusqu’à la porte latérale délabrée du côté sud et dégagea la vigne sèche enroulée autour de l’anneau. La porte avait été condamnée à moitié. Derrière les planches filtrait la lumière de la ruelle. Il demanda si les charrettes à charbon de l’ancienne demeure entraient autrefois par là. Wen Jichang répondit que le passage figurait sur le plan, mais qu’on n’en voyait rien sur le mur.

« Si la porte s’ouvre de ce côté, la charrette pourra prendre la ruelle tout droit, sans avoir à virer complètement dans la cour », dit Zhou Jiping.

Le cœur de Gu Qing fit un bond. Elle faillit prendre la parole avant tout le monde. Elle repensa à la charrette de charbon dont sa grand-mère avait parlé la veille au soir et voulut dire que c’était justement ce qu’elle comptait demander. De peur de donner l’impression de vouloir à tout prix revendiquer cette petite idée, elle se retint. Zhou Jiping fit amener une charrette vide à l’entrée de la ruelle, puis franchit le premier la porte abîmée et traça du pied le passage approximatif des roues. La ruelle du Sud était plus large que le passage des Pierres de l’Est, et du côté de l’eau il restait un chemin pour les piétons. En la suivant, la charrette pouvait effectivement entrer sans se retrouver face au coin où poussait le prunier.

Wen Jichang sortit à son tour et ramassa sous ses semelles une couche de poussière humide. Il demanda si, en déplaçant ainsi la porte, on pouvait aussi reporter l’auvent sur la galerie sud et dégager une cour intérieure dans l’angle sud-ouest. Zhou Jiping prit une baleine de parapluie pour évaluer la distance. On pouvait prolonger l’auvent jusque-là, dit-il. Pour le linteau, il faudrait un devis à part. Lui savait monter une ossature et laissait au maçon le soin de donner son prix. Gu Qing leva enfin les yeux vers le prunier. Le bout du rameau reposait toujours sur le vieux mur. Que tout le monde parle désormais d’une autre direction ne l’avait pas rendu moins présent. On aurait dit qu’il y avait enfin un chemin qui n’avait pas besoin de passer par lui.

C’était précisément en travers de ce passage que se trouvait le séchoir de tante Chen. Elle arriva avec une bassine de linge lavé dans les bras et s’arrêta en voyant tout ce monde autour de la porte. Zhou Jiping n’avait pas encore fini de tracer la dernière ligne du passage des roues quand elle lui demanda s’il avait bien calculé comment elles lui passeraient sur les pieds. Wen Jichang se hâta de dire qu’ils regardaient seulement pour l’instant. Elle posa la bassine au bord du chemin et dit qu’il y avait toujours beaucoup de monde pour commencer par regarder. Souvent, c’était une fois qu’ils avaient fini de tout regarder qu’ils se rappelaient qu’il y avait encore quelqu’un qui faisait sécher son linge ici.

Gu Qing s’empressa de demander si on ne pouvait pas déplacer l’étendoir du côté du puits. Tante Chen la fixa : « Il n’y a plus de soleil de ce côté-là l’après-midi, tu ne le sais pas ? »

Bien sûr qu’elle le savait. Ces jours d’hiver, sa grand-mère devait souvent tourner trois fois la même couverture avant que tous les coins soient secs. Gu Qing avait parlé trop vite et avait trouvé elle-même ses paroles dures. Elle s’accroupit pour aider tante Chen à retenir le tissu qui glissait par-dessus le rebord de la bassine. L’eau froide lui coula du poignet dans la manche. Elle aurait voulu faire de cette affaire quelque chose qu’elle puisse régler de ses mains. Tante Chen ne saisit pas l’occasion de lui faire un autre reproche. Elle lui tendit la bassine bien à plat et lui dit de ne pas rester dans le passage des roues.

La vieille Liu, qui vendait des haricots au bord de la rue, s’approcha elle aussi. Chaque jour, ses paniers occupaient un petit coin près de la porte sud. Elle n’y avait pas monté d’auvent, mais cela faisait déjà six ou sept ans qu’elle s’y installait. Si la nouvelle porte ouvrait, elle ne pourrait plus laisser sa bassine de haricots chauds sur le passage des gens et des charrettes. Wen Jichang dit qu’on pouvait lui faire une place à l’autre bout. Elle demanda d’abord d’où venait le vent, puis si les clients pourraient la voir. Elle ne parlait pas fort, mais ses deux questions étaient plus difficiles à régler qu’un déplacement d’étal. Gu Qing avait cru qu’en changeant l’orientation de la porte on simplifierait la vie de tout le monde. Elle découvrait à présent que les soucis épargnés d’un côté pouvaient en ajouter un peu de l’autre.

Zhou Jiping effaça du pied le tracé des roues au sol et le redessina. On écarta la charrette vide jusqu’au bout de la ruelle. Les deux charretiers se tinrent contre le mur. Même la mule pencha la tête de côté et attendit. Xu Tan ne pressa personne de donner son accord. Elle fit d’abord installer à la vieille Liu sa palanche et ses paniers de haricots comme à l’ordinaire, puis demanda à un commis d’apporter deux planches et de les placer sous l’étendoir de tante Chen pour mesurer la place que prenait vraiment le linge quand il pendait.

Gu Qing fit un pas et heurta le bord d’une toile mouillée. Elle lui balaya le visage, y laissant une traînée fraîche. Zhou Jiping la souleva un peu avec une baleine de parapluie et lui dit de passer la première. En relevant la tête, elle vit une lamelle de bambou cassée piquée dans sa manche, comme un bout de branche qu’un jardinier aurait refusé de jeter. Elle ne put s’empêcher de la lui retirer. Mais il lui dit qu’elle pouvait encore servir. Un bout de lamelle suffisait à réparer un petit parapluie, et tout ce qui cassait n’était pas bon à jeter. Elle la lui rendit. Pendant un moment, ni l’un ni l’autre ne reprit la plaisanterie.

On ne parvint à aucun accord ce jour-là. Wen Jichang devait demander au maçon combien coûterait le changement de porte. Tante Chen devait voir comment tombait exactement le soleil de l’après-midi, et la vieille Liu ne se contenterait pas qu’on lui dise qu’on lui trouverait une place le moment venu. Gu Qing se sentait pourtant plus tranquille qu’en revenant de voir l’acte de vente l’avant-veille. On avait au moins quitté le cercle de chaux blanche et vu que la cour avait plus d’un coin. Elle demanda de sa propre initiative aux Wen s’ils pourraient lui prêter le lendemain une charrette vide pour un nouvel essai, puis commença par rapporter le séchoir de tante Chen pour lui épargner de le ranger seule.

Au moment de se séparer, Zhou Jiping l’aida à porter la planche. Elle lui demanda pourquoi il avait bien voulu rester une demi-journée de plus. Il expliqua que leur charrette de parapluies passait elle aussi par cette ruelle. Si la porte de l’Est était bloquée tous les jours, tous les livreurs devraient attendre. Et si les Wen installaient convenablement leur bâche, ils viendraient désormais se fournir chez lui en toile huilée. Son aide lui rapporterait quelque chose. À ces mots, Gu Qing se sentit dispensée de le remercier à tout prix et demanda seulement où se trouvait sa boutique. Du menton, il désigna le pont sur la rivière. C’était dans la rue où sa grand-mère achetait ses liens de bambou, deux maisons plus loin.

« Je croyais que tu étais menuisier », dit-elle.

« Il y en a aussi qui croient qu’un fabricant de parapluies peut faire cesser la pluie un moment. »

Gu Qing eut un petit rire. Elle se souvint des clients qui lui demandaient pourquoi ses fleurs de soie ne sentaient rien, et cette fois, elle n’eut enfin plus l’impression qu’on se moquait d’elle. En la voyant rire, Zhou Jiping lui demanda s’il y avait des fleurs dans son panier et s’il pouvait en voir une. Il l’examina de près sans la porter sous son nez, puis retourna la tige pour voir comment le fil fin recouvrait le bambou. Gu Qing expliqua que c’était là qu’on la tenait pour la glisser dans les cheveux près de la tempe, et que cette partie devait rester fine. Il hocha la tête. Pour un manche de parapluie, c’était pareil. À l’achat, les gens regardaient d’abord la toile. Sous la pluie, ils découvraient où leur main venait se serrer.

Quand Gu Qing rentra au crépuscule, ses chaussures et ses chaussettes étaient trempées. Elle commença par les enlever pour les faire sécher près du fourneau. Shen Su vit une traînée de poussière sur sa joue, lui tendit un linge pour s’essuyer et lui demanda si la porte pouvait être ouverte. Gu Qing dit qu’elle l’ignorait encore, puis lui raconta dans l’ordre les histoires de tante Chen, de la vieille Liu, du charretier et de l’auvent. En l’entendant dire qu’elle avait proposé à la place de tante Chen de déplacer le séchoir près du puits, sa grand-mère rit doucement. Gu Qing s’empressa de dire qu’elle avait compris son erreur depuis et qu’il n’y avait plus de quoi rire. Shen Su laissa son rire s’éteindre très lentement, en gardant la moitié au coin des yeux.

Elle raconta aussi l’histoire de la moitié du vieux patron en papier. Madame Ji disait que c’était elle qui avait fait cette encoche d’un coup de ciseaux maladroit. Pourquoi sa grand-mère ne lui en avait-elle jamais parlé ? Shen Su poussa vers elle le tamis à riz qu’elle tenait et lui dit de commencer par enlever les petits cailloux. Cette fois, Gu Qing ne baissa pas tout de suite la tête. Sa grand-mère finit par dire que, ce jour-là, les clients étaient pressés et qu’il y avait tant à faire qu’elle ne se souvenait pas de tout avec précision. Puis elle ajouta que madame Ji travaillait grossièrement et que c’était sans doute elle-même qui avait retouché le patron après coup. En l’écoutant, Gu Qing ne savait pas ce que la vieille femme avait vraiment oublié, ni ce qu’elle refusait encore de lâcher.

Le lendemain, pour l’essai de la charrette, tante Chen raccourcit d’abord son étendoir et la vieille Liu tourna les deux pieds de son étal portatif dans l’autre sens. Il y eut enfin un peu de place devant la porte du sud. Mais les roues se bloquèrent encore au seuil abîmé. Le charretier poussa de l’épaule et la charrette vide bondit en avant, manquant de renverser l’armature d’une ombrelle. Zhou Jiping tendit la main pour l’arrêter et Gu Qing se hâta de saisir l’autre bout. Chacun d’un côté, ils reculèrent sous le prunier avec l’armature de bambou encore nue. Le bout d’une branche effleura les cheveux de Gu Qing et une petite fleur tomba, juste sur la partie humide de la manche de Zhou Jiping, où elle resta collée.

Wen Jichang resta longtemps accroupi près de la porte. Il finit par dire qu’il faudrait abaisser le seuil et démolir puis rebâtir un petit bout de la galerie sud. On pouvait bien parler d’économiser du travail, il en resterait à faire. Il faudrait payer les briques, le bois et la main-d’œuvre pour réaliser le passage commode qu’ils avaient tracé au sol. À la mention de l’argent, le cœur de Gu Qing se serra encore, mais elle ne lâcha pas l’armature du parapluie. Elle vit Xu Tan noter les chiffres au charbon à côté d’eux, puis en effacer un trait du bout du doigt, comme si elle aussi faisait le tri.

Le vingt dans l’après-midi, He Fengqiu vint examiner le mur. Il tapota de son petit marteau les vieilles briques près de l’arbre. Un mur droit était plus facile à monter, dit-il. Faire un arc prendrait une demi-journée de plus, et pour garder l’ancien caniveau, il faudrait choisir à part les matériaux du soubassement. Wen Jichang regarda Gu Qing sans aller au bout de ce qu’il voulait dire. Elle comprit qu’à partir de là, garder l’arbre ne dépendrait plus seulement de ce qu’elle voulait. Il lui faudrait y mettre du sien, quelque chose qu’elle ne pourrait pas affecter ailleurs d’un simple geste.

De retour dans la pièce, elle posa à plat sur la table la première branche de prunier en soie et suivit du doigt le cercle de fil fin à la base de la tige. Si réussie soit-elle, une branche ne valait que le prix d’une branche. Il en fallait vingt pour en faire un petit tas. Si elle voulait vraiment les échanger contre un pan de mur courbe, il fallait d’abord faire les comptes. Shen Su écarta le tamis à riz pour lui faire place sur la moitié de la table. Elles ne commencèrent pas par se demander laquelle de ces choses valait le plus. Elles tirèrent ensemble le coffre à vêtements et entendirent les quelques petites ligatures de sapèques s’y entrechoquer doucement à travers le vieux tissu.

· Fin du chapitre ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Le parfum froid n’est pas sur la soie
  2. L’endroit cerclé de chaux
  3. Les ciseaux au clair de lune
  4. Les fleurs de prunier en soie sur la table
  5. La porte donne de l’autre côté
  6. Deux petites ligatures de sapèques
  7. L’arc qu’on a dégagé
  8. Une enseigne sans parfum
  9. Le salaire d’une demi-journée
  10. Une fleur qui n’en est pas une
  11. La mise en boîte après la neige
  12. Combien pour un rameau ?
  13. Le réveillon chez les autres
  14. Après la floraison
  15. Imprimer son nom sur le papier
  16. Un bol de riz qui n’est plus chaud
  17. Pas de seconde chance pour le premier lot
  18. Les caisses renvoyées
  19. Une cour pour deux
  20. La pluie passe par l’ancien fossé
  21. Les comptes de Xiaoman
  22. La place libre à côté des parapluies
  23. Le printemps que veulent les clients
  24. Les fleurs laissées sur la table
  25. Le chemin de chacun
  26. Garder le mois de mai pour autre chose que les affaires
  27. Ceux qui regardent les fleurs
  28. La troisième bourse
  29. Que faire de l’arbre en été ?
  30. Avant d’embarquer
  31. Première étape par voie d’eau
  32. Les feuilles de lotus ne se sont pas encore déployées
  33. La fleur au milieu de l’eau
  34. Au retour, sans courir après la floraison
  35. L’ombre estivale du prunier
  36. Faire une autre fleur

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