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Un volume à la main

Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire

Faire une autre fleur

酷无极 · Création assistée par IA · 11062 caractères · environ 12 minutes

Le quinze du sixième mois, le premier pétale de lotus se déploya entre les doigts de Gu Qing. Il était couleur d’eau au clair de lune, avec une touche d’abricot pâle à la pointe et deux plis à peine marqués le long du bord. Shen Su le regarda et dit qu’il était trop pâle. Gu Qing le porta à la lumière, puis le ramena à l’ombre. Celui qu’elles avaient vu depuis la barque, dit-elle, changeait dès que la lumière bougeait. Elle l’avait fait tel qu’il apparaissait quand la lumière se retirait.

Sa grand-mère réfléchit un moment, sans défendre son propre lotus gris. Elle présenta une pelote de fil épais devant le cœur de la fleur, trouva que Gu Qing y avait laissé trop de vide et ajouta du bout du doigt une petite touffe. La fleur prit aussitôt du volume. Elles regardèrent de nouveau. Gu Qing finit par en retirer la moitié. Shen Su grommela qu’elle avait toujours besoin de défaire ce qu’elle faisait, mais rembobina elle-même en souriant le fil retiré sur la petite bobine. Que Gu Qing n’ait pas suivi son avis ne lui fit pas lâcher l’ouvrage.

Xiaoman vint dans l’après-midi avec deux bordures de chapeau pour voir si une seule courbe de feuille de lotus pouvait suffire. Gu Qing étala une feuille entière et Xiaoman en replia un côté vers l’intérieur. Aussitôt, la feuille se changea en une sorte de souffle de vent qui venait de se soulever. Gu Qing aimait ce pli, mais n’avait pas envie de plier de la même façon ses propres pétales de lotus qu’elle gardait entiers. Elles firent chacune leur pièce et posèrent les deux côte à côte. Xiaoman choisit la sienne, Gu Qing aussi. À travailler ensemble tout ce temps, elles n’avaient pas fini par avoir la même main.

Elles demandèrent à Shen Su de choisir. La vieille femme préféra le petit amas gris-vert qu’elles avaient démonté avant qu’il devienne une fleur. Il ferait bien au bord de son chapeau, dit-elle. Gu Qing éclata de rire et lui demanda pourquoi, quand on lui demandait sérieusement son avis, elle refusait de jouer le jeu. Sa grand-mère répondit qu’à son âge elle ne regardait plus que ce qui lui plaisait. Elle prit bel et bien le petit amas, l’entoura de deux tours de fil et l’épingla. La forme ne ressemblait ni à une fleur ni à une feuille. Toutes trois l’examinèrent un bon moment autour du miroir de bronze. Xiaoman dit qu’on aurait dit une fève dans sa cosse. La vieille femme répondit qu’une fève, c’était très bien aussi, puisqu’avec des fèves on avait de quoi manger.

Gu Qing montra le lotus entier à un client qui fabriquait des éventails. Il cherchait de quoi garnir des éventails d’été et ne voulait pas de fleurs trop grandes. Ce fut la feuille réduite à une courbe de Xiaoman qu’il choisit, en demandant s’il pouvait en avoir deux paires. Gu Qing transmit la demande sans dire que sa propre fleur avait exigé plus de travail et qu’il aurait dû la choisir en premier. Après le départ du client, elle en gardait un peu de dépit. Elle retourna la fleur plusieurs fois entre ses doigts, puis la posa dans la soucoupe près de sa fenêtre, s’avouant que, pour l’instant du moins, c’était elle qui tenait le plus à la garder.

Elle ne travaillait plus avec Xiaoman tous les jours. Xiaoman avait ses heures à la chapellerie, et Gu Qing avait des jours pour la boutique de fleurs et d’autres pour ses clients de détail. Elles notaient clairement les moments où elles essayaient des modèles ensemble et travaillaient chacune de son côté le reste du temps. Il leur arrivait encore de se disputer au sujet d’une attache. Une fois, Gu Qing oublia de préciser les dimensions et paya elle-même le travail à refaire. Shen Su n’avait plus à cuisiner tous les jours pour trois. Si Xiaoman était là au moment du repas, on ajoutait un bol. Sinon, Gu Qing ne lui demandait pas pourquoi elle ne mangeait pas avec elles.

En juillet, la chaleur était lourde. Il fallait toujours inspecter le fossé sous le feuillage du prunier, et les insectes avaient grignoté quelques feuilles. Qiu Shen passa et se fit payer comme d’habitude pour examiner l’arbre. Dans la cour des Wen, on avait retiré le présentoir d’échantillons pour y déposer provisoirement des caisses vides, sans gêner les racines ni bloquer l’écoulement de l’eau. De son puits, Gu Qing voyait parfois dame Meng apporter de nouvelles couleurs, parfois seulement Achun passer avec un panier vide dans les bras. Elle ne pesait plus à chaque fois, en son for intérieur, la marchandise des autres.

La boutique de parapluies de la rue du Sud était pourtant plus fréquentée qu’elle ne l’avait cru. Quand elle y passait pour s’asseoir un moment, les clients lui barraient souvent l’entrée, et Zhou Jiping ne pouvait pas toujours lâcher son travail pour lui tenir compagnie. Une fois, lasse d’attendre, elle tourna les talons. Il la rattrapa pour lui dire que le petit tabouret était toujours à l’intérieur. Elle y jeta un œil et vit qu’il était couvert de papier à parapluie neuf. Ils rirent en même temps. Il lui dégagea un coin où s’asseoir, et elle reprit la couture de son propre poignet de manche. Elle ne travailla pas gratuitement pour lui tout l’après-midi et ne lui demanda pas non plus de fermer plus tôt sous prétexte qu’elle avait attendu.

Il vint plus tard chez elle voir l’ombre que faisait le prunier en été. Shen Su sortit exprès le petit amas gris-vert qui ressemblait à un grain de haricot et demanda si l’on pouvait en attacher un au bout d’un parapluie. Zhou Jiping répondit que oui et demanda d’abord à quoi ressemblait un grain de haricot. Son sérieux désarma la vieille femme et Gu Qing rit au point que sa main trembla avec les ciseaux. Il les lui prit, les posa à l’écart et attendit qu’elle ait fini de rire pour les lui rendre. Cette proximité ne les amena pas à se promettre tous les étés à venir. Leurs mains savaient déjà comment se croiser au bord d’une table étroite.

Ce voyage ne leur ouvrit pas des jours d’abondance. Deux longues pluies d’automne firent baisser les ventes de fleurs ordinaires. Gu Qing puisa un peu dans ses réserves, puis reconstitua la somme à la fin du mois. Sa grand-mère distinguait toujours mal les aiguilles fines devant ses yeux, et son genou la faisait davantage souffrir quand il faisait froid. Elles ne remettaient plus leur prochaine sortie à une année d’abondance dont elles se promettaient la venue. Elles parlaient simplement des endroits proches où elles aimeraient aller. Un jour où les jambes et le temps s’y prêteraient, elles commenceraient par faire un bout de chemin.

Le vingt-sixième jour du onzième mois de la même année, le prunier refleurit. Il n’était pas tout couvert de fleurs. La branche du côté de l’entrepôt en portait moins que le fin rameau visible de la fenêtre, qui en était bien garni. Tôt le matin, Gu Qing alla chercher de l’eau et resta près de la margelle à discerner la couleur des fleurs de cette année. Elle avait encore au bout des doigts un peu de l’apprêt clair utilisé la veille en entourant les tiges de fil. Après un an, une pointe de vert poussait dans les joints gris de la courbe du mur. Le tronc, lui, était toujours là. Le long voyage de quelqu’un ne l’avait pas fait changer de place.

Elle rentra chercher de la soie neuve. Dans le coin de la fenêtre, le tout premier rameau de prunier sortait de biais de son compartiment en papier. Les pointes des pétales avaient jauni, le fin rose d’origine s’était presque entièrement effacé, et le fil autour de la tige datait des derniers préparatifs du voyage, quand elle l’avait resserré. Elle chassa la poussière du bout des doigts sans remettre de rose. Le lotus couleur d’eau au clair de lune qu’elle avait fait en été était lui aussi un peu poussiéreux. Le lotus gris de Shen Su reposait dans une autre boîte. Elles ne disposaient pas ces trois vieilles fleurs comme si elles représentaient les trois seules choses que Gu Qing avait réussies cette année-là. Elles tenaient simplement trop à chacune pour la jeter.

Sa grand-mère était déjà levée et assise près du store de bambou, des genouillères aux jambes. Elle lui demanda si elle voulait encore faire des fleurs de prunier blanches : il restait dans l’armoire des fournitures rouges des années précédentes. Gu Qing répondit qu’elle ferait d’abord la branche d’aujourd’hui et essaierait le rouge une prochaine fois. Elle changea plusieurs fois de place près de la fenêtre pour la regarder et comprit seulement alors que, sur la fleur faite au début du onzième mois, les boutons étaient si gros qu’ils semblaient vouloir tous éclore d’un coup. La vraie branche devant elle avait ses vides et ses touffes, refusant de se serrer selon ses règles.

Elle enleva trois boutons et laissa un vide. Ce n’était ni le modèle de travers de Xiaoman ni le vieux bord roulé de Shen Su. C’était cet arbre-ci, tel que le vent de cette année l’avait fait. Elle travailla sans se presser, regardant l’ouvrage à la lumière puis dans l’ombre. Elle laissa sécher les pétales fins qu’elle venait de teindre, sans chercher à les faire tenir debout avant que l’apprêt soit sec. Sa grand-mère garda deux tiges, puis rangea son travail quand elle eut froid aux mains. Elle alla chez les Chen écouter les gens raconter quel chat avait bondi sur l’auvent la nuit précédente, sans demander en partant à quelle heure Gu Qing ferait le déjeuner.

Gu Qing était seule chez elle quand un client arriva dans l’après-midi. C’était justement celui qui lui avait demandé, l’année précédente au marché de l’Ouest, pourquoi ses fleurs ne sentaient rien. Il ne se souvenait peut-être pas d’elle. Il dit seulement qu’on fabriquait des fleurs de soie ici et qu’il voulait en acheter deux pour égayer un peu la fenêtre du nord en hiver. Gu Qing lui montra l’ancienne branche de prunier. C’était la couleur au bout d’un an, expliqua-t-elle. Les fleurs neuves seraient plus vives, mais pâliraient à leur tour. L’homme s’en approcha pour la sentir et demanda si elle était tout à fait sans parfum.

Elle répondit que les fleurs ne sentaient rien et que, si l’on voulait du parfum, on pouvait mettre un sachet à côté, sans l’appuyer sur la soie. Elle ne conduisit pas le client sous le prunier pour faire témoigner le parfum de l’arbre en faveur de ses fleurs. L’homme dit au contraire que cela tombait bien, car chez lui quelqu’un toussait à la moindre odeur forte. La forme de l’ancienne branche lui convenait, et il n’était pas nécessaire que tous les boutons soient aussi pleins. Gu Qing prit une feuille, nota deux tiges, annonça dix-huit sapèques chacune et convint d’un délai de trois jours, sans faire passer pour disponible celle qui n’avait pas encore séché.

Une fois le client parti, elle alla au puits avec son seau et perçut enfin un peu du parfum du prunier. Il n’emplissait pas toute une pièce et n’était pas toujours là. Dès que le vent tournait, il s’estompait. Elle resta debout à regarder une fleur tomber sur la pierre mouillée et se rappela les ciseaux qu’elle avait un jour levés à mi-hauteur sous la lune. À présent, elle les gardait simplement à portée de main pour couper du fil. Sa grand-mère revint avec un petit sachet de prunes acides. En la voyant là, elle ne la pressa pas de retourner travailler et tendit elle-même la main pour prendre le seau.

Au crépuscule, Zhou Jiping vint rendre la pince de bois empruntée, sans autre présent. Gu Qing l’appela près de la fenêtre pour regarder ses créations de l’année. Il examina d’abord l’ancienne branche, reconnut le tour de fil qu’elle avait ajouté ensuite et dit que l’ancienne tenait encore debout. Elle répondit que puisqu’elle tenait, elle la garderait, sans la déguiser en jeune branche. Il rit et tendit la main pour redresser un pétale de travers. Elle lui tapa sur la main : qu’il aille d’abord se laver, ses doigts étaient encore gras.

Il alla se laver les mains au puits, où sa grand-mère puisait de l’eau. Gu Qing n’entendit pas ce qu’ils se dirent, mais ils rirent ensemble. Par la fenêtre, elle vit sa demi-table, la bassine lavée tant de fois et un bout de branche de prunier au-delà du mur incurvé. Tout à coup, elle n’eut plus envie de dire que cette année avait été bonne tout entière. Elle rentra le dernier fil de la nouvelle fleur sous le support, en gardant assez de jeu pour qu’il ne serre pas trop, puis la déposa dans un compartiment de papier pour la vérifier le lendemain.

Shen Su entra avec de l’eau et demanda si elles retourneraient voir les lotus l’année suivante. Gu Qing leva la tête et la vieille femme rit la première. Il ne s’agissait pas de repartir si loin, dit-elle. Elles regarderaient d’abord si on en avait planté du côté de Luwan. Si elles ne pouvaient pas marcher jusque-là, elles pourraient toujours regarder l’eau depuis une voiture. Gu Qing répondit qu’au début du printemps, elles commenceraient par se renseigner. Elle ne fit pas de ces mots une commande à honorer coûte que coûte. Sa grand-mère s’assit, prit du bout des doigts une prune aigre et la lui tendit, puis laissa fondre lentement l’autre dans sa bouche.

La fenêtre était restée entrouverte. Dans la cour, Zhou Jiping secoua ses mains mouillées, puis rentra pour abaisser un peu l’étagère du haut. La première branche de prunier en soie, désormais vieille, resta dans le coin de la fenêtre. La nouvelle reposait en silence dans son compartiment de papier. Le vent passa entre les branches du vrai prunier au-dessus du mur et effleura les doigts de Gu Qing. Elle baissa la tête, rentra le petit bout de fil qui dépassait et laissa la fenêtre ouverte.

· Fin du texte intégral ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Le parfum froid n’est pas sur la soie
  2. L’endroit cerclé de chaux
  3. Les ciseaux au clair de lune
  4. Les fleurs de prunier en soie sur la table
  5. La porte donne de l’autre côté
  6. Deux petites ligatures de sapèques
  7. L’arc qu’on a dégagé
  8. Une enseigne sans parfum
  9. Le salaire d’une demi-journée
  10. Une fleur qui n’en est pas une
  11. La mise en boîte après la neige
  12. Combien pour un rameau ?
  13. Le réveillon chez les autres
  14. Après la floraison
  15. Imprimer son nom sur le papier
  16. Un bol de riz qui n’est plus chaud
  17. Pas de seconde chance pour le premier lot
  18. Les caisses renvoyées
  19. Une cour pour deux
  20. La pluie passe par l’ancien fossé
  21. Les comptes de Xiaoman
  22. La place libre à côté des parapluies
  23. Le printemps que veulent les clients
  24. Les fleurs laissées sur la table
  25. Le chemin de chacun
  26. Garder le mois de mai pour autre chose que les affaires
  27. Ceux qui regardent les fleurs
  28. La troisième bourse
  29. Que faire de l’arbre en été ?
  30. Avant d’embarquer
  31. Première étape par voie d’eau
  32. Les feuilles de lotus ne se sont pas encore déployées
  33. La fleur au milieu de l’eau
  34. Au retour, sans courir après la floraison
  35. L’ombre estivale du prunier
  36. Faire une autre fleur

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