Roman d’artisanat et de société dans une Chine ancienne imaginaire
Au retour, sans courir après la floraison
酷无极 · Création assistée par IA · 12061 caractères · environ 13 minutes
Le vingt-sept du cinquième mois, la grand-mère et sa petite-fille attendaient le bateau du retour à Nanpu. Dans le sens du courant, une poussée suffisait pour quitter la rive. Pour remonter le courant, il fallait compter avec le vent. Le batelier observa la couleur de l’eau et attendit une demi-journée de plus avant de faire monter les passagers. Assise près du débarcadère, Shen Su mangeait une galette de riz. Cette fois, elle avait pris soin de n’en acheter qu’une moitié, qu’elle finit chaude, sans en faire pour Achun un paquet de choses dures. Gu Qing vit une miette blanche au coin de ses lèvres et la lui indiqua du doigt. La vieille femme l’essuya elle-même.
Pang Yun ne vint pas les raccompagner. Son neveu arriva en hâte avec les deux morceaux d’étoffe qui étaient restés quand Gu Qing avait confectionné les fleurs pour l’auberge. Sa tante lui demandait de les lui rendre, dit-il, les morceaux trop petits pouvaient toujours servir à rapiécer. Gu Qing prit les deux bords de vieux rideau qu’elle reconnaissait et dit en souriant qu’ils appartenaient aux Pang depuis le début. L’enfant répondit que, d’après sa tante, une fois qu’on y avait cousu des fleurs, ce n’était plus pareil. Elle n’insista pas pour les lui rendre, les glissa dans sa petite trousse à couture et le pria de saluer sa tante de sa part.
Quand le bateau quitta la rive, Shen Su se retourna et contempla un moment les faîtes des toits de Nanpu, puis demanda à Gu Qing ce qu’elles n’avaient pas encore vu. Elle répondit qu’il y avait encore la grande rue, le pont devant le temple et ce marché de nuit dont on disait tant de bien. Elles n’avaient fait le tour de rien. La vieille femme eut quelques regrets, et Gu Qing aussi, mais aucune ne proposa de rester davantage. Elles avaient parcouru ce qu’elles avaient pu. Le reste ne disparaîtrait pas de la rive parce qu’elles n’y étaient pas allées, et d’autres inconnus continueraient de s’y aventurer après elles.
La cabine était un peu plus pleine au retour. Assise en face de Gu Qing, une femme serrait contre elle une boîte à gâteaux vide et portait sur le côté de son chapeau une fleur bleu-gris. Au début, Gu Qing ne regarda que l’emplacement de l’attache, mais plus elle l’observait, plus le modèle lui semblait familier. Un pétale se retournait vers l’extérieur, une boucle se cachait dans le bas, et la forme était plus nette que celle des premières fleurs de Xiaoman. Elle eut envie de se pencher, craignit d’être impolie et attendit que la femme lève la main pour rajuster son chapeau avant de lui demander où elle l’avait acheté.
La femme dit qu’elle l’avait achetée chez le chapelier Fei à Yunjin. La demoiselle Dong qui faisait les fleurs depuis peu avait la main habile, et le bleu-gris plaisait plus longtemps à l’œil que le bleu franc. Elle l’avait achetée pour le repas d’anniversaire de sa sœur cadette et en revenait. En entendant parler de la demoiselle Dong, Gu Qing toucha machinalement la trousse à aiguilles sur sa manche, comme si elle allait en sortir une pour voir qui avait modifié l’attache au dos. L’idée ne fit que passer. Elle baissa la main et dit simplement qu’elle la connaissait et qu’en effet elle travaillait bien.
La femme retira son chapeau pour le lui montrer. À l’intérieur, une petite étiquette indiquait que Dong Xiaoman avait créé le modèle et précisait à côté que Gu Qing avait modifié l’attache. Les caractères étaient petits, l’étiquette cousue au bord de la doublure. Personne ne pouvait la voir sans la soulever. En fixant son nom, Gu Qing sentit d’abord la chaleur lui monter au visage, puis éprouva un peu de gêne. On n’avait pas profité de son absence pour effacer sa petite contribution. La femme lui demanda si c’était elle. Gu Qing dit oui et lui montra à quel endroit elle pourrait reprendre le fil elle-même s’il se détendait, sans avoir à traverser la moitié de la ville pour une attache.
Shen Su somnolait à côté. À son réveil, elle n’entendit que la fin et demanda quel ouvrage Gu Qing avait encore accepté en route. Gu Qing répondit en riant qu’elle n’avait rien accepté, qu’elle avait aperçu une fleur qu’elle connaissait. La vieille femme jeta un coup d’œil au bleu-gris et dit que celle-ci valait un peu mieux que son petit pain farci bleu. La femme d’en face ne comprit pas. Gu Qing ne s’expliqua pas, mais ses oreilles rougirent. Elle tourna la tête vers l’eau, et la petite épine de la peur d’être remplacée lui parut soudain beaucoup plus courte.
Le vingt-huit, le vent était contraire et le bateau avançait très lentement. Sur la berge, les haleurs allaient pas à pas, et leurs empreintes étaient vite brouillées par les suivants qui piétinaient l’eau. Gu Qing avait d’abord voulu compter chaque jour les étapes d’après les lieux que lui indiquait le batelier. Dans l’après-midi, s’apercevant que compter ne faisait qu’aviver son impatience, elle replia sa feuille d’itinéraire. Quand la vieille femme était éveillée, elle regardait surtout l’eau, et quand la fatigue la prenait, elle dormait. Chaque soir, il fallait toujours appliquer une compresse chaude sur son genou droit. Voir les lotus n’avait rien retranché à ce soin.
Le soir, un voyageur trouva qu’elles faisaient bien des façons avec leur eau chaude et marmonna que la vieille dame était très bien chez elle, alors à quoi bon venir de si loin pour se donner du mal ? Shen Su était en train d’essorer le linge. Elle l’entendit sans se quereller et dit seulement que chez elle, elle n’avait pas mangé de galettes aussi fines et que cela valait le déplacement. L’homme resta interdit. Il s’attendait à un discours sur les rares occasions d’honorer ses aînés et n’eut droit qu’à une galette. Il sourit et se tut. Gu Qing détourna le visage et lava le bol vide encore et encore, les épaules légèrement secouées.
Le 29, elles arrivèrent à Liuwan, où le bateau fit halte pour laisser passer un fort courant venu de l’amont. Il y avait une échoppe de thé sur la rive. Gu Qing aida sa grand-mère à s’y asseoir. Elle ne commanda pas toute une table de bonnes choses pour tromper l’attente, seulement de l’eau chaude et deux bols de nouilles. Quelques brins de ciboule fraîche flottaient dans le bouillon. Shen Su le trouva plus fade que celui de Nanpu et se plaignit aussi que les nouilles qu’elle mangeait autrefois à Yunjin étaient dures. Gu Qing lui demanda si, partout où elle irait, elle allait se servir d’un autre endroit pour rabaisser celui où elle se trouvait. La vieille femme rit et en convint franchement. À présent qu’elle avait vu du pays, dit-elle, elle allait devenir mauvaise langue.
Sous l’auvent, elles retrouvèrent le couple qui vendait des peignes à l’aller. Leurs affaires à Nanpu terminées, ils avaient pris un bateau qui repartait plus tôt, mais se trouvaient eux aussi arrêtés là. La femme reconnut Shen Su et lui demanda d’abord si elle avait vu les fleurs. Cette fois, la vieille dame ne feignit pas l’indifférence : gestes à l’appui, elle lui expliqua que la première fleur commençait à vieillir, que celle à demi éclose était très pâle, sans ce rouge qu’on voyait sur les papiers à motifs floraux. La femme hochait la tête en l’écoutant ; elle glissa au passage que, dans leur étang, les feuilles de lotus gênaient toujours les canards et qu’elle ne les avait jamais bien regardées.
Au plus vif de la conversation, Shen Su s’arrêta soudain et dit en riant qu’elle ressemblait à dame Ji autrefois. Il lui suffisait d’avoir vu un peu d’eau pour en parler une demi-journée. Gu Qing savait de qui elle parlait. Elle resservit de l’eau à sa grand-mère sans lui demander d’abréger. La femme lui demanda au contraire si la fleur à demi ouverte s’était ensuite épanouie tout entière. Shen Su répondit sérieusement qu’elle ne le savait pas, qu’elle n’était pas retournée voir avant de partir. Puis elle jeta un regard au fleuve. Elle parlait moins, mais ses yeux avaient gardé leur éclat de tout à l’heure.
Le premier jour du sixième mois, la pluie tambourina sur l’abri du bateau la moitié de la nuit. Gu Qing rêva que l’eau montait près du puits de la maison. Lorsqu’elle s’éveilla en sursaut, sa main cherchait déjà ses souliers. Il faisait très sombre dans la cabine. Le bateau était toujours solidement amarré à un embarcadère abrité du vent. Il fallut à Gu Qing entendre respirer sa grand-mère pour comprendre qu’elle n’était pas dans la ruelle des Sophoras. Elle resta assise un moment à regarder vers la rive invisible, se demandant si tante Chen avait vérifié le caniveau et si madame Ma avait bien rendu la clé. Les pensées se succédaient, et pour aucune d’elles il ne lui aurait servi d’enfiler ses souliers à cet instant.
La vieille femme se réveilla et demanda à Gu Qing si elle pensait de nouveau à l’arbre. Gu Qing le reconnut et dit qu’elle se demandait aussi si le meuble aux fleurs prenait l’humidité. Shen Su se décala un peu sous la couverture pour la laisser se rapprocher et dit qu’elle aussi pensait à la maison. Elle avait même rêvé que tante Chen plantait du radis piquant au bord du puits comme si c’étaient des fleurs. Gu Qing éclata de rire, puis baissa la voix de peur de réveiller les autres. Assises dans la nuit humide, elles pensèrent à chez elles, sans feindre d’avoir appris à lâcher prise au point de n’avoir plus aucun souci, et attendirent que la pluie s’espace pour se rendormir.
Le 2, le vent tourna et le bateau avança plus vite sur un bout de chemin. Des gens étendaient du linge sur la rive. Les longues pièces d’étoffe effleuraient l’ombre des arbres, et Gu Qing fixa l’une d’elles, couleur abricot pâle. Sans savoir pourquoi, elle se revit à Nanpu, en train d’acheter son ruban pour les cheveux. Elle en tâta le bout. Le nœud fait au départ s’était défait plusieurs fois, mais c’était toujours elle qui l’avait renoué. Malgré ses vêtements froissés et son visage bruni par le soleil, elle ne l’avait pas remisé au fond du sac. Elle l’avait même encore lissé dans de l’eau claire.
Le trois, elles descendirent à Shixian pour une heure. Luo Yi était absente, mais la femme qui aidait à la boutique reconnut Gu Qing et lui apporta une boîte à poudre dont toutes les fleurs à attache avaient été vendues. Elle dit que les fleurs pour boîtes donnaient satisfaction et qu’il faudrait attendre le retour de la patronne pour parler de la prochaine saison. Gu Qing jeta un coup d’œil à la marque d’usure sur le bord de la boîte et demanda si les attaches accrochaient les vêtements des clients. La femme n’avait entendu personne s’en plaindre. Rassurée, Gu Qing ne lui fit pas mettre par écrit une quantité pour plus tard et, bien que la femme ne connût pas sa grand-mère, ne se mit pas à lui expliquer pour qui elle avait fait ce voyage.
En sortant de la boutique, Shen Su s’arrêta près du pont et regarda avec attention quelqu’un démonter un parapluie cassé. En voyant les baleines, Gu Qing pensa à la nouvelle fenêtre qu’avait posée Zhou Jiping et eut de nouveau envie de rentrer plus vite. Elle ne tira pas la vieille dame en avant. Elle resta à côté d’elle jusqu’à ce que le démontage soit fini, puis lui dit qu’il y avait encore un bout de chemin jusqu’au prochain bateau. Shen Su se leva, enfonça d’abord son chapeau et vint se placer d’elle-même à ses côtés.
Le bateau du quatre était d’une lenteur exaspérante. Une femme partageant leur cabine sortit une boîte à gâteaux. Elle était vide, mais cachait quelques cailloux ronds que les enfants de sa sœur lui avaient demandé de rapporter. Elles les alignèrent et se mirent à deviner qui cachait lequel dans sa paume. Shen Su distinguait mal au début ; Gu Qing lui en substitua donc exprès un de la couleur la plus sombre. La vieille femme fronça les sourcils et lui dit de ne pas la laisser gagner : se tromper ne leur coûterait pas le prix du voyage. Gu Qing dut les mélanger comme avant et perdit bel et bien deux fois de suite.
Elles riaient dans la cabine étroite, si bien que le batelier passa la tête pour voir. Shen Su posa le dernier caillou brillant dans la paume de Gu Qing, bien en vue, puis referma la main de la jeune femme et lui demanda si cette fois encore elle allait se tromper. Gu Qing regarda cette main aux jointures saillantes et désigna exprès l’autre. Pressée de lui montrer son erreur, la vieille femme lui ouvrit la main. Le caillou tomba sur la couverture et toutes deux se penchèrent pour le ramasser. Leurs fronts se heurtèrent doucement. La douleur ne dura qu’un instant, mais le rire les accompagna jusqu’au dîner, et même le repas fade et trop mou du bateau leur parut moins mauvais.
Dans la nuit du cinq, on distinguait déjà vaguement les lumières aux abords de la ville. Les bateliers devaient pourtant passer encore une nuit au débarcadère d’aval et attendre le lendemain pour franchir le dernier passage peu profond. En regardant au loin, Gu Qing songea un instant qu’elle pourrait louer une petite barque et rentrer directement chez elle. Puis elle sentit le poids de sa grand-mère qui reposait sur son bras et n’en dit rien. Bien appuyée contre le poteau de bois, elle laissa ce point de lumière se briser en plusieurs éclats sur l’eau. Elles étaient proches, sans être tenues d’arriver ce soir-là.
Le sixième jour au soir, elles arrivèrent au débarcadère de Yunjin après neuf jours tout juste sur l’eau. Gu Qing régla les trois cent vingt sapèques du retour. Il lui restait peu d’argent, mais de quoi passer encore une nuit à terre. Shen Su avait les pieds enflés et le dessus de ses chaussures lui avait laissé une marque. Gu Qing ne lui demanda pas si elle voulait faire un dernier effort pour rentrer. Elle la conduisit à l’auberge où elle s’était renseignée auparavant. En apprenant qu’elles restaient une nuit, le patron demanda en passant si elles habitaient loin. Gu Qing répondit que non et qu’elles repartiraient le lendemain matin. Elle se sentit alors, à sa propre surprise, encore plus à l’aise que lorsqu’elles avaient changé de chambre à Nanpu.
Dehors résonnaient les cris de marchands familiers de Yunjin : ceux des galettes, le bruit des palanches, chacun venant de son endroit habituel. Sa grand-mère ouvrit la boîte du lotus gris. Les pétales étaient un peu courbés par la pression, mais pas tous abîmés. Gu Qing découpa une bande dans le vieux morceau de tissu donné par Pang Yun et la glissa sous le pétale affaissé. En la regardant faire, la vieille femme dit que, le lendemain, lorsqu’elles le montreraient à Qingniang, il faudrait d’abord préciser ce qu’elles avaient réellement vu, de peur qu’emportée par son récit, elle n’ajoute encore quantité de choses inexistantes. Gu Qing hocha la tête et laissa le couvercle entrouvert pour que l’humidité s’échappe lentement.
· Fin du chapitre ·
Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 梅花 » de Wang Anshi et de la nouvelle originale de ce site « 不卖春风 ». Les personnages, les affaires commerciales, la géographie et la chronologie sont imaginaires ; il ne s’agit pas d’une biographie du poète. Les choix essentiels du récit original sont conservés : sauver l’arbre, les fleurs de soie sans parfum et la contemplation des lotus par la grand-mère et sa petite-fille.
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