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Un volume à la main

Roman d’aventures du transport fluvial dans une Chine ancienne imaginaire

Pas de vieille boue dans les caisses

酷无极 · Création assistée par IA · 10368 caractères · environ 11 minutes

Les empreintes de boue sur les caisses neuves ne s'essuyaient pas, quoi qu'on fît.

A-Shuan avait frotté une fois au chiffon mouillé ; la couleur du bois, au contraire, s'était foncée d'un cercle, comme si cette main appuyait encore là. Il essora le chiffon, allait repasser, lorsque Qian Liu appela derrière : la planche de couchage ne pouvait pas toujours buter ainsi contre le poteau, la jambe du sergent Duan n'était pas encore calée, qu'on attende qu'il vienne montrer de quel côté on pouvait reculer.

Il jeta donc le chiffon auprès des caisses et alla d'abord porter la planche.

Duan Qiusheng était déjà à bord, la jambe tenue raide, et l'épais coussin sous lui portait un profond sillon. Ceux qui le portaient voulaient aller vite ; en passant la baie de débarquement, l'un eut le pied haut, l'autre bas, la planche de bambou se décala d'un rien, et le visage de Duan blêmit ; la bouche disait encore que ce n'était rien, quand Shi Jing, à côté, lâcha un juron qui trancha net ce « ce n'est rien ».

La soignante demanda aux porteurs d’attendre que tout soit stable. Elle mit d’abord bien à plat les deux sangles de la civière et ajouta un petit rouleau de tissu souple du côté des pieds, pour que le talon ne reste pas de nouveau en l’air une fois la planche posée. Ashuan, tout près, en soutenait un coin. Il ne faisait qu’aider à ajouter un coussinet, et pourtant il craignait plus encore que le sixième jour, lorsqu’il tenait la manivelle du treuil, que ce coin n’appuie soudain là où quelqu’un avait mal.

Tian Jiu était assis à l’autre bout et les regardait déplacer le blessé, les doigts crispés sur le coin de sa couverture. Une fois Duan bien installé, il demanda à voix basse si toute cette rangée allait constamment tanguer. Qian Liu se moqua gentiment : quel bateau ne tanguait pas ? A Shuan l’entendit et répondit d’abord que le vent était faible aujourd’hui, qu’après la sortie du port on fixerait bien le bas des rideaux, qu’il fallait éviter de se lever sans cesse et que quelqu’un veillerait sur eux à l’arrière.

Tian Jiu ne lâcha pas tout à fait prise, mais sa tête pivota un peu de son côté.

A-Shuan alla au bord regarder le tirant d'eau. Tout le monde était là, vingt-quatre ; Xun passa encore une fois la revue depuis le début, sans admettre qu'un ballot ou une sangle vide tînt lieu de quelqu'un. Quand lui-même, Cen, Xun, Qian Liu et Ma Jie se levèrent ensemble, le navire eut une lente inclinaison ; l'eau collait au bord de bois, et les herbes cassées flottant tout près glissèrent le long de la coque jusqu'à la poupe, avant d'être prises par un fin tourbillon.

La marque d'eau sur le pieu et le bord du navire ne se trouvaient pas au même endroit ; il prit la fine perche pour comparer et nota sur son petit papier. Le tirant d'eau était bien plus profond que celui de la barge vide — cela, personne n'avait besoin de le lui apprendre. Du septième mois, quand la barge de sel franchit l'arête du poisson, il restait du jeu sous les pieds ; si l'on envoyait là-dessus ce ventre de bois devant soi, la même inclinaison ne suffirait pas forcément, et le safran de poupe n'était pas la fine gaffe de Lu Qi.

Cen Guantai sortit de l'avant et demanda comment cela se présentait.

A Shuan dit que tout était chargé, qu’il restait bien assez de place pour circuler et que les préparations médicinales étaient elles aussi embarquées. Il demanda s’il fallait toujours rejoindre l’appontement du camp cette nuit. Cen répondit que l’ordre militaire précisait avant l’heure du Lièvre, le seize : ils attendraient sur place qu’on vienne faire le décompte, mais ne pouvaient attendre que les autres soient déjà sur la rive pour entrer au port. A Shuan montra l’aval. S’ils suivaient le chenal principal pour contourner Wuzhou, ils devraient s’arrêter de nuit devant les rochers affleurants ; ils auraient au moins un jour de retard, ce que quelques coups de perche supplémentaires avant la tombée du jour ne pourraient éviter.

Le sillon sur le visage de Cen s'approfondit lentement.

Il demanda si le bras proche avait déjà été franchi ; A-Shuan répondit : en barque légère. Ce mot de « barque » sortit enfin, dans une voix plus basse qu'il ne l'avait pensé lui-même. Cen promena son regard sur tout le navire et demanda si l'eau, au fond, suffisait : cessez de parler de barque ; si les gens de la région de Linjiang osent prendre le raccourci, n'est-ce pas parce que des gens qui connaissent l'eau les mènent.

A-Shuan regardait au-dehors du bord, les bouts des doigts se serrant sur la perche.

Il aurait dû dire qu'il n'avait pas encore comparé pouce par pouce la ligne de flottaison du navire en pleine charge avec le vieux chenal, et dire aussi que l'oncle He n'avait permis que de mesurer, pas de partir. La moitié, déjà, en sortant, lui serrait la poitrine ; et s'il avait dit l'autre moitié, la place que, depuis le neuvième mois, Cen lui avait dégagée devant lui semblait devoir reprendre le nom de l'oncle He.

— Une fois entrés dans le passage, il faudra regarder encore, répondit-il.

Cen hocha la tête et dit qu'on irait donc regarder à l'embouchure ; si vraiment cela ne se faisait pas, on aviserait. Le jeune homme, en entendant cela, sentit son cœur se relâcher un instant : comme une affaire qui aurait dû être réglée à terre et qui, une fois autorisée à glisser dans cette eau là-devant, ne pesait plus sous ses yeux. Il se retourna et fit rentrer la grosse passerelle restée à terre ; les deux planches gardées pour le bord furent amarrées à part, solidement, pour qu'après le départ on ne vienne plus y entasser les ballots.

Quand Meng Liuqing arriva, le soleil était encore sur les piles de bois au bord de la place.

Ce qu'elle apportait n'était pas de ces gros câbles qu'un seul homme porte sur l'épaule : deux ouvriers de la cordière la suivaient, qui conduisirent les deux derniers faisceaux de cordage auprès des pieux réservés d'avance. Cen vérifia sur le compte ; il ne voulut pas qu'on les mêlât tout de suite aux vieux câbles mouillés en une seule masse, et Ma Jie détacha un coin de toile à étendre par-dessous. Meng, accroupie, regardait si les épissures n'avaient pas de fil écarté ; A-Shuan voulait s'accroupir à côté, elle le renvoya d'abord regarder le navire — que deux personnes ne fassent pas attendre les livreurs à se demander qui dirait « cela suffit ».

Les paroles étaient ordinaires ; il sentit pourtant que, elle aussi, le croyait encore homme à avoir besoin qu'on le lui rappelle. A-Shuan se leva pour rendre les comptes ; quand il revint, Meng tira de son petit panier deux galettes, lui en donna une, laissa l'autre enveloppée, en disant : celle-là, c'est pour la faim de la nuit ; ne va pas toujours attendre le chaud sous prétexte qu'il y a une marmite à bord.

Il lui demanda si elle ne mangeait pas. Elle répondit qu’elle avait déjà mangé, puis lui demanda pourquoi sa main était rouge. A-Shuan baissa les yeux et vit qu’il s’était écorché la peau en soulevant la planche tout à l’heure, sans s’en apercevoir. Elle voulut prendre de l’eau. Il dit que ce n’était pas nécessaire, que cette brûlure passerait vite. Meng ne lui prit donc pas la main pour l’examiner. Elle lui montra simplement un tas de corde défait aux pieds de Qian Liu et lui dit de lui rappeler de le ranger. Si le long câble qu’il portait sur le dos l’accrochait, quelqu’un trébucherait encore.

Au moment de partir, elle jeta un regard aux caisses neuves et dit qu'elles étaient belles : la veille, la couleur du bois n'était pas encore si foncée.

A-Shuan sentit d’abord ses joues chauffer, puis répondit que le coffre avait pris l’eau. Meng dit qu’un coffre de bateau prenait toujours l’eau et qu’il suffisait que le couvercle protège bien. Elle lui dit aussi de ne pas fourrer dans son vêtement le linge mouillé dont il venait de se servir. Il tourna la tête. Son chiffon était bel et bien coincé sous un coin du coffre, et l’humidité progressait vers l’intérieur en suivant les veines du bois.

Il releva le chiffon, ouvrit la caisse et tira la vieille carte, celle qui était au bord.

Le coin du papier toucha une place humide ; la boue déjà sèche s'y ramollit un peu et s'attacha au flanc du paquet de vêtements changé depuis peu. A-Shuan baissa la tête : soudain il ne vit plus que ce petit bloc noir. La main de l'oncle He debout devant la caisse ce matin, le regard de Cen demandant s'il était déjà passé, la voix qui, autrefois, sur quelque navire que ce fût, l'appelait d'abord « petit Shuan » — tout se pressa en cet instant, au point qu'il ne voulut même plus ouvrir ce papier en suivant les vieux plis.

Meng demanda quelle carte c'était.

Il répondit : la vieille, qu'il redessinerait lui-même dans deux jours, et tira le papier vers l'extérieur de la main. L'anneau de corde qui l'entourait roula sur le pont ; il le ramassa, l'enroula d'abord autour de son propre petit papier, celui qui portait, dessinée de sa main, la marque nouvelle des racines de saules du port extérieur au douzième jour. La vieille carte, privée de son lien, se tenait mal roulée ; il la prit et descendit du navire avec elle.

Sous la berge il y avait une bâche abandonnée, démontée par les charpentiers et laissée là contre la pluie, les bords tout gris de poussière. A-Shuan glissa la vieille carte entre la toile et un tronçon de bois pourri ; dès qu'il lâcha la main, le papier ouvrit de lui-même un coin, et la vieille courbe de Luokou apparut. Il la vit, et ses pieds reculèrent encore, comme si, à demi-pas de plus, il n'aurait plus à expliquer, fois après fois, au maître vivant sur le papier, où il allait aujourd'hui.

Meng le suivit jusqu'à la passerelle et demanda s'il ne la rangeait plus.

« Je n'en veux plus », dit-il.

Elle regarda de ce côté et lui dit d’abord de ne surtout pas le jeter dans l’eau. La rivière n’en avait pas besoin. A-Shuan acquiesça et resta sur place, attendant qu’elle ajoute quelque chose tout en espérant qu’elle se taise. Meng n’alla pas ramasser l’objet à sa place. Elle demanda seulement s’il voulait faire passer un message après la remise du bateau le lendemain. Si on l’attendait chez lui, autant prévenir sa mère avant de prendre l’eau.

Il dit que c'était déjà convenu : une fois à Weishi, on ramènerait quelqu'un au passage.

Les ouvriers de la livraison pressaient ; Meng se retourna pour prêter main-forte. Les deux portèrent le chevalet vide de cordes, contournèrent d'abord un bois en saillie ; ses pas restaient au rythme de l'autre, et, le dos tourné vers lui, elle ne revint pas comme d'habitude jeter un mot : n'oublie pas le souper. Il ne sut pas si c'était lui qui n'avait pas entendu ; arrivé au flanc du navire, il ne put s'empêcher de regarder encore une fois.

Monté à bord, A Shuan remit d’abord sa petite feuille dans le coffre. À l’endroit qu’occupait l’ancien plan, il restait une mince bande vide ; il y poussa son paquet de vêtements, et tout fut bien rangé. Il sépara les deux galettes et mordit dans l’une. Leur parfum d’oignon différait de celui des galettes mangées près de l’étal de sa mère, avec, semblait-il, un peu plus de poivre. Il garda l’autre contre lui pour que Qian Liu ne vienne pas la lui emprunter.

À l'arrière, l'ordre retentit ; Xun demanda si l'on pouvait larguer.

Cen avait déjà bouclé sa vieille cuirasse, le sabre rangé au côté ; il avait passé les rôles militaires en revue, puis regarda de nouveau vers A-Shuan. Le jeune homme avala sa bouchée de galette, la gorge un peu sèche, et but à la louche ; la louche heurta la lèvre, d'un bruit clair. Il se souvint du frisson de Tian Jiu au bruit de la marmite, reposa doucement la louche et leva le bras : qu'on largue d'abord l'amarrage avant, l'amarre de poupe attendrait son signal.

Le navire quitta doucement le bois de la berge. A-Shuan se tenait ferme, les pieds sans une faute ; Qian Liu, en rentrant le bout du câble, lui sourit encore : maître Yu, cette fois c'est vraiment toi qui nous mènes manger le bol chaud de Weishi. A-Shuan répondit que tant qu'on marchait droit, il y aurait à manger — et sa voix ressembla à s'y méprendre à une phrase que le maître avait criée les années passées.

Il ne regarda plus de nouveau du côté de la bâche abandonnée.

Arrivé à l'embouchure aval, l'eau du chenal principal brillait encore, mais l'entrée du bras de Luokou avait déjà un côté assombri sous l'ombre des roseaux. A-Shuan se plaça au flanc de la proue, la perche de sondage effleurant légèrement le dos de ses doigts ; à terre défila le tronçon de rue familier, l'étal de la vieille Yu n'était déjà plus en vue. Cen vint derrière lui et demanda de quel côté tourner d'abord ; il vit les deux eaux se partageant devant, attendit une respiration, puis leva la main et désigna.

· Fin du chapitre ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 江汉 » de Du Fu (« Le Yangzi et la Han ») et de la nouvelle originale de ce site « 老马识暗滩 » (« Le vieux cheval connaît les hauts-fonds cachés »). Les personnages, la chronologie, les portions de rivière, les types de bateaux et les règlements militaires sont imaginaires. Il ne s’agit ni d’une adaptation du poème ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Une main qui ne veut pas s'arrêter
  2. Le chenal que la barque de sel vit le premier
  3. La phrase que la lettre n'a pas écrite
  4. Le pavillon rouge est monté au mât
  5. Ceux qui attendent le bateau
  6. Le cheval a mangé toute une rangée de légumes
  7. Une ligne blanche de plus sur les vieilles rides de l'eau
  8. Le tabouret qu’on ne peut garder
  9. Le dernier clou de la rivière
  10. La maison de l’autre côté de l’eau
  11. Pas de vieille boue dans les caisses
  12. Le jour de plus qu’impose le détour
  13. Pas de bruit d'eau au chevet
  14. Le gilet rouge n'est que boue
  15. Le nœud que personne ne veut desserrer le premier
  16. Quatre lambeaux d'étoffe
  17. La nuit que quatre hommes ne peuvent traverser
  18. Il n'a pas repris la carte
  19. La vieille blessure sur l'arbre
  20. Le sabre ne pèse plus sur le canon
  21. La racine tient un câble
  22. La moitié qu'il reste à débarquer
  23. Laisser la place à la barre à quelqu’un d’autre
  24. Le chant au bord de l'échine de poisson
  25. Une écuelle d'eau avant le jour
  26. Le matériel qu'on ne rend pas au complet
  27. La voix du bronze sous la boue
  28. Ce peu de vieille boue au pied de la rive
  29. Un mois de solde qu'on ne peut pas toucher
  30. Dix profondeurs d'eau
  31. Des affaires occupaient déjà l'intérieur
  32. Un cheval qui ne connaît pas les limites des champs
  33. Les mains froides sur la règle d'eau
  34. La lumière qui filtre du toit
  35. Une carte laissée inachevée
  36. Laisser un passage au vieux cheval

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