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Un volume à la main

Roman d’aventures du transport fluvial dans une Chine ancienne imaginaire

Une ligne blanche de plus sur les vieilles rides de l'eau

酷无极 · Création assistée par IA · 10794 caractères · environ 11 minutes

Les poulies du nouveau bateau étaient enfin nettoyées.

Ma Jie apporta à l'oncle He celle dont l'œil d'axe avait blanchi et la lui fit voir : c'était le bois poli par le frottement, pas une fente ; la lame mince n'y entrait pas, et il avait encore démonté l'axe pour voir. L'oncle He tendit la main, la pulpe du doigt parcourut un demi-tour du blanc, puis il la rendit : à bord, ne pas la laisser serrer contre les crochets de fer ; l'œil tourné vers l'intérieur.

Ma Jie s'en alla, sa poulie à la main ; à mi-chemin, se rappelant quelque chose, il se retourna pour demander si l'on montait aussi, aujourd'hui, sur la petite barque de charge. Oui, répondit l'oncle He. Le matelot sourit : le vieux maître He, qui n'est pas du nouveau bateau, et que les vieux bateaux réclament chaque jour. Il l'avait dit en passant ; l'oncle He, l'entendant, resta sous l'avant-toit un moment de plus, avant de tirer sa règle fine.

Tao Si n'avait pas qu'un bateau. Le nouveau était loué à l'armée : un voyage, hommes et chargement livrés à Weishi, et l'on verrait la suite ; les vieux, eux, devaient encore nourrir du monde — sur la berge, un rang de barils vides qui, séchés, retourneraient à la fabrique de sauce d'amont. Aujourd'hui, on empruntait une petite barque de charge pour essayer A-Shuan : les barils étaient légers, à point pour lui faire apprendre les mots du treuil et du timonier, sans attendre que l'équipage au complet fût réuni pour la première fois.

Il n’y avait ni canon à bord ni planches où coucher des soldats blessés. Les tonneaux vides étaient empilés sur deux niveaux, ouverture vers le bas ; leurs fonds ronds avaient blanchi au soleil. A Shuan y jeta un regard et tendit aussitôt la main pour retenir celui du bord, craignant qu’il ne roule sous le vent à la sortie. Xun Dacheng, à la barre, le regarda et demanda s’il fallait les attacher de ce côté ou de l’autre. Le jeune homme répondit qu’il fallait d’abord se régler sur le poids de ce bateau aujourd’hui, pas sur l’espace libre de celui de demain.

L'oncle He, sur la berge, entendit ; d'abord son cœur se desserra, puis se resserra d'un cran. La phrase que disait A-Shuan, c'était lui qui la lui avait apprise autrefois. Il voulait que l'apprenti s'en souvînt ; mais l'entendre réellement servie devant d'autres, c'était toujours comme si un tronçon de sa voix familière était monté à bord avant lui.

Quand le père He descendit à bord, Ashuan avait déjà calé le seau vide. Le jeune homme lui céda la place près du plat-bord en lui disant de s’asseoir de ce côté, où le vent ne lui soufflerait pas en plein visage. Le père He répondit que cela ne faisait rien et alla tout de même se mettre à l’arrière, à sa place habituelle. De là, il voyait très bien le gouvernail, mais c’était aussi l’endroit où Xun Dacheng devait pouvoir reculer d’un demi-pas pour virer.

Xun y jeta un coup d'œil, ne dit rien.

Quand le bateau sortit du port, Ashuan se posta un peu en avant, la perche de sonde en travers du bras, et demanda d’abord de ne hisser que la moitié de la voile. Ce jour-là, ils remontaient le courant par un vent oblique, en prenant l’anse à côté du port extérieur sans entrer dans Luokou. Les maisons des deux côtés du débarcadère de Linjiang reculèrent lentement. Les coups de maillet du chargement semblaient tour à tour proches et lointains. Quelqu’un cria sur la rive qu’on emporte deux seaux, mais ils étaient déjà trop loin et Tao Si se contenta d’un geste de la main pour dire qu’on verrait ça demain.

C'était convenu : aujourd'hui, l'oncle He embarquait, mais laissait d'abord crier le jeune homme. À la première abattée de la proue vers l'anse, il ne put se retenir de dire : tenir au large. A-Shuan, juste au même moment, criait à Xun de serrer au large ; les deux phrases se superposèrent ; Xun entendit d'abord He, puis A-Shuan, demanda lequel des deux tenir, et sa main s'arrêta net sur la barre.

« Au-delà du rocher blanc, devant », dit Ashuan.

Mais l'oncle He montrait entre la pierre blanche et la racine de saule, deux points séparés par un petit bras d'eau. Xun tourna la tête ; la proue était portée par le vent, on ne peut pas rester là à attendre que l'un des deux parle plus comme l'autre. Il tint lui-même la barre, fit d'abord prendre un peu de voile ; Qian Liu leva la main, la voile rabattue en biais fouetta le rang de barils, et le plus extérieur oscilla effectivement.

A-Shuan retint le baril le premier, sans disputer avec le maître. L'oncle He avait étendu la main aussi ; ce qu'il rencontra fut le dos de la main du jeune homme ; tous deux serrèrent, le baril ne tomba pas, et le bord du cerclage meurtrit sa paume. Il lâcha ; Xun déjà leur criait de s'écarter, que les deux ne penchent pas du même côté : la barque était légère, et il lui fallait encore garder où poser le pied.

Ce pied-là, en effet, vint encore se ranger tout contre l'oncle He.

L'oncle He regarda bas, avança d'un pas, l'épaule chaude. Xun ne le regarda plus ; A-Shuan était revenu à l'avant. Qian Liu, la voile tenue, disait que les barils vides sont comme une troupe d'enfants : n'ayant rien dedans, justement ils ne veulent pas tenir droit ; si Tao Si, sur la berge, entendait cela, il traiterait chaque baril comme son propre aïeul.

La coque ralentit. A-Shuan engagea la perche à l'extérieur de la pierre blanche : du sable fin dessous ; il la retira, sonda à l'intérieur : la tête s'enfonça d'abord, ne trouva ferme qu'un peu plus loin. Il ne cria pas tout de suite « au fond » ; il pria Xun de tenir le cap, et essaya encore du côté de la racine de saule.

L'oncle He regardait cette perche, voulait lui dire qu'au-dehors des racines de saule court souvent une arête dure, et qu'il faut d'abord garder du pied. La perche d'A-Shuan l'avait déjà touchée ; le poignet tourna d'un demi-tour, se releva de lui-même, et il dit à Xun que le dur d'autrefois était plus au large que la fois précédente, ne pas coller au saule d'abord. Sa voix n'était pas très haute ; Xun, cette fois, entendit, répondit d'un mot, et sa barre porta un peu le bateau de ce côté.

Le bateau passa par le dehors.

Une branche de saule, à l'arrière-droit, s'abaissa, balaya les barils vides, les fines feuilles tombant dans les bouches ; Qian Liu étendit la main pour les prendre ; A-Shuan lui cria de les laisser, de ne pas passer à demi-corps par-dessus. Ce n'était pas une phrase de l'oncle He : le jeune homme avait vu de lui-même le pied de Qian Liu. L'oncle He se tenait à l'arrière, sa règle fine à la main ; cette règle, aujourd'hui, n'était pas encore réellement entrée dans l'eau.

Au goulot de l'anse, pour tourner vers l'amont, le contre-courant se partagea sur la proue, la voix de l'eau se serrant. Xun demanda combien garder de voile ; l'oncle He, par réflexe, répondit le premier : encore un peu ; A-Shuan avait déjà levé la main : s'arrêter ici, remettre d'abord la tête droite. Xun le regarda, ne prit pas tout de suite la phrase du maître, attendit que la proue fût bien en ligne, et ajouta ensuite le peu de voile.

Le bateau passa tout uni, et les feuilles sur les barils vides ne bougèrent plus.

L'oncle He regardait devant. Il savait que sa phrase, à elle seule, n'eût pas perdu le bateau : les pieds de Xun étant prompts, il serait toujours revenu ; mais A-Shuan avait arrêté d'abord, et ce n'était pas peur non plus. Le vent soufflait du dos ; le pan du vêtement du jeune homme collait à sa taille, et un petit bord qu'on n'avait pas fini de rentrer se balançait doucement — comme ce trop de hâte qu'il avait connu aussi, dans ses jeunes années.

Arrivé au petit débarcadère de la fabrique de sauce, A-Shuan ne se hâta pas de descendre. Il fit d'abord essayer les pieux à Qian Liu : le vieux pieu, en bas, était fendu d'une fissure ; c'est en tournant du côté de l'eau qu'il tiendrait ; lui-même, de la perche, écarta les bambous cassés flottant à l'embouchure, et, le bateau amarré, les barils immobiles, se retourna seulement alors prier le maître de mettre pied à terre le premier.

L'oncle He ne descendit pas le premier ; il les laissa débarquer et s'assit à l'arrière pour regarder. Les barils roulèrent un à un sur la plate ; Qian Liu, pour gagner du temps, en poussa deux ensemble ; le second heurta le premier, le bois résonna jusqu'à la maison du bord, et un homme en tablier sortit en grondant. Le matelot le reconnut en riant, retint de ses mains celui de derrière, et n'osa plus pousser qu'un baril à la fois.

Le patron de la fabrique fit apporter du thé léger ; l'eau chaude posée sur un fond de vieux baril, les bords des tasses inégaux ; A-Shuan choisit pour l'oncle He la plus épaisse. Il la prit, demanda ce qu'avait donné tout à l'heure la mesure à la racine de saule. Le jeune homme répondit que l'ancienne note donnait plus profond qu'aujourd'hui ; le sable s'était empilé au-dehors ; suivre l'ancien contour ne se pouvait plus, et un bateau lourd ne saurait céder la place comme une barque à barils vides.

Le vieux He acquiesça, attendant qu’Ashuan lui pose encore une question.

Mais le jeune homme s'était tourné vers Xun pour parler du poste d'amarrage, et fit marquer que, la prochaine fois, chargé plein de sauce, ce vieux pieu ne devait pas porter seul l'amarre : il faudrait en croiser une seconde sur un autre, plus loin à terre. Xun buvait son thé, écouta, dit que c'était cela ; la dernière fois qu'il était venu de nuit, on venait seulement d'entendre ce pieu craquer ; aujourd'hui enfin il s'était fendu devant les yeux. Ils parlaient tout près ; l'oncle He entendait chaque mot, et pas un seul n'était demandé pour lui.

L'après-midi, au retour vers Linjiang, Tao Si attendait au débarcadère ; il vérifia d'abord que les barils eussent tous été livrés, demanda ensuite comment l'essai s'était trouvé. Qian Liu sauta à terre et s'empressa de lui rejouer la scène des reproches de la fabrique ; Tao Si leva les yeux au ciel : on le traite d'instable, et c'est encore lui qui doit y ajouter ses sourires — qu'y a-t-il de si drôle ?

Xun Dacheng dit que le gouvernail n'était pas le difficile : il faut qu'une seule personne parle.

Il ne désignait personne, mais la main d'A-Shuan, qui rangeait la perche, s'arrêta un instant. L'oncle He s'entendit répondre le premier : encore deux tournées, et le jeune homme serait bon ; aux endroits étroits, il faut pourtant quelqu'un pour surveiller à côté — sinon, devant une pierre blanche, on croira toujours que le fond de l'an dernier y est encore. Tao Si hocha la tête : tous, il fallait tous les revoir ; personne n'oserait prêter le nouveau bateau à son apprentissage.

A-Shuan prit la perche dans ses bras, et ne releva pas.

L'oncle He le regardait ; la perche de tout à l'heure, au-dehors de la racine de saule, était encore nette. C'était le jeune homme qui avait sondé de lui-même, lui qui avait fait arrêter Xun, et c'est sur sa phrase que Xun avait franchi l'anse si droit. Devant Tao Si maintenant, l'oncle He n'avait dit que « surveiller », sans dire qui, cette fois, avait vu le premier ; et Tao Si en était à croire vraiment que l'homme ne se tenait pas encore ferme.

— L'endroit qu'il a reconnu aujourd'hui n'est pas faux, dit encore l'oncle He.

La phrase sortie, les quatre hommes se tournèrent vers lui. Tao Si demanda en riant si c'était un éloge, ou l'aveu de n'avoir rien compris ; l'oncle He eut le visage chaud : il fallait dire les deux — le sable neuf au-dehors de la racine de saule, c'était A-Shuan qui l'avait sondé le premier, et le passage qu'il voulait faire céder, lui, valait aujourd'hui moins que le choix du jeune homme. Xun ferma les lèvres, sans ajouter un mot à côté.

A-Shuan baissa la tête et défit la bande de toile serrée sur la perche ; il ouvrit à la deuxième fois. Il dit que le jour était encore clair, que demain il irait voir le tirant d'eau du bateau de l'armée, et qu'il fallait d'abord disposer les planches pour les blessés. Tao Si y consentit : seulement, ne pas encore lui planter de clous neufs dans le sol — ceux qu'on a sous les pieds piquent déjà assez.

Une fois les autres partis, le vieux He s’assit près d’un poteau, la règle fine sur les genoux. Elle n’avait pas servi aujourd’hui et restait sèche ; à force de la tenir, c’était pourtant sa paume qui portait une trace humide. Il sortit le plan de son sac de toile, voulant y corriger le passage des racines de saule. Il venait de le déplier quand A Shuan revint, un morceau de charbon à la main.

Le jeune homme ne s'assit pas à la place que le maître lui indiquait d'habitude ; il s'accroupit de lui-même de l'autre côté, porta sur une feuille à part ce qu'il avait sondé dans la journée, et la poussa vers le maître. L'oncle He regarda, lui dit de laisser la coupure un peu plus longue, de ne pas joindre le bout non mesuré. A-Shuan obéit ; la correction faite, il souffla lui-même les poussières de charbon, et, rangeant la feuille, demanda si, demain, il l'accompagnerait encore sur ce tronçon.

L'oncle He regarda cette feuille bien plus petite que l'ancienne carte, et, après un moment, répondit que pour le bateau de l'armée il demanderait d'abord à Xun, et qu'il avait encore la règle de sondage épaisse à remettre. Le jeune homme hocha la tête, se leva ; il ne gardait enfin plus cette allure de qui attend qu'un autre annonce les mesures pour lui.

· Fin du chapitre ·

Ce livre est une création originale écrite avec l’aide d’une IA, développée à partir de « 江汉 » de Du Fu (« Le Yangzi et la Han ») et de la nouvelle originale de ce site « 老马识暗滩 » (« Le vieux cheval connaît les hauts-fonds cachés »). Les personnages, la chronologie, les portions de rivière, les types de bateaux et les règlements militaires sont imaginaires. Il ne s’agit ni d’une adaptation du poème ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 36 chapitres
  1. Une main qui ne veut pas s'arrêter
  2. Le chenal que la barque de sel vit le premier
  3. La phrase que la lettre n'a pas écrite
  4. Le pavillon rouge est monté au mât
  5. Ceux qui attendent le bateau
  6. Le cheval a mangé toute une rangée de légumes
  7. Une ligne blanche de plus sur les vieilles rides de l'eau
  8. Le tabouret qu’on ne peut garder
  9. Le dernier clou de la rivière
  10. 隔一层水的家
  11. 箱里不放旧泥
  12. 绕路要多的一日
  13. 枕边没有水声
  14. 红背心全是泥
  15. 没人肯先松的结
  16. 四条碎布
  17. 四个人过不去的一夜
  18. 他没有收下那张图
  19. 树上那一道旧伤
  20. 刀不再压在炮上
  21. 树根吃住一条缆
  22. 还须卸去的一半
  23. 舵前留给另一个人
  24. 鱼脊石边的曲
  25. 天明以前的一碗水
  26. 交不全的军器
  27. 泥下的铜声
  28. 岸下那一点旧泥
  29. 一个月不能领的饷
  30. 十处水深
  31. 门里已经放了东西
  32. 一匹不知道田界的马
  33. 水尺上的冷手
  34. 屋顶漏下来的光
  35. 一张没有填满的图
  36. 给老马留一条路

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