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Un volume à la main

Roman de femmes et de société dans une Chine ancienne imaginaire

Trois rubans rouges

酷无极 · Création assistée par IA · 9793 caractères · environ 10 minutes

Quand Cao Yuying apporta l'habit de noce, Liu Zhaozhao vit d'abord une manche.

L'autre se cachait au fond du ballot ; ce ne fut qu'au deuxième coup que Yuying la tira dehors, riant jusqu'à en être confuse elle-même. Sa mère avait fait employer ensemble deux restes de belles étoffes du fond des deux coffres : d'un côté une brocart à face épaisse, de l'autre une soie à face mince ; et, craignant que la soie mince ne parût pauvre, elle avait doublé l'intérieur de deux épaisseurs. L'habit sur le corps, l'épaule gauche était sans cesse entraînée ; jusqu'à tendre la main à celui qui est à côté ressemblait, aussi, à traîner d'abord une couverture mouillée.

— Elle dit que, dans la chaise, on n'a plus besoin de bouger, dit Yuying. Mais moi, il faudra bien que j'y monte moi-même.

Le cinq du troisième mois, le vent ne se glissait plus aussi pressé par la fente de la porte. Devant la maison de la rivière séchaient de vieilles étoffes lavées par Liu Zhaozhao, claires et foncées, que le soleil, en les frappant, rendait plus vivantes à voir que dans le coffre d'habits de l'hiver. Yuying, en venant, apportait encore quatre fruits : demain, dans l'agitation, il n'était pas sûr qu'on eût le temps de veiller à leur donner une bouchée ; elle en portait d'avance. Xiao Li en prit un, voulut mordre, le remit ; ce ne fut qu'après le oui de Liu qu'elle croqua enfin.

Liu Zhaozhao fit revêtir l'habit à Yuying, et de son aiguille entrouvrit elle-même, dans la manche, une couture grossière. L'épaisse doublure soulevée, l'épaule de la jeune femme se détendit un peu aussitôt. Yuying tourna doucement le poignet, demanda si l'on pouvait tout défaire ; Liu palpa la brocart, dit que cette couche retirée suffisait : la forme tenait encore au-dehors ; le reste attendrait que sa mère eût vu, avant d'y toucher — qu'on n'aille pas, demain matin, faire à une mère porter pour sa fille une manche dégonflée, et le chagrin avec.

Yuying sourit, baissa la tête et, avec elle, retira de la couture les fils rompus.

Liu Zhaozhao regarda, à sa tempe, cette plaque de peau frottée à rouge, et demanda ce qu'elle avait encore essayé. Yuying soupira : sa tante avait prêté deux grandes épingles qui inclinaient sans fin la tête de côté ; Chen Heng, la voyant, avait commencé par demander si elle ne s'était pas bloqué le cou pendant son sommeil. Fou de colère, elle avait refusé de lui parler ; puis il était allé lui tourner une petite épingle de bois, disant que si les grandes épingles pesaient, on prendrait d'abord celle-ci pour nouer serré les cheveux du dedans, et qu'au-dehors elle en ajouterait tant qu'elle voudrait.

— Alors, ta colère est-elle passée ? demanda Xiao Li.

— Un peu, dit Yuying. Au bout de l'épingle, il y a un oiseau dont le bec est plus long que la queue.

La fille rit si fort que la chair du fruit faillit tomber ; elle la rattrapa de justesse dans sa paume. Liu Zhaozhao riait aussi ; sa main à aiguille s'arrêta un peu, demandant pourquoi ne pas l'avoir apportée pour voir. Yuying dit qu'elle était déjà rangée dans la boîte de demain ; personne ne le savait ; elle la sortirait en se peignant — elle craignait que sa mère ne rie de la voir, pas encore sortie de la maison, obéir en tout à cet homme.

Elle rit pourtant elle-même, après avoir dit ; elle leva la manche allégée et, devant la fenêtre, tendit la main pour attraper un fil de soleil. Liu Zhaozhao regarda un moment, et se souvint soudain que les habits des trois, pour demain, n'étaient pas décidés.

Sa robe couleur de thé lui allait le mieux ; Qu Taoniang avait une jaquette gris bleu ; Xiao Li devait porter le jaune pâle de l'an dernier. Chacune à part, tout allait ; mais, debout ensemble, dès que Qu levait la main, la manche gris bleu disparaissait derrière Liu, et Xiao Li trouvait la sienne pâle au point de sembler avoir été lavée et ressuyée une fois. L'avant-veille, elles avaient essayé d'attacher des fils de couleur ; les fils trop fins, on ne voyait que trois choses oscillantes ; Liu Zhaozhao, à force de froncer le sourcil, finit par tout ranger.

Quand Yuying allait prendre congé, Xiao Li posa la moitié du fruit sur l'appui de la fenêtre, vint porter le vieil habit rouge, et demanda si l'on pouvait en défaire un peu d'étoffe pour des cordons.

L'aiguille de Liu Zhaozhao s'arrêta près du col.

Cet habit rouge, apporté de l'automne jusqu'ici, souvent retourné pour sécher, personne ne l'avait vraiment passé depuis. Aux endroits ouverts des vingt-trois coutures étroites s'éparpillaient de vieux plis ; la ceinture rallongée plus tard était plus large d'un tronçon, et sa couleur un peu assombrie. Le marchand d'habits en avait offert cent soixante sapèques ; Liu Zhaozhao n'avait pas vendu ; aujourd'hui encore, chaque fois qu'on le plie, la fine lumière de la soie revient tourner de l'autre côté.

Xiao Li, la voyant ne pas répondre, dit aussitôt que ce n'était rien, qu'elle prendrait autre chose.

— Apporte-le d'abord, que je le voie, dit Liu.

La fille déplia l'habit ; Yuying aussi s'approcha pour aider. Liu Zhaozhao toucha, à la manche gauche, la pièce la plus unie : mince, légère, celle qui, autrefois, d'un seul lancer, se faisait voir d'abord par les derniers rangs. Elle la posa sur le dos de sa main ; le poignet retomba, couvrant presque tout le bout des doigts.

— Une fois coupée, on ne pourra plus la vendre comme vieux habit, dit Yuying.

Liu Zhaozhao hocha la tête, lui dit qu'elle n'avait pas besoin d'avancer ses bons avertissements : elle savait.

Elle sortit les ciseaux et commença à défaire lentement, le long des coutures d'attache, les manches d'origine. La lame ne visait que le fil, jamais la soie, de peur qu'une entaille n'abîmât la bonne pièce. Les deux manches déposées, le corps de l'habit parut d'un coup tout petit, comme, tout à l'heure, l'habit de noce quand on avait retiré la doublure d'une épaule : ce petit poids qui pressait là trouva soudain une autre destination.

Xiao Li voulait prendre la pièce la plus vive. Liu Zhaozhao la retint, lui demandant en riant comment ses yeux pouvaient être les mêmes que les siens : rien n'était encore partagé que déjà elle l'avait choisie.

— La demoiselle aussi veut le plus rouge ?

— C'est mon argent qui l'a payé, et je n'y aurais pas droit ?

La fille resta interdite un instant ; ayant vu le coin de sa bouche bouger, elle éclata de rire. Yuying, à côté, dit que si, demain, elle les voyait se disputer, qu'on ne s'étonne pas non plus de la voir, nouvelle mariée sortant pour la première fois, rester devant la chaise à regarder deux fois de plus, sans vouloir s'en aller.

Quand Qu Taoniang arriva, la chambre avait déjà des tas de fils triés. Elle crut d'abord à quelque malheur de l'habit de noce ; ayant compris que c'était Liu qui défaisait son propre vieux vêtement, elle retroussa aussitôt ses manches, disant qu'elle n'avait pas besoin du meilleur, n'importe laquelle ferait. Liu retourna la manche gris bleu et y appliqua un rouge un peu sombre : ce rouge, à toucher le bleu, laissa tout à coup passer de la chaleur. Qu regardait, et ne dit plus « n'importe ».

Elles mesurèrent à la main de chacune, sans faire d'égales longueurs. La main de Qu, qui accueille les gens, va loin : son cordon un peu large, le bout dépassant à peine la racine de la paume ; celui de Xiao Li plus étroit, pour que le bord d'étoffe ne pendît pas près du pied gauche ; celui de Liu, laissé le plus long, quoiqu'elle eût aussi raccourci le grand tronçon d'autrefois pour les tournoiements : tenu en main, éprouvé, en demi-tour du corps il ne balayait plus le sol. Les trois cordons côte à côte, on eût dit d'une même lumière de jour que chacune avait emporté un peu, différent.

Yuying aida quelque temps à presser les bords, songeant que demain du monde viendrait encore : elle ne pouvait rester assise toujours. Quand elle se leva, l'habit de noce allait déjà bien, l'épaule gauche ne tendait plus. Liu emballa à part la doublure épaisse défaite, pour qu'elle la rapportât à sa mère, disant que c'était de crainte que l'épaule ne fût usée, non parce qu'elle méprisait le soin de sa mère ; Yuying la prit, répondit sérieusement qu'elle savait : ce que sa mère craignait le plus, c'était qu'on la crût avare de belle étoffe ; en réalité elle n'en mettait que plus au-dedans, au point que sa fille en pouvait presque bouger.

La mariée partie, Xia Dian apporta encore un peu de fil et d'aiguilles. Elle venait d'acheter son petit couteau à fendre ; le manche était encore propre ; elle en parlait avec fierté et voulut absolument le poser devant la fenêtre pour le montrer à sa fille. Xiao Li toucha le dos de la lame, et se mit à questionner sur le bol neuf ; la mère le tira du panier pour le montrer : un bol gris de cendre, au bord duquel courait un filet blanc plus étroit que celui de la maison de Liu. La fille dit qu'il était vraiment joli ; la mère le rangea aussitôt, disant qu'elle ne faisait que le lui montrer, non le lui donner.

Qu Taoniang riait à faire dévier son aiguille.

Quatre personnes ourlaient sous la fenêtre. Xia Dian allait vite, ses points serrés et utiles ; Liu Zhaozhao, elle, voulait absolument qu'un endroit fût replié plus légèrement ; elles se disputèrent une demi-tasse de thé, puis, sur le reste d'étoffe, cousirent chacune un bout : secoué, celui de Liu se déployait bien, celui de Xia résistait à la traction. On cousit donc dense à la racine, lâche au bout, et personne n'arracha les points de l'autre.

Liu Zhaozhao, la nuque courbée depuis longtemps, posa la première son aiguille. Elle fit chauffer de l'eau par la fille, et se leva pour marcher deux pas. Qu demanda si, demain, l'argent se prendrait vraiment le jour même ; Liu dit que Yuying l'avait convenu : payé intégralement à la fin de la représentation, les parts des trois toujours selon l'accord d'origine. Alors seulement Qu dit qu'elle voulait, avec cent sapèques, remplacer la cuve à linge que l'usure avait fêlée, et garder pour elle les soixante restantes, sans en parler d'abord à son homme, et sans que personne n'allât encore décider d'en faire quelque chose pour les enfants.

Liu Zhaozhao dit d’accord, sans se mêler de la façon dont elle dépenserait les soixante sapèques.

Sa propre vie, aussi, avait de nouvelles entrées et sorties. Au premier mois, deux petits banquets d'accueil du printemps, quatre-vingts sapèques chacun ; au deuxième, deux courts chants de midi à cent vingt, plus quarante-huit de travail de manches : l'argent venait menu, et pourtant le loyer payé comme à l'ordinaire, le riz et le bois achetés. Quand elle ouvrit les ciseaux dans la manche rouge, une seconde encore elle pensa aux cent soixante du marchand ; elle finit pourtant par rouler les fils coupés en une pelote, la posa dans le panier des fils perdus, sans la remettre en regard pour raccorder.

La dernière lumière tirait à sa fin : les trois cordons rouges furent cousus. Xiao Li prit le sien, l'essaya face à la porte ; le premier lever monta trop haut, le bord toucha ses cheveux, et le demi-fil de couleur laissé par Wang Que fut tiré de travers. Qu le lui remit droit ; elle rougit, dit bas de ne pas rire encore : demain, ce ne serait plus ainsi.

— Aujourd'hui, c'est déjà bien ainsi, dit Liu. Essaie encore une fois, et on range.

À la seconde fois, la main de la fille s'arrêta où elle devait s'arrêter ; le regard, reçu de Qu, fut porté lentement au flanc de Liu. Liu Zhaozhao ne l'en couvrit pas de son long cordon ; elle attendit que ce souffle eût achevé sa route, et alors leva sa main. Les trois rouges s'entrecroisèrent dans le dernier peu de lumière ; sur l'appui de la fenêtre, la moitié du fruit avait bruni, et personne ne songea à la manger.

Xiao Li retira sa main, plia soigneusement le cordon, puis tout à coup l'entrouvrit encore, touchant ce coin au rouge le plus vif.

Liu vit, et ne lui fit pas rendre ce morceau. Sa propre bande, vive elle aussi, posée en travers sur ses genoux : les doigts desserrés, le rouge descendit de lui-même d'un demi-cun.

· Fin du chapitre ·

Ce livre a été créé avec l’aide d’une IA, à partir de « 柳 » de Li Shangyin (« Le saule ») et de la nouvelle originale de ce site « 柳下旧舞衣 » (« L’ancienne robe de danse sous le saule »). Les personnages, les lieux, les règles des troupes et les scènes de spectacle sont imaginaires. Il ne s’agit ni d’une adaptation du poème, ni d’une reconstitution de chorégraphies historiques, ni d’une biographie du poète.

Sommaire du livre · 38 chapitres
  1. Les feuilles qui tombent accueillent les hôtes
  2. La scène réduite à une moitié
  3. La chambre exposée au soleil levant
  4. L’enfant près du tas de bois
  5. Les dix-huit taëls au fond du panier de bambou
  6. La bonne chaise des Tao
  7. Jusqu'où va un seul souffle
  8. La taille du personnage peint
  9. Le maître du tambour veut passer au port de l'Est
  10. Ils rirent les premiers
  11. Après avoir écrit le nom
  12. Une petite scène rue du Sud
  13. Le troisième tabouret de tante Xi
  14. Derrière la porte, plus de visites
  15. Toi aussi, tu veux que je rentre
  16. Ceux qui démontent la scène
  17. L'habit rouge ne se noue plus
  18. La voiture attend à la porte
  19. Le tambour n'a pas encore retenti
  20. Défaire la robe sous la lampe
  21. Celle qui sait danser, aujourd'hui
  22. Se retenir au tas de rondins
  23. De quel côté chacun s'en va
  24. La maison basse qui tourne le dos à l’eau
  25. La nouvelle marmite des Gong
  26. Pas de rouge au Double Neuf
  27. Trois personnes à la leçon du soir
  28. Cette robe, à combien la vendre
  29. Les huit taëls de la première saison
  30. La nuit où le pied faisait mal
  31. La fenêtre est petite, le miroir est toujours là
  32. Bi Hesheng ne danse pas ce morceau
  33. Pas besoin de répéter ses pas avant le repas du Nouvel An
  34. La promesse d'escorter la mariée
  35. Au tour de Qu Taoniang
  36. Trois rubans rouges
  37. La chaise nuptiale passe le pont la première
  38. Le soleil couchant est encore à la cime des saules

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